TNTV : Pourquoi avez-vous jugé important d’élaborer ce cahier de propositions à l’approche des élections municipales de 2026 ?
Jeanne Lecourt, présidente de vahine arata’i no porinetia : « Parce que c’est l’opportunité d’avoir l’écoute de tous les candidats (…). Les échanges sont très riches. Chacun a développé des idées superbes. Nous, nous sommes dans nos statuts, ma position et l’association, apolitiques. Notre seul rôle, c’est de participer à faciliter l’entrepreneuriat féminin en Polynésie. »
TNTV : Quels sont les freins rencontrés par la majorité de ces femmes entrepreneurs ?
Jeanne Lecourt : « Il faut savoir une chose, c’est que dans le dernier rapport de l’ISPF de décembre, il est bien spécifié que le taux de défaillance – des entreprises, ndlr – en Polynésie est 30 fois supérieur à celui de la France. Et 90% des TPE sont, à l’origine, des petites patentés. 80% des patentés sont à l’origine de l’entrepreneuriat féminin. Donc, la base de l’économie de la Polynésie est portée par les femmes. Et si elles chutent, l’économie de la Polynésie chute. Les freins que l’on a répertoriés, on a passé trois mois, donc je ne vais pas pouvoir tous les citer. Mais il y a les obstacles financiers, bien sûr. Mais on a été surpris. C’est surtout l’isolement, le manque de compétences. Il n’y a pas forcément d’études supérieures. Et les compétences de base pour gérer une entreprise, ça ne s’invente pas. »
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TNTV : Quelles sont vos propositions concrètes pour les communes, pour l’entrepreneuriat féminin ?
Jeanne Lecourt : « Nous en avons quatre. L’une d’elles, c’est de mettre en place un guide. Un guide qui recense, par archipel, par commune, tous les services territoriaux et l’État qui peuvent les accompagner, parce qu’elles sont noyées sous l’information. On a aussi des solutions foncières et logistiques. C’est-à-dire, au lieu de faire des très grands immeubles avec de très grands loyers, pourquoi pas des box avec des loyers modérés qui leur permettent de s’installer avec un bail précaire de deux ans ? Et après, elles partent pour laisser la place à d’autres. »
TNTV : Vous avez aussi des propositions sur le volet social, avec les enfants, par exemple
Jeanne Lecourt : « Tout à fait. La garde d’enfants est le frein majeur de l’entrepreneuriat féminin, parce que les mamans font passer leurs enfants avant leur carrière, avant leur projet. Donc, on propose de mettre en place des micro-crèches, mais aussi des maternités au sein des communes. »
TNTV : Comment les communes peuvent-elles accompagner ces femmes ? Est-ce qu’elles doivent être au cœur de ce dispositif ?
Jeanne Lecourt : « Les communes sont l’interlocuteur de proximité par excellence. C’est la première porte à laquelle une femme va frapper. Donc, elles ont un rôle de facilitateur, de relais d’information, et surtout, de valorisation de l’entrepreneuriat féminin. Par exemple, une des propositions que l’on a, c’est de passer nos mères sur YouTube (…) Quand elles commencent, eh bien, elles ne se sentent pas légitimes. Elles n’osent pas. Donc, on les interview, on les valorise (…). Les femmes ne demandent pas l’assistanat. Elles demandent les moyens d’agir. Les mairies sont des acteurs qui peuvent relayer, surtout dans nos archipels, les services administratifs qu’on trouve plus facilement à Tahiti. Dans ce sens où le frein, l’obstacle majeur des entrepreneurs, et tout le monde le sait, surtout les artisans (…) c’est la concurrence. Dès que quelqu’un lance un modèle, tout le monde le reprend. »



