TNTV : Vous êtes une figure majeure du sprint féminin français, championne du monde en 200 mètres, mais aussi du relais en 4 x 100 mètres, médaillée de bronze à Athènes en 2004, multiple médaillée européenne et mondiale aussi sur le 400 mètres, et vous avez pris votre retraite sportive en 2014. Qu’est-ce qui vous a conduit jusqu’en Polynésie ?
Muriel Hurtis : « Ce qui m’a conduit en Polynésie, c’est le marathon de Moorea qui va se dérouler ce week-end. On m’a sollicitée pour être la marraine de ce bel événement et j’ai tout simplement accepté, j’ai pas hésité. Je suis déjà venue en Polynésie il y a très longtemps. À l’époque, il y avait le meeting de Papeete, où je me suis présentée pour courir sur 100 mètres à deux reprises. Et donc là, cette année, avec le marathon de Moorea » .
TNTV : Connaissiez vous cet événement, le Marathon ?
Muriel Hurtis : « Je ne le connaissais pas (…). J’ai vu que c’était un événement, un marathon qui était présent depuis de nombreuses années. C’est un événement qui monte en puissance, qui prend de l’ampleur, qui commence à rayonner aussi en dehors de Tahiti. C’est vrai que ça va être une très belle fête. »
TNTV : Vous êtes sprinteuse, pourquoi être marraine d’un marathon ?
Muriel Hurtis : « Oui, sprinteuse, mais ça reste de la famille de l’athlétisme, de la course à pied. Maintenant, je ne suis plus sur les pistes, depuis que j’ai pris ma retraite, j’ai un peu allongé la distance. Je fais quelques courses en route, j’ai été jusqu’au semi-marathon et j’espère faire un marathon l’année prochaine. C’est l’objectif que je me suis fixé, le petit challenge de l’année 2027 pour moi. Et puis l’univers de la course à pied, franchement, j’adore.On y trouve à la fois une ambiance conviviale, des athlètes qui ont des objectifs un petit peu plus poussés, d’autres, des objectifs un peu plus ouverts à tout le monde. »
TNTV : Allez-vous courir ce week-end ?
Muriel Hurtis : « Je ne vais pas courir, pas cette année, parce que je me suis fait opérer il n’y a pas très longtemps du genou. Et là, je reprends progressivement la course à pied. »
TNTV : On imagine qu’il y a beaucoup de sacrifices pour parvenir au haut niveau.
Muriel Hurtis : « Je n’aime pas dire sacrifices parce que j’étais avant tout une passionnée. J’aimais ce que je faisais, j’aimais aller à l’entraînement, j’aimais avoir ces objectifs, me préparer. Pour moi, je dirais plus que ce sont des concessions, mais c’est vrai que c’était une rigueur constante, beaucoup d’heures d’entraînement dans une semaine pour pouvoir atteindre ses objectifs et être prêt le jour J. »
TNTV : C’est un de vos professeurs, quand vous étiez plus jeune, qui vous a donné la passion de l’athlétisme.
Muriel Hurtis : « Oui, c’est grâce à un professeur qui m’a découverte au collège, qui m’a poussé un peu à m’inscrire alors qu’au début, je n’étais pas forcément favorable. Mes premières réponses ont été négatives. Mais ce professeur a vraiment insisté et m’a poussé sur les pistes. Et à partir du moment où j’ai commencé à accepter, c’est très vite devenu ma passion. J’ai tout de suite accroché avec ce sport qui m’a permis de vivre tellement de belles émotions. »
TNTV : Quel serait votre plus beau souvenir ?
Muriel Hurtis : « J’ai ce souvenir à Paris en 2003, où on est championnes du monde à domicile face aux Américaines. J’ai mon dernier relais aussi en 2014, où on termine également sur la plus haute marche du podium, avec un scénario improbable. Jamais on n’aurait cru que ce relais puisse terminer cette course en tête, comme quoi tout est encore possible, tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie. »
TNTV : Y a-t-il une figure sportive que vous admirez plus qu’une autre, ou du moins qui vous a poussé à aller toujours plus haut ?
Muriel Hurtis : « J’avais une grande admiration, et je l’ai toujours, pour Marie-José Perrec, qui a été une de nos belles athlètes françaises, avec le palmarès qu’elle a eu. »
TNTV : En Polynésie, nous avons beaucoup de jeunes espoirs sportifs. Quels sont les conseils que vous leur donneriez ?
Muriel Hurtis : « C’est de continuer à faire cette activité sportive. C’est important, c’est un véritable équilibre. Parce que dans le sport, on y côtoie vraiment de très belles valeurs qui peuvent construire un individu. Et ce sont des valeurs qui nous servent dans la vie de tous les jours, qu’on en soit à l’école, au milieu professionnel ou familial. Des valeurs de goût, de l’effort. Des valeurs de rebond aussi, après un échec, parce que la vie, ce n’est pas que des victoires. Et il faut savoir aussi rebondir. Des valeurs de partage, d’esprit d’équipe, qui sont aussi importantes dans la vie d’un jeune. »
TNTV : Aujourd’hui, vous êtes à la retraite. Comment se reconvertit-on après une telle carrière ?
Muriel Hurtis : « Il faut l’anticiper. J’ai fait le choix de reprendre des études, sur ma fin de carrière, ça m’a permis un peu de savoir où j’allais. J’ai eu cette facilité, dans le sens où ça allait être un petit peu moins difficile. Si on ne l’anticipe pas, ça peut être très violent, parce que tout s’arrête du jour au lendemain. C’est tout un univers qui s’écroule. Il n’y a plus de staff, on se retrouve complètement seule, livrée à soi-même. Et donc, ça s’anticipe. »



