Un enfant de 2 ans et demi oublié à l’école pendant la fête : son père témoigne

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En décembre dernier, un petit garçon de deux ans et demi, a été oublié pendant une heure devant sa classe pendant que ses camarades participaient à la fête de leur école, à Papeete. Retrouvé en pleurs par une mère de famille, le garçon a ensuite été suivi psychologiquement. Son père a déposé plainte dès le lendemain des faits. Il témoigne et dénonce la manière dont l'affaire a été gérée par l'établissement.

« Mon objectif, c’est de mettre en évidence des manquements à la sécurité des enfants. Parce que je pense que je ne suis pas le seul dans ce genre de situation. » Neuf mois après les faits, Olivier Vanquin a décidé de raconter publiquement ce qui est arrivé à son fils. Il a également déposé une plainte.

Le 10 décembre 2025, il dépose son enfant, alors âgé de deux ans et demi, dans sa classe d’une école privée catholique, à Papeete. L’enfant doit participer à sa toute première fête d’école. Ses parents rejoignent le lieu du spectacle, situé dans une autre partie de l’établissement.

Mais lorsque vient le tour de sa classe, le petit n’est pas sur scène.

Son père alerte l’institutrice puis la direction. Pendant une quinzaine de minutes, les parents cherchent leur fils au milieu d’une fête qui rassemble, selon Olivier Vanquin, plusieurs centaines de personnes.

Finalement, une mère de famille qui regagne son véhicule reconnaît l’enfant. L’enfant est retrouvé seul, en pleurs, devant sa classe, à la tombée de la nuit.

« La première chose qu’il m’a dit, ça a été : “Papa, tu m’as abandonné” », se souvient son père, encore marqué par les faits.

Seul au milieu des voitures

Pour Olivier Vanquin, au-delà de l’oubli, c’est avant tout la question de la sécurité de son fils qui demeure au cœur de l’affaire.

Dans sa plainte adressée au procureur dès le lendemain, il indique avoir confié son fils à son institutrice à 15 h 37 et qu’il est ensuite resté seul pendant plus d’une heure.

Ce soir-là, raconte-t-il, des véhicules étaient stationnés devant les classes et circulaient pour quitter les lieux à mesure que les spectacles se terminaient. Le portail était également ouvert. Dans sa plainte, le père décrit notamment le trajet des enfants entre les deux parties de l’établissement, au milieu des véhicules stationnés.

« Heureusement qu’il n’a pas bougé parce qu’il aurait pu se faire écraser », raconte-t-il aujourd’hui. À deux ans et demi, l’enfant a eu le réflexe de rester devant sa classe jusqu’à ce qu’un adulte le remarque.

Selon le récit qu’il a ensuite fait à ses parents, il serait allé aux toilettes avant de constater, à son retour, que sa classe était vide : « Je suis sorti et maîtresse n’était plus là ».

C’est précisément ce défaut de surveillance qu’Olivier Vanquin veut aujourd’hui mettre en lumière. Enseignant lui-même, il insiste sur l’importance du comptage des enfants lors des déplacements : « On doit toujours compter d’un point A à un point B, et arrivé au point B, les recompter. »

Quatre mois difficiles pour la famille

L’incident ne s’est pas arrêté au soir de la fête. Olivier Vanquin décrit un profond retentissement sur son fils, mais également sur l’ensemble de la famille.

Dans les semaines suivantes, son fils est pris en charge par plusieurs professionnels. Un certificat médical établi en février par sa pédiatre rapporte que l’enfant a décrit une « peur intense » et expliqué avoir pensé qu’il avait « fait une bêtise » et que c’était pour cette raison qu’il avait été oublié. La praticienne constate que l’événement reste chargé émotionnellement et indique qu’un « retentissement psychologique en lien avec cet événement ne peut être exclu ».

Son père évoque des cauchemars, des peurs, des sursauts et des régressions dans certains gestes du quotidien. « Il ne voulait plus faire des tâches simples comme aller aux toilettes. Il fallait toujours qu’on soit présent avec lui. » Son fils n’est plus retourné à l’école jusqu’à la rentrée 2026 de janvier.

Olivier et son fils, aujourd’hui âgé de 3 ans et demi (Crédit photo : Tahiti Nui Télévision)

La mère de l’enfant a également été profondément affectée, selon Olivier Vanquin, tout comme le grand frère. Plusieurs membres de la famille ont bénéficié d’un accompagnement psychologique. « Ça a pris quand même quatre mois avant que mon fils aille mieux », raconte le père.

Aujourd’hui, le petit est scolarisé dans un autre établissement et, assure son père, il « adore aller maintenant à l’école ».

La plainte devient un « facteur de tension »

Car après l’incident, un second conflit s’est noué entre la famille et l’établissement.

Olivier Vanquin dépose plainte dès le lendemain des faits. En janvier, alors que les parents souhaitent maintenir leur fils dans l’école pour éviter un autre trauma, mais demandent un changement de classe, la direction diocésaine de l’Enseignement catholique leur écrit que le dépôt de plainte marque « une rupture de confiance » envers l’établissement et évoque la possibilité d’une rupture du contrat de scolarisation.

Le 3 février, la direction de l’école informe finalement les parents qu’elle ne pourra pas maintenir l’enfant dans l’établissement. Dans son courrier, elle qualifie la plainte de « facteur de tension » pour l’équipe pédagogique et estime que la confiance entre l’établissement et la famille est « fortement compromise ».

Quelques jours plus tard, la direction précise par écrit qu’« aucun fait disciplinaire » n’est reproché à l’enfant. Elle justifie sa décision par la nécessité de préserver notamment « la sécurité psychologique des personnels ».

Olivier Vanquin affirme par ailleurs qu’au cours d’une réunion, le retrait de sa plainte lui aurait été présenté comme une condition au maintien de son fils dans l’établissement. Une affirmation qu’il a également consignée dans un complément de plainte adressé à la procureure en février.

« Aux parents de ne pas lâcher »

C’est aussi pour cette raison qu’Olivier Vanquin dit avoir choisi de parler aujourd’hui. Au-delà du cas de son fils, il souhaite que les parents confrontés à ce type de situation osent signaler les faits.

« Le message qui est aussi à mettre en avant, ça va être aux parents de ne pas lâcher », explique-t-il. « Ce n’est pas à la victime de subir encore une fois ces pressions-là. »

Le père dit désormais attendre que la justice se saisisse pleinement de l’affaire et que soient reconnus les préjudices subis par son fils et sa famille. Selon lui, l’institutrice et la directrice ont été entendues dans le cadre de l’enquête.

« Ce qu’on veut, c’est faire reconnaître ce qui s’est passé à notre enfant, et les quatre mois de difficulté à pouvoir sortir notre tête de l’eau. »

Contactée par TNTV, la direction de l’Enseignement catholique indique qu’à l’issue d’une enquête menée par le vice-rectorat, des sanctions ont été prises. Elle n’a toutefois précisé ni les personnes concernées, ni la nature de ces sanctions. La Direction assure également qu’un protocole de surveillance renforcé a depuis été mis en place au sein de l’établissement, sans en détailler les modalités.

De son côté, la plainte déposée par la famille auprès de la procureure suit toujours son cours.

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