Les apprentis motards au point mort. Privées du plateau technique jouxtant le stade Pater depuis début 2026, les auto-écoles de Tahiti n’ont toujours pas ressorti leurs motos depuis : le problème posé par l’absence d’une nouvelle infrastructure pour l’apprentissage du plateau – épreuve technique hors circulation indispensable à l’obtention du permis A et 125 – est loin d’être résolu. Car la solution de repli proposée par le Pays sur une nouvelle piste du côté du centre d’examen du Taaone ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut.
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Au Taaone, une piste étroite
Le 23 janvier, la Direction des Transports Terrestres (DTT) réunissait les professionnels du secteur autour d’une table ronde pour leur présenter son plan : un emménagement sur cette piste de 120 mètres de long pour 7 mètres de large, également affectée aux contrôles techniques, pour une livraison estimée à juillet 2026. Loin des 25 mètres de large de Pater, plus confortables pour les leçons de moto, notamment pour les entraînements au parcours rapide, ou les sorties de pistes sont possible.
Pour Renaud Mandiau, moniteur et gérant d’une auto-école à Faa’a, le site du Taaone n’a simplement pas été pensé pour la formation des motards : « C’est une piste qui a été faite pour le contrôle technique des bus et des poids lourds. Sur 7 mètres de large à 10, c’est impossible de travailler. Si l’élève se rate, il se prend le mur », affirme-t-il.
Une solution si peu satisfaisante que les professionnels ont étudié une solution alternative pour ne pas créer de rupture dans la formation et débloquer la situation des élèves en attente : proposer, comme pour les permis poids lourds et les permis transports en commun, un passage du permis A uniquement sur l’épreuve de circulation. Niet, répond la DTT, qui invoque une incompatibilité juridique avec le permis métropolitain, et dit vouloir maintenir un permis « qualitatif » . « Le premier enjeu, c’est la sécurité routière, assure la directrice de la DTT Sandra Forlini. L’épreuve de plateau a son intérêt (…), puisqu’on observe que parfois, la maniabilité est insuffisante et qu’il y a des situations qui sont évitées parce qu’on s’assure de la maîtrise vraiment de son véhicule » , insiste-t-elle.
L’option de travaux d’élargissement de la piste du Taaone est elle aussi écartée. « Les potentialités d’aménagement du site de Taaone sont fortement limitées par le PGA de la commune. Il y a une zone d’équipement qui est dédiée à une contre allée, et différents zones Ua (dédiées à l’habitation) qui ne permettent pas (…) d’aménager la surface » comme à Pater, ajoute Sandra Folini. Sauf qu’à Pater, justement, la piste réquisitionnée par l’IJSPF a été réduite à 112 mètres de long. Suffisant pour les scooters 50cc : une convention permet ainsi aux auto-écoles de dispenser la formation BSR jusqu’au 30 juin prochain. Insuffisant pour les plus grosses cylindrées, pour lesquels une zone d’au moins 120 mètres de long est nécessaire à un freinage sécurisé.
Le spectre des motards sans permis
Faute de terrain d’entente avec à la fois l’IJSPF et la DTT, certaines écoles envisagent donc d’arrêter les frais. Car toutes doivent s’acquitter de leurs charges et rembourser les crédits contractés sur leurs véhicules. « On continue de payer nos assurances, nos motos, nos locaux, mais on ne peut plus présenter d’élèves », résume Karine, compagne de Renaud et ci-gérante de l’auto école. Des investissements à hauteur des « 30 à 40% » du chiffre d’affaire que représente la formation moto pour son entreprise.
Sans la perspective d’examens réguliers, une autre auto-école de la place dit ainsi se donner « quelques mois » avant d’acter la fin de la formation moto. Renaud, lui, a décidé de dire stop. « Ne plus pouvoir former de motards, c’est un crève-cœur pour moi. Je suis motard, ma passion, c’est de transmettre mes connaissances pour que mes élèves sachent conduire en toute sécurité » , confie-t-il.
Surtout, il craint l’explosion du nombre, déjà important, de motards roulant sans permis, et une dérive inquiétante pour la sécurité publique : « Les gens achètent des motos et roulent sans permis parce qu’ils ne peuvent pas le passer. Des gars qui roulaient déjà parce qu’ils ont appris sur la route, et qui auraient aimé se former pour rouler en règle ne pourront plus le faire. Et ils vont continuer à rouler. S’il faut attendre qu’il y ait des morts, ce serait dramatique » , alerte-t-il.
Du côté de la DTT, on mise sur la responsabilité individuelle. « Je pense fondamentalement et sincèrement qu’être contrevenant, c’est un choix, pointe Sandra Folini. Il y a les BSR qui existent, il y a le permis A1 obtenu par équivalence au bout de deux années de permis polynésien (…). J’entends qu’on peut dire qu’il faille atteindre un petit peu, mais il y a d’autres modes de transport, il y a d’autres types de véhicules, et à mon sens, ce serait prendre les règles du code de la route et de la législation de manière bien légère » , conclut-elle.



