On vous parlait il y a peu de NTGlobal, plateforme cochant toutes les cases de l’arnaque à la tâche (lire ici). Une enquête de gendarmerie avait été ouverte après une plainte de la « représentante fiscale » de l’entreprise au fenua. Et peu après la publication de notre article, NTGlobal a complètement disparu…
Parallèlement, nous relevions l’apparition de « SFCVibe » en Polynésie. Un site internet présentant les mêmes caractéristiques que NTGlobal. Maeva*, membre de la plateforme, a accepté de témoigner.
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Sans emploi, elle cherchait de petits revenus faciles. C’est via Facebook qu’elle a découvert l’existance de SFCVibe. C’était en novembre dernier. « Je suis tombée sur une publication qui disait « gagnez de l’argent en partageant des vidéos TikTok et en faisant des commentaires ». »
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Rapidement, un responsable la contacte via WhatsApp. Maeva doit payer pour intégrer le programme. Elle débourse 10 000 Fcfp pour entrer « au palier F1 et tu gagnes 210$ par mois. Après, on te donne des petites activités à faire qui te font gagner aussi de l’argent ».
Les activités en questions ? Des actions caritatives pour promouvoir l’entreprise. « Je l’ai fait de bon cœur parce qu’en fait, on joue sur tes sentiments. Du coup, on m’a fait organiser une action caritative pour une famille dans le besoin. C’est pas compliqué de trouver une famille dans le besoin. Moi, j’en connais plein. J’ai trouvé une famille et il fallait que je fasse la liste des courses, que je prenne tous les articles en photo dans tous les magasins, que je prenne le moins cher. Et après, la responsable de SFCVibe m’a envoyé une liste avec les prix. Elle m’a envoyé l’argent parce qu’elle voulait que j’avance mais moi, je ne pouvais pas. J’ai fait des courses et il fallait que je prenne des photos et les partage sur le groupe SFCVibe. »
SFCVibe aide même les familles sinistrées lors des éboulements à Afaahiti. De quoi façonner l’image d’une entreprise modèle, concernée par le bien-être des populations.
Sur la Toile, on peut trouver des photos prises à Fidji, montrant des distributions de dons. Preuve que la pratique est la même dans tous les territoires.
Aux Fidji d’ailleurs, le Conseil des consommateurs a enquêté sur la plateforme et relève des « tactiques trompeuses » pour exploiter les utilisateurs.

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Maeva se pose des questions. La jeune mère de famille a déjà expérimenté d’autres systèmes semblables. Le dernier, JK Hotel, a largué ses membres du jour au lendemain, après les avoir incités à investir de grosses sommes à l’occasion d’un événement anniversaire, raconte Maeva.
Alors elle fouille. Et rien de cohérent n’apparait. Tout dans l’identité des responsables semble faux. De leurs photos à leurs noms… « Ce sont des noms de célébrités : une danseuse russe, une ingénieure roumaine, que des noms comme ça… »
En interne, dans des conversations WhatsApp, les responsables partagent des documents « officiels » pour prouver l’existance légale de l’entreprise. Elle aurait été créée aux Etats-Unis, et serait basée à New York. Mais les indicatifs des responsables sont ceux d’autres Etats. Certains ont changé de numéro de téléphone et ont recréé des groupes de discussions ces dernières semaines.
Lorsqu’on va plus loin, on remarque que leur site officiel (créé en 2025) ne contient aucune mention légale. Tous les liens de bas de page renvoient vers la page d’accueil. Rien ne permet d’identifier les fondateurs.
Même l’URL pousse à se poser des questions. Le nom de domaine utilise un sous-domaine (official.) et semble surfer sur la notoriété du « SF AppShow », un événement technologique historique de San Francisco (où Uber a été lancé en 2010), et sans rapport avec les activités officielles de SFCVibe.
Les « articles » de presse faisant l’éloge de la plateforme sont en fait des publireportages, ce qui signifie que SFCVibe a payé pour être visible, comme mentionné sur la capture d’écran ci-dessous.

Par message, les membres sont poussés à recruter. « Votre nièce est-elle intéressée par SFCVibe ? (…) Il faut que tu lui parles de l’avenir », écrit une responsable à Maeva.


Maeva craint ce qui suivra dans les prochains mois. Elle souhaite aujourd’hui alerter : « On va leur dire, si tu veux gagner 7800$ par mois ou 75 000$ par mois, tu dois investir 7000$. Et il y en a qui vont marcher. C’est ce qui s’est passé avec JK Hotel. Ils ont fait une espèce d’anniversaire, un faux anniversaire en promettant des niveaux du monde de 4, 5, 6 niveaux. Parce qu’il y en a 10 en tout. Tu devais investir entre 700 et 510 € pour gagner 200 000€ par mois. Et il y en a qui ont investi, il y en a qui ont payé. Ce qui m’embête ce sont ces gens-là qui ont eu des problèmes après parce qu’ils ont investi toutes leurs économies. Tout l’argent qu’ils avaient mis de côté pour leurs enfants, l’argent qu’ils avaient mis de côté pour les études, pour rénover la maison, ils ont tout mis dedans. Et ils ont tout perdu en fait. »
Maeva craint de voir s’effondrer la plateforme d’ici octobre. En attendant, elle admet que si sa situation financière n’évolue pas et qu’un nouveau système apparait, elle l’intègrera pour gagner quelques sous. Comme de nombreuses personnes dans le besoin. Un phénomène qui met en lumière les difficultés de nombreux Polynésiens.
*prénom d’emprunt



