TNTV : Les familles se préparent pour la rentrée scolaire, mais la baisse de la natalité se confirme au fenua avec un taux de 1,6 par femme en 2025. La rentrée dernière a déjà vu des fermetures de classes, faut-il en craindre d’autres cette rentrée ?
Samantha Bonet-Tirao : « Depuis 2020, on insiste quand même à une baisse effective dans les classes, qui est évidemment due à cette baisse de la natalité, avec une répercussion sur les classes, notamment dans les archipels éloignés. Chaque rentrée scolaire, nous effectuons à nouveau un comptage d’élèves pour ajuster au mieux ces cartes scolaires et voir éventuellement quelles sont les classes que nous devons absolument fermer et quelles sont celles que nous pouvons préserver. L’idée, évidemment, est de conserver toutes les classes avec les moyens dont nous disposons. Il faut savoir au fait que nous dépendons des moyens pour ouvrir ou fermer des classes et le dilemme c’est toujours aussi, est-ce que je privilégie les moyens dans une classe pour qu’elle reste ouverte ou est-ce que j’en garde encore un peu pour privilégier le remplacement d’enseignants en cas d’absence ? »
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TNTV : Parvient-on à préserver les écoles dans les îles les plus éloignées ?
Samantha Bonet-Tirao : « C’est particulier et en tout cas c’est spécifique. Dans les archipels éloignés, nous avons des écoles à une classe avec plusieurs niveaux et un enseignant qui assure plusieurs niveaux. On a une aptitude grande à organiser les enseignements lorsque nous avons des multiniveaux. Aujourd’hui, on n’a pas fermé réellement de classe. On ferme plutôt les petites classes comme les STP. On a du mal certainement à remplacer parce que le contexte géographique fait que les remplacements se complexifient ».
TNTV : La baisse démographique a un impact sur le primaire, mais quelle est la suite pour le collège ?
Samantha Bonet-Tirao : « Pour le collège, il faut savoir aussi qu’on dépend comme dans le premier degré des moyens dont nous disposons. On peut se retrouver avec des classes surchargées. Quand je dis surchargées, c’est important parce qu’en fait, les effectifs doivent être travaillés de manière à permettre un enseignement qui soit de qualité. Donc les chefs d’établissement jonglent en fonction du nombre de classes qu’ils ont mais aussi en fonction du nombre de professeurs dont ils disposent chaque année ».
TNTV : A un an des Jeux du Pacifique, de nombreux chantiers sont en cours sur les infrastructures sportives. Comment vos services s’organisent avec les établissements scolaires pour que les élèves conservent leurs cours d’EPS ?
Samantha Bonet-Tirao : « Avant de répondre à la question sur les services, je voudrais d’abord répondre par rapport aux enseignements. Les professeurs d’EPS et nos inspecteurs ont travaillé sur la réorganisation des enseignements en éducation physique et sportive et ont réorienté au maximum les équipes vers des apprentissages en pleine nature, les activités en pleine nature : les triathlons et les duathlons. Ça, c’est déjà une première réorganisation. La deuxième, c’est qu’en fonction des discussions qu’il y a eu, on a privilégié les établissements les plus impactés sur des infrastructures importantes, notamment lorsque des élèves doivent passer des examens ou des évaluations spécifiques en lien avec les diplômes à passer. Et puis, il faut le souligner et remercier les communes et les confessions religieuses qui mettent à disposition des sites, des salles. C’est le cas, par exemple, du Mont Thaboravec lequel nous sommes en discussion. Et c’est toute cette organisation et cette adaptabilité qu’il faut saluer et qui nous permettra, en tout cas, de répondre aux besoins de nos élèves et surtout à l’enseignement de l’éducation physique et sportive ».
TNTV : La rentrée universitaire approche également avec la question du logement qui reste difficile pour les étudiants qui arrivent des îles. Avec la fermeture des foyers comme Taurua et des résidences saturées, trouver une chambre est un casse-tête. Comment offrir une vraie solution pérenne ?
Samantha Bonet-Tirao : « Nous avons des logements qui vont sortir en 2027 puis en 2028. Et c’est un travail qui est mis en œuvre par le ministre du Logement en lien avec ses équipes et notamment l’OPH. Donc ça, déjà, c’est une projection. On ne peut pas effectivement répondre à la demande de tout le monde. Néanmoins, on a une méthode de classement des élèves au fait qu’ils peuvent accéder à des centres d’hébergement, sur Paraita, sur Outumaoro, ou encore à la Cité universitaire. Et c’est tout le travail que nous menons ensemble actuellement. On a également mis en place des groupes de travail avec l’État, le Pays, évidemment, mais aussi l’Université de la Polynésie française et le CRUSS national qui consiste d’abord à faire un état des lieux de toutes les aides qui existent et ensuite de voir comment est-ce que nous pouvons mieux les coordonner pour augmenter les aides durant tout le parcours scolaire. Pas uniquement quand on fait des études supérieures, mais durant tout le parcours scolaire. Et le but est de développer ces aides pour que nos élèves puissent accéder à des hébergements qui puissent leur permettre de poursuivre leur rêve et atteindre leurs objectifs en tant qu’étudiants ».
TNTV : Au sujet du CRUSS. Peut-on s’attendre à un projet sur le même modèle, mais adapté aux spécificités locales ?
Samantha Bonet-Tirao : « Il y a des choses sur lesquelles nous pouvons nous inspirer, mais évidemment, le copier-coller n’est jamais quelque chose à faire. En revanche, il y a des aides sur lesquelles nous pouvons nous appuyer puisque ce sont des aides aussi qui sont mises en place par l’enseignement supérieur et par l’État. Il faut donc s’appuyer sur ces leviers et voir comment est-ce que nous pouvons les adapter au maximum pour répondre aux besoins de nos étudiants en Polynésie française ».
TNTV : Dans le domaine culturel, le mini Heiva offre un second souffle aux troupes, mais sur la grande scène de To’ata, l’édition 2026 a été mouvementée notamment en raison de la météo. Entre les aléas climatiques, le coût des préparatifs, le confort des artistes et des spectateurs, y a-t-il une réflexion pour faire évoluer l’organisation ?
Samantha Bonet-Tirao : « Je tiens d’abord à saluer l’ensemble des groupes de danse, des groupes de chant et de notre jury ainsi que des équipes de TFTN qui se sont adaptées à toutes les difficultés qu’on a pu rencontrer, notamment la météo qui n’a pas été au rendez-vous tous les soirs. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’en fait, le gouvernement envisage bien évidemment de couvrir To’ata. C’est une ambition que nous souhaitons tous et que nous allons poursuivre, notamment pour permettre aux groupes de se produire, on va dire, avec le moins de difficultés possibles sur l’espace dédié à la promotion et à la valorisation de la culture. Donc ça, déjà, c’est une solution que nous pouvons apporter. C’est une solution sur du long terme parce qu’en fait, la couvrir, c’est une chose, mais il faut la couvrir en discutant avec les chefs de groupe. C’est pour eux que nous le faisons. C’est pour notre culture. On ne peut pas le faire seul dans notre coin. Donc ça, ça rentre aussi dans l’échéance que nous avons prévue. Nous espérons en tout cas, c’est mon vœu pieux, de montrer un projet, expliquer à quoi ça pourrait ressembler en juillet 2027 pour expliquer un petit peu nos ambitions. Mais ça, c’est sur du long terme. Sur du court terme, nous sommes en train de réaliser une cartographie des lieux qui existent et qui pourraient accueillir ces répétitions. C’est un travail de longue haleine qui doit évidemment être mené avec nos communes, qui sont aussi les soutiens de notre culture. Par exemple, quelque chose qui va se faire sur du moyen terme. Et après, l’idée, c’est de penser de manière globale comment est-ce qu’on peut mettre des espaces à disposition qui soient protégés, mais qui puissent aussi leur permettre en toute liberté de répéter et de manifester leur expression de l’amour de la culture qu’ils portent aujourd’hui ».
TNTV : Vous venez d’être nommé Inspectrice de l’Éducation nationale, une fonction à compter dès le 1er septembre. Allez-vous quitter le gouvernement ?
Samantha Bonet-Tirao : « Alors, je n’ai pas l’intention de quitter le gouvernement. Je souhaiterais sincèrement finir le travail qui m’a été confié, notamment la convention État-Pays, la Charte de l’éducation que j’ai à cœur. Je voudrais terminer ces missions. J’ai demandé à Paris si je pouvais finir mon mandat et prendre mes fonctions après. Ce serait en bonne voie. J’attends aujourd’hui la réponse officielle, mais je reste persuadée que Paris aura entendu ma requête parce qu’elle sait qu’aujourd’hui, je tiens vraiment à travailler au service de mon pays et des enfants qu’elle accueille aujourd’hui ».



