Un vol direct, 4 000 kilomètres de distance et un nouveau point de vigilance pour les enquêteurs. La liaison Auckland-Papeete fait désormais partie des axes surveillés de près par l’Ofast. Un sujet de discussion majeur pour les services de l’Etat du fenua au premier sommet sur la criminalité transnationale du Pacifique aux Fidji.
Organisé du 18 au 22 mai par les Fidji et l’Australie sur le thème « Reliés par l’océan, unis dans la lutte », l’événement a réuni des services de police de toute la région, mais aussi des représentants du secteur bancaire, financier ou juridique d’organisations internationales telle que le réseau Pilon (Pacific Islands Law Officers’ Network) ou l’initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (Global Initiative against Transnational Organized Crime).
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Mode de consommation, violence, corruption, cybercriminalité, flux financiers : tous les défis posés par le crime organisé, d’un pays à un autre, ont ainsi été décortiqués. De quoi renforcer les liens entre les pays du Pacifique, tous impactés d’une manière ou d’une autre.
“C’est l’occasion d’échanger des informations sur des problématiques rencontrées localement, d’en tirer les conclusions et voir ce qu’on peut prendre dans les réponses apportées localement” précise Sylvain Hubert, chef de l’antenne Ofast en Polynésie. “On peut partager nos manières de faire, nos techniques tant téléphoniques qu’en surveillance qui peuvent être exportées à d’autres pays”.
1,8 tonne d’ice consommée en 2025 en Nouvelle-Zélande
Au-delà de l’axe traditionnel (Etat-Unis-Hawaii vers l’Australie), les enquêteurs s’intéressent aussi à ce qu’il se passe en Nouvelle-Zélande, l’autre marché lucratif visé par les organisations criminelles asiatiques. Notamment celles liées au Triangle d’or (Myanmar-Laos-Thaïlande), plaque tournante du narcotrafic. “Pour le marché néo-zélandais (…) l’ice part de Myanmar, elle est ensuite acheminée vers la Chine, Singapour, l’Australie et elle descend jusqu’à la Nouvelle-Zélande”, indique l’enquêteur.
La Nouvelle-Zélande qui compte aussi une communauté polynésienne, une consommation importante de stupéfiants et son lot de complications sanitaires et sociales. Selon la police néo-zélandaise, près de 1,8 tonne d’ice a été consommée dans le pays en 2025, pour un coût social estimé à plus de 34 millions de dollars néo-zélandais par semaine. D’où la vigilance de l’Ofast. “ça peut être effectivement une route qui peut être valorisée aussi par la liaison directe entre Auckland et Papeete” souligne l’enquêteur.
Identité, données téléphoniques, points de chute : l’échange de renseignement devient donc primordial, car elle permet aux enquêteurs d’améliorer leur procédure. “In fine, ce qu’on pourra obtenir, c’est les partages d’informations sur des ressortissants polynésiens qui seront contrôlés en Nouvelle-Zélande, leur contact, leurs adresses, ce qui en découle des perquisitions téléphoniques et toute la manière d’opérer, la manière dont ils sont fournis, qui les a envoyés, etc. Ça pourra nous aider à avoir une meilleure photographie de ce qui se passe ici” ajoute Sylvain Hubert.
« Le Pacific riposte »
L’enjeu est clair : anticiper pour prendre de vitesse les trafiquants et détecter les nouvelles routes avant qu’elles ne s’installent. La coopération régionale et le partage de renseignement devraient donc s’intensifier. Car au-delà de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, ce sont désormais les petits Pays qui sont touchés.
Les communautés les plus pauvres sont particulièrement vulnérables. Aux Fidji, la crise de l’ice est directement liée à l’explosion des cas de VIH. Selon les autorités sanitaires du Pays, 50 % des nouvelles contaminations sont liées à l’usage de drogues injectables, principalement de la méthamphétamine.
« Le Pacific riposte » : c’est en substance le message des chefs de police de la région aux narcotrafiquants. « Les problématiques communes auxquelles nous sommes confrontés dans la lutte contre la criminalité transnationale, même si elles diffèrent en ampleur, nécessitent une collaboration entre les forces de l’ordre régionales et internationales. Cela a été évident tout au long du sommet », a déclaré le commissaire de police des Fidji, Rusiate Tudravu. « Nous appelons l’ensemble des peuples du Pacifique à soutenir cet appel collectif pour agir afin de protéger notre région. »
Un appel à resserrer les rangs relayé par la commissaire de police australienne, Krissy Barrett. « Ensemble, en tant que responsables des forces de police du Pacifique, nous devons cibler les cartels et les organisations criminelles qui font circuler ce poison dans nos communautés et auprès de nos enfants. Nos populations comptent sur notre action collective pour les protéger. Seul un réseau uni permettra de démanteler les organisations criminelles qui s’attaquent à nos communautés. »
L’expertise de l’Ofast au service de la police fidjienne
Cet appel, les forces de sécurité en Polynésie y répondent déjà de façon très engagée. Les trois saisies record en début d’année sont notamment le fruit d’un échange de renseignement appuyé avec les pays de la zone, selon le représentant de l’Etat en Polynésie.
« On partage notre savoir-faire, nos compétences. Les douanes ont des relations permanentes avec les douanes des pays alentours. L’Ofast ici va former des policiers fidjiens à la lutte contre les stupéfiants d’ici à la fin de l’année”, annonce le haut-commissaire de la République, Alexandre Rochatte. “Mais on peut toujours améliorer notre coopération, nos savoir-faire qui sont les mêmes, notre cohérence et notre partage de renseignements. Je pense que c’est là-dessus qu’il faut qu’on puisse progresser encore. Tout ce que nous, on sait, il faut qu’on puisse le partager avec les autres pays”.
Notamment sur les bateaux qui traversent les différentes zones maritimes. Un défi de taille dans un océan qui couvre à lui seul un tiers de la planète.



