« Si on n’avait pas été là, il aurait poignardé sa maman », quand l’ice détruit des familles

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La Fédération citoyenne polynésienne de lutte contre les drogues et la toxicomanie multiplie les interventions sur le terrain. Chaque jour, elle est sollicitée par des familles confrontées aux ravages de l’ice : violences, crises de manque, paranoïa, vols et menaces. « Parfois, quand on intervient, on est à l’extrême, à la limite de poignarder les parents », explique l’un de ses membres actifs, Charles Renvoyé.

 « Je sais à quelle heure je quitte la maison, mais je ne sais pas à quelle heure je rentre ». Charles Renvoyé, membre très actif de la Fédération, est constamment sur le terrain. Lorsque TNTV le rencontre, il a passé une partie de la nuit au chevet d’un jeune en crise et de sa famille.

Il arpente les routes du fenua au gré des appels d’urgence.  La fédération en reçoit plus d’une vingtaine par semaine.  Comme celui de Valentine, une mère de deux garçons pris dans l’engrenage de la drogue.

« Aujourd’hui des familles pleurent. Elles ont mal, car il y a des jeunes qui se pendent. Il faut arrêter », déplorait-elle dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux.

« Charles m’a beaucoup aidée. A chaque fois que je l’appelle, il intervient », dit-elle à TNTV, « j’ai éduqué mes enfants, mais je ne sais pas pourquoi ils sont arrivés à ce comportement ».

« Notre fils était violent », poursuit-elle, « il a agressé sa femme. Il est même violent devant sa petite. C’est pour ça que j’interviens, parce que je n’en peux plus ».

Bien souvent, la Fédération intervient auprès de personnes qui ont perdu la maîtrise d’elles-mêmes.

« Parfois, quand on intervient, on est à l’extrême, à la limite de poignarder les parents. Je vous ai montré une vidéo. Si on n’avait pas été là, il aurait poignardé sa maman. C’est la réalité de notre belle Polynésie », souffle Charles renvoyé.

Depuis quelques semaines, les membres de la fédération soupçonnent l’arrivée de nouvelles substances comme le « PTC », acronyme de « Pète ton crâne », bien qu’aucune donnée précise n’existe à l’heure actuelle en la matière.  

« Ça a pris le pas sur l’alcool »

« Ce matin, c’est la première fois que je vois un cas comme ça.  Il avait même du mal à relever sa tête. Pour l’ice, je peux reconnaitre à 99% quelqu’un qui en a consommé. Ça, je ne sais pas ce que c’est », dit Charles Renvoyé.

« Il faut que les familles s’inquiètent. Actuellement, en France, ça fait d’énormes ravages », ajoute Vaihere Taaroamea, intervenante pour la Fédération, « c’est inodore. C’est du liquide qui se met dans le vapo et les parents ne le voient pas. Ils se rendent compte, après, que leur enfant a changé, qu’il a des crises d’épilepsie. Quand on en arrive là, c’est un peu tard ».

La Croix Bleue offre la possibilité aux personnes en situation d’addiction de s’engager dans une démarche de sevrage.

« Ça a pris le pas sur l’alcool », constate le Père Jean-Pierre Potelle, prêtre de la paroisse Saint-Etienne de Punaauia, « il y en a un qui est venu pour le tabac et l’alcool. Il n’a pas parlé de paka, ni d’ice. C’est devenu un cas rare. C’est majoritairement l’ice et majoritairement des jeunes ».

L’homme d’Église souligne aussi que « depuis deux ou trois ans, les signatures ont bien augmenté ».

Pour la Fédération, qui célèbre, cette semaine, sa première année d’existence, la coopération entre l’ensemble des acteurs de la lutte contre les stupéfiants est essentielle pour parvenir à de véritables résultats.

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