« On est partis à 20, il fallait qu’on revienne à 20 » : les pompiers du fenua de retour de l’Hexagone

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Partis prêter main-forte à leurs homologues mobilisés contre les incendies dans l’Hexagone, les 20 sapeurs-pompiers polynésiens ont retrouvé le fenua, mardi soir. Une mission éprouvante, marquée par la lutte contre les feux souterrains, mais aussi par de nombreux moments de partage avec les sinistrés.

Ils étaient partis à 20 et sont revenus à 20. Mardi soir, les sapeurs-pompiers polynésiens engagés dans l’Hexagone ont retrouvé leurs proches à l’aéroport de Tahiti-Faa’a, après plusieurs semaines loin du fenua. Mobilisés depuis Tahiti, Moorea et Huahine, ils avaient quitté le territoire le 31 juillet pour renforcer les secours confrontés aux incendies, notamment dans le sud-ouest de l’Hexagone.

« C’est une grande joie, puisqu’ils sont partis à 20 et ils reviennent à 20. Ils sont en bonne santé, ils ont bien travaillé là-bas. Leur travail a été apprécié », s’est réjoui le président du Pays, Moetai Brotherson, venu les accueillir. « Tous les retours que l’on a sont positifs. On a eu des retours des pompiers de Gironde qu’ils sont allés assister et qui ont beaucoup apprécié leur aide, pas forcément sur le front du feu, mais le back-office est aussi important pour pouvoir soutenir les équipes qui vont au feu. »

 

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Pour Tehotahi Moufat, le retour est synonyme de soulagement après un long voyage. Sur place, le pompier a notamment participé au traitement des « feux de taupe », des foyers souterrains susceptibles de provoquer de nouveaux départs de feu.

« Arrivés en Gironde, on a dû éteindre les feux de taupe, ce sont les feux souterrains, où il y a les points de chaleur. Il faut d’abord les éteindre, ainsi que les départs de feu. C’est très important de travailler sur ces zones-là, car c’est de ces zones que le feu repart », explique-t-il. Les pompiers travaillaient par groupes de dix et ont dû s’adapter aux méthodes de leurs homologues. « On a des manières différentes de travailler, même si on a la même formation. En tout cas, c’était une très belle expérience. La première semaine était très intense. On retient surtout le partage de nos techniques et des leurs. »

Au-delà des interventions, la mission a également été marquée par les rencontres avec les habitants touchés par les incendies. Gaston Tunoa, chef de corps de la caserne de Teva i Uta et président de la Fédération des Sapeurs Pompiers de Polynésie, raconte avoir été confronté à la détresse de familles qui avaient tout perdu.

« Nous avons vu des choses difficiles, des familles, des enfants qui tremblaient, venir nous voir en pleurs… (…) On voyait ces familles venir, qui avaient tout perdu. Quand une petite fille de 6 ans vient vers toi en pleurs et qu’elle veut que tu la prennes dans tes bras, c’est douloureux », confie-t-il, ému.

Les pompiers du fenua ont alors tenté d’apporter du réconfort à leur manière. « On a chanté, on a essayé de rendre heureuses ces familles qui ont tout perdu. On était dans quatre communes différentes et on a rendu hommage aux deux pompiers décédés », poursuit Gaston Tunoa. En tant que responsable du groupe, il gardait également une préoccupation constante : « J’avais aussi une responsabilité : on est partis à 20 et il fallait que l’on revienne à 20. »

Pour les familles restées au fenua, ces semaines ont été vécues entre fierté et inquiétude. L’épouse d’Eddy, pompier à Papeete, raconte avoir échangé quotidiennement avec son mari. « C’est la deuxième fois que mon mari part en métropole. Il a choisi ce métier, il aime ce métier : servir son peuple et aider ses collègues de Gironde. Il était K.-O. là-bas, mais heureusement qu’on était derrière l’écran pour le soutenir. »

Elle insiste également sur l’intensité du travail accompli sur place : « Il ne faut pas croire que les pompiers n’avaient rien à faire là-bas. Il y avait du travail. Cela ne se voyait peut-être pas, mais nous, on voyait tout ce qu’il faisait. C’était dur, épuisant, mais il gardait le sourire et la force. »

Tearii Alpha, maire de Teva i Uta, a lui aussi salué le soutien des proches. « Merci aux familles d’avoir laissé partir leurs papas et nos pompiers, et merci au Seigneur de les ramener sains et saufs », a-t-il déclaré. Il a également rendu hommage à « tous ces aito qui se sont levés » et qui ont apporté en Gironde « la valeur des pompiers », mais aussi « notre spiritualité » et « la solidarité ».

Leur engagement a été salué bien au-delà de la Gironde. Teiki, passager du même vol, raconte que les pompiers ont été applaudis à l’embarquement à Paris, puis lors des escales et à leur arrivée. « Ils ont été applaudis à l’embarquement à Paris, et aux atterrissages à Los Angeles et à Papeete », témoigne-t-il.

« Ils ont eu une attitude exemplaire, ils ont représenté le fenua. On est très fiers d’eux », conclut Moetai Brotherson, rappelant que les pompiers polynésiens s’étaient déjà mobilisés dans l’Hexagone en 2022.

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