Il est 10 heures, le 27 janvier 1996 à Fangataufa, lorsque Xouthos explose. Le dernier tir d’une série de six essais nucléaires, repris en 1995, définitivement close par Jacques Chirac deux jours plus tard lors d’une allocution télévisée.
Trente ans plus tard, ce mardi, l’Assemblée nationale s’est muée en lieu de mémoire. Alors que la refonte du régime d’indemnisation des victimes va bientôt être débattue en séance plénière, les acteurs clés du dossier ont pris la parole pour marquer cette date historique.
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Pour comprendre l’ampleur du traumatisme et de l’héritage laissé par le Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP), Renaud Meltz, directeur de recherches au CNRS, replace l’événement dans une perspective nationale globale. « C’est une réalité qui a eu tellement d’importance dans l’histoire tahitienne, qui en a beaucoup aussi dans l’histoire de la France, qui se targue non sans raison de fonder sa sécurité sur la bombe, explique-t-il. Mais elle ne sait pas comment elle a obtenu cette bombe (…). L’arsenal ne s’est pas constitué du jour au lendemain d’une façon magique. Il a bien fallu essayer ces armes, et évidemment ce n’est pas anodin pour les Polynésiens que ces armes aient été essayées chez eux », rappelle-t-il. .
« On a parlé de l’État qui, en connaissance de cause, savait à l’époque qu’il y aurait des conséquences, et en connaissance de cause, il a choisi des sites comme le Sahara, comme la Polynésie française, des sites lointains avec très peu de population, pour que le risque soit pris sur moins de gens, ajoute la députée Mereana Reid Arbelot. C’est ce risque que l’État a pris en connaissance de cause (…). Lors de la survenue d’une maladie, cette maladie va matérialiser le risque pris, c’est ça qui est indemnisé » , détaille-t-elle. Co-rapporteure de la PPL, elle vise à faire évoluer la méthodologie d’indemnisation, et passer d’une logique de présomption de causalité, symbolisé par le seuil d’1 millisievert (mSv) dénoncé par les associations, à une logique de présomption d’exposition « irréfragable », encadrée par la liste des 23 maladies reconnues radio-induites, des zones géographiques et des dates précisées par le texte.

Un « pas de plus » vers la réconciliation
Présent à Paris, où il a rencontré Emmanuel Macron, Moetai Brotherson, a salué l’évolution des travaux parlementaires, y voyant une opportunité diplomatique et mémorielle majeure. « Elle (la commission d’enquête sur les essais nucléaires dont découle la PPL) se fonde sur l’évolution de la connaissance historique, de la connaissance scientifique, et elle essaie de rationaliser les choses, observe-t-il. Le président du Pays a également évoqué le sujet avec le chef de l’État. J’en discutais ce matin avec le président de la République, que j’ai rencontré ce matin, en lui disant que c’est une opportunité incroyable de faire un pas de plus vers une réconciliation de l’Histoire » , confie-t-il.
La PPL doit être examinée dans les prochains. En cas d’adoption au palais Bourbon, le texte pourra suivre son cours au Sénat.



