TNTV : Vous avez récemment publié le calendrier scolaire triennal, avec quelques changements pour 2026-2027, mais des évolutions sont donc envisagées. Plusieurs organisations syndicales dénoncent un manque de concertation. Que leur répondez-vous aujourd’hui ?
Samantha Bonet-Tirao : « Lorsque j’ai pris mes fonctions et que j’ai été nommée ministre de l’Education le 13 février, l’attente du calendrier était forte. Je ne pouvais pas attendre plus longtemps, parce que derrière il y a des opérations qui sont nécessaires pour le rapatriement scolaire, que ce soit notamment pour les acteurs du tourisme, les acteurs du sport, mais aussi pour les examens. Il faut tout planifier en amont. Donc la stratégie qui a été mise en place, c’est de prendre le calendrier, que j’ai pris en route, quand je suis arrivée, de le poser avec la garantie de pouvoir le modifier en fonction des retours du terrain, ce qui va nécessiter effectivement des concertations. La DGEE a un mois pour fournir, on va dire, une stratégie de concertation des organisations syndicales, mais pas que : des représentants des parents d’élèves aussi, des étudiants, et de toute la communauté éducative, en impliquant bien évidemment les acteurs du sport. Et l’idée, c’est de prendre davantage de temps pour repenser un calendrier qui soit encore plus adapté à la réalité et aux besoins et préoccupations du terrain ».
TNTV : Des inquiétudes concernent également les élèves internes, notamment ceux issus des archipels éloignés. Quelles sont les principales difficultés que vous identifiez pour ces élèves ?
Samantha Bonet-Tirao : « L’inquiétude des parents est légitime, il faut le reconnaître. Ne pas voir son enfant entre le mois d’août et de décembre, c’est compliqué. Pourquoi est-ce qu’ils s’interrogent sur une semaine en mois de novembre ? Parce que ça ne permet pas le rapatriement scolaire puisque nous dépendons des navettes aériennes et maritimes. Mais encore une fois, c’est quelque chose qui va faire l’objet de concertation. Surtout, il s’agira aussi avec ces remontées de repenser une réelle politique d’internat pour faire en sorte de proposer un calendrier scolaire, mais pas que, mais de revoir aussi le parcours scolaire des élèves ».
TNTV : Autre sujet, la question climatique qui est également soulevée lors des périodes de forte chaleur et d’humidité. En quoi ce calendrier est-il réellement adapté aux conditions locales ?
Samantha Bonet-Tirao : « Ce qui a été pensé dans cette proposition de calendrier, c’est de rallonger le temps scolaire en période fraîche et de le raccourcir en période plus chaude. Et selon les retours, il y aurait d’autres possibilités qui conviendraient mieux. Cela fera encore l’objet d’une concertation avec les organisations syndicales et tous ceux qui ont identifié des problématiques qui n’ont peut-être pas été relevées dans le calendrier qui a été diffusé. Le plus urgent, c’était de donner un repère à tous ceux qui l’attendaient avec, encore une fois, une garantie de pouvoir revenir dessus parce que nous sommes un gouvernement et je suis une ministre à l’écoute ».
TNTV : Beaucoup de parents s’interrogent aussi sur les rythmes scolaires. Quel est le bilan à ce stade et quelles pistes sont actuellement à l’étude sur ce sujet ?
Samantha Bonet-Tirao : « Il y a déjà eu quelques questionnaires qui ont été remontés. Il faut attendre au moins trois ans pour avoir un bilan qui reflète réellement ce qui se passe sur le terrain. Néanmoins, ce que je retiens aussi, c’est que nous avons quand même des communes qui demandent à réajuster les horaires. Cela veut dire aussi qu’ils ont essayé des choses, qu’ils réajustent en fonction des réalités. Au bout des trois ans, on va avoir davantage d’éléments pour s’asseoir autour d’une table et voir un petit peu comment les choses évoluent ».
TNTV : Au mois de février, la situation des transports scolaires à Moorea a suscité de vives tensions. Considérez-vous aujourd’hui que la situation est totalement réglée ?
Samantha Bonet-Tirao : « Nous avons trouvé une solution jusqu’au mois de juillet parce que les élèves avaient besoin d’aller à l’école et les parents avaient besoin d’être rassurés. Il y a un autre marché public qui va être lancé au mois de juin, d’abord pour une durée d’un an. Cette année va nous permettre de repenser de manière systémique les transports scolaires avec aussi la revalorisation des tarifs des transporteurs pour que tout le monde se retrouve. On prend plus de temps pour repenser quelque chose qui soit durable et qui ne mette plus nos élèves et nos familles en difficulté ».
TNTV : Nous sommes également dans une période stratégique pour les lycéens. Concernant Parcoursup, ils ont encore trois jours pour confirmer leurs vœux. Chaque année, beaucoup d’élèves ne finalisent pas cette étape. Par exemple, au Lycée Gauguin, 59% des élèves n’ont encore rien validé. On rappelle l’importance de cette plateforme qui permet d’accéder aux études supérieures. Qu’est-ce que vous pouvez leur dire à ces étudiants aujourd’hui ?
Samantha Bonet-Tirao : « Il reste du temps. La campagne a été ouverte le 19 janvier et se termine le 1er avril. Les délais doivent être respectés. J’invite donc tous ceux qui n’ont pas encore renseigné ou finalisé les vœux sur Parcoursup de le finir dans les délais impartis. Et ne pas oublier surtout que dans nos établissements, les chefs d’établissement, les professeurs principaux, se tiennent à la disposition des élèves et des familles. Avec bien sûr le département de l’orientation et de l’insertion de la DGEE dont les coordonnées se trouvent sur la page du site internet de la Direction générale de l’éducation et des enseignements ».
TNTV : Parlons maintenant de cantines scolaires. Cette semaine, deux établissements ont signé les premières conventions instaurant la gratuité des cantines. Un budget d’environ 1 milliard de francs est annoncé pour ce dispositif. Combien d’élèves sont concernés aujourd’hui et combien le seront à terme ?
Samantha Bonet-Tirao : « Ce sont six établissements, Mahina, Faa’a et Punaauia aujourd’hui. Il s’agit d’abord de soutenir les familles et bien sûr les élèves et de leur offrir, on va dire, un repas qui soit de meilleure qualité. Et lorsque je parle de meilleure qualité, il faut savoir que dans nos établissements, nos cuisiniers font déjà de l’excellent travail avec nos gestionnaires et nos principaux ou nos proviseurs. L’idée, en fait, c’est de rajouter davantage de produits locaux et surtout de rassurer les familles et de les décharger de ce poids puisque toutes les familles n’ont pas l’occasion d’avoir, on va dire, suffisamment de ressources pour payer la cantine et la question du bien-être des élèves ne se pose pas ».
TNTV : Comment comptez-vous garantir la pérennité financière de cette démarche ?
Samantha Bonet-Tirao : « Déjà, c’est un projet collectif, c’est une démarche collective qui a été votée à l’Assemblée de Polynésie française et tout le monde a mis la main à la patte. Quand il s’agit du bien-être de nos élèves, l’idée, c’est que le dispositif soit pérenne. On sait bien que quand on est bien dans son corps, on est bien dans sa tête. Donc on continuera ce dispositif autant que possible pour le bien-être de nos élèves. Nous avons 20 000 élèves concernés, 39 établissements de l’enseignement public. Nous commençons d’abord par l’enseignement public, les collèges et les lycées ».
TNTV : Envisagez-vous un élargissement au privé ?
Samantha Bonet-Tirao : « Les discussions ont déjà été entamées. Il nous faut clarifier certains points parce que le fonctionnement n’est pas le même. Nous avons d’abord investi dans des établissements qui relèvent de la compétence du Pays. Et ensuite, il y aura des discussions qui seront menées avec nos tavana pour pouvoir les accompagner dans cette perspective ».
TNTV : Qu’en est-il des écoles primaires ?
Samantha Bonet-Tirao : « Nous attendions justement la fin des élections parce qu’il faut que tous les tavana soient concernés. Ce sont des dispositifs qui nécessitent du temps, de la concertation parce qu’encore une fois, comme vous l’avez dit tout à l’heure, il s’agit de mettre en place un dispositif qui soit durable ».



