Les vols vont-ils pouvoir reprendre le 1er juillet pour la haute saison ? La question est sur toutes les lèvres au Salon du tourisme, où les exposants venus des 34 îles desservies grâce à la délégation de service public (DSP) d’Air Tahiti se sentent aujourd’hui piégés. Car la DSP qui permet de d’encadrer et financer la desserte arrive à échéance le 30 juin.
Que va-t-il se passer pour eux les 6 derniers mois de l’année si leurs clients n’ont pas la possibilité de réserver des vols ? Une question de survie pour ces professionnels qui font leur plus gros chiffre au Salon du tourisme. Une première réunion au salon du tourisme vendredi soir avec le président du Pays n’a pas permis d’y répondre. La seconde avec Air Tahiti hier soir non plus. Elle a permis, en revanche aux professionnels de mieux comprendre les enjeux de la compagnie aérienne.
« On sort pas du flou, on sort plus informé mais pas rassuré, ni serein parce qu’à l’heure d’aujourd’hui on ne sait toujours ce qu’il est de l’après juin », commente Taiaapu Raiarii, gérant d’une pension à Ua Huka. « On est tous inquiet (…). Il faut qu’il y ait des vols parce qu’on a des engagements, des travailleurs à payer derrière » rappelle une propriétaire de pension de famille de Ahe, Raita Richmond.
Mise en place en 2021 après la crise sanitaire, la DSP est essentielle pour maintenir les liaisons vers les îles éloignées. Aujourd’hui, le système atteint ses limites. Pour Air Tahiti les tarifs ne couvrent plus le déficit des lignes. Le Pays a bien proposé une prorogation d’un an de la DSP, mais aux conditions jugées inacceptables par Air Tahiti.
En particulier, le refus du projet d’avion ATR aménagé en “all business” a cristallisé le blocage. Air Tahiti considère ce levier indispensable pour générer des marges sur les lignes rentables et financer durablement le réseau déficitaire des îles sous DSP.
Et après plus d’un an de négociations, aucun accord n’a été trouvé. Documents à l’appui, la compagnie refuse d’être tenue pour seule responsable d’avoir fait « capoter le deal ». « J’ai alerté le pays à de nombreuses reprises, mais en tant que technicien du sujet, pour expliquer que c’était un sujet compliqué à traiter et qu’il fallait s’y prendre très en amont. Maintenant, je peux comprendre la logique du pays et il faut que chacun assume ses responsabilités », le directeur d’Air Tahiti, Edouard Wong Fat.
Descendu de Huahine en personne à la rencontre des exposants, pour défendre la position de la compagnie et assumer sa part de responsabilité. « Je pense que la situation de détresse dans laquelle sont tous ces professionnels du tourisme, les pensions et les habitants des archipels éloignés sous délégation de service public, je pense que la situation est suffisamment grave, le sujet est suffisamment important pour que moi, patron d’Air Tahiti, je puisse l’assumer. »
Devant une assemblée d’exposants inquiets, le directeur a également revendiqué une « égalité de traitement » avec son concurrent, Air Moana. Défisc’, prêts, garanties : les 5 milliards d’interventions publiques accordés à la compagnie concurrente sont remis sur la table. Une somme mise en rapport avec la desserte d’Air Moana : 8 îles. Autant de raisons qui n’encouragent pas l’opérateur historique de la DSP à engager plus loin sa responsabilité financière ou juridique.
Pas de quoi apporter une solution de sortie de crise pour les professionnels, contraints de boucler ce Salon du tourisme avec amertume. L’événement, censé représenter leur plus gros chiffre de l’année, devient pour certains l’opération la moins rentable. Parfois même insuffisante pour couvrir les frais de déplacement. « Si j’avais ça y a six mois sur je ne serai pas venue, parce qu’on a tous engagé des frais sur ce déplacement » a rappelé l’une des exposantes.
« Moi, j’ai pris l’engagement devant nos partenaires de ressoliciter le pays pour que les discussions reprennent. J’ai pris cet engagement, je le ferai. Maintenant, je ne peux pas m’imposer dans une discussion si le pays ne souhaite pas discuter avec nous. Pour négocier, pour discuter, il faut être deux (…) » rappelle le directeur d’Air Tahiti. « Je le redis, j’ai très tôt exprimé ma position et je le redis aussi, je n’ai pas changé de posture au fil du temps et sûrement pas mercredi dernier ».
Mais au-delà des professionnels, ce sont les habitants de ces îles qui s’inquiètent. Car la desserte aérienne conditionne aussi l’accès aux soins, à l’éducation, à l’approvisionnement et à l’emploi.



