L’intersyndicale d’Air Tahiti maintient la pression sur le Pays

Publié le

Malgré les tentatives d'apaisement du président du Pays Moetai Brotherson, les salariés d’Air Tahiti restent inquiets pour l’avenir de leur compagnie. Dans un communiqué publié ce samedi, les représentants du personnel dénoncent une concurrence qu’ils jugent déséquilibrée et réclament de nouveau des garanties écrites.

Dans un communiqué diffusé ce samedi, l’intersyndicale (SPSA/PF, SACTA, SAPAI, SAEGAT) d’Air Tahiti explique que la réunion organisée fin février avec le président du Pays Moetai Brotherson ne l’a « aucunement convaincue ». Les représentants du personnel affirment que leurs doutes se sont renforcés après les déclarations du gouvernement sur l’avenir de la desserte aérienne interinsulaire.

Lire aussi – Air Tahiti : rassurée par Moetai Brotherson, l’intersyndicale attend désormais des actes concrets

Une prise de parole qui intervient quelques jours après les propos du chef de l’exécutif, qui assurait comprendre l’inquiétude des salariés tout en défendant l’existence d’une concurrence entre compagnies aériennes. « Le Président dit ne pas vouloir de mal à Air Tahiti et que la concurrence doit être équitable. Toutefois, les actions du Pays permettent franchement d’en douter » , écrit l’intersyndicale.

 

– PUBLICITE –

Une concurrence jugée « inéquitable »

Dans leur communiqué, les syndicats contestent la notion de concurrence équitable évoquée par Moetai Brotherson. Ils pointent notamment les soutiens financiers accordés à la compagnie concurrente Air Moana – près de cinq milliards de Fcfp – d’argent public dont aurait bénéficié leur concurrents, avec l’entrée au capital via la Sofidep, défiscalisation pour trois avions, prêt à taux préférentiel et garanties bancaires publiques.

Air Tahiti, qui dessert aujourd’hui 46 îles du fenua avec une flotte d’une douzaine d’appareils, affirme s’être « toujours débrouillée seule » , ou presque : 460 millions de Fcfp de subvention en 2012-2014-2015 pour assurer les dessertes des îles très éloignées (Takume, Apataki, Ua Pou, Ua Huka…) et 860 millions de Fcfp pendant la période Covid.

« Nous constatons que les aides du Pays sont données à une compagnie, qui a 3 ans d’existence, et qui est aujourd’hui quasiment détenue par un seul actionnaire : un milliardaire ; alors qu’Air Tahiti, c’est 452 actionnaires, dont beaucoup de familles et de petites entreprises polynésiennes. Le président dit ne pas vouloir de mal à Air Tahiti, mais avec tout cela, nous avons perdu près de 6 milliards de francs et nous ne sommes pas aidés » , ajoute l’intersyndicale.

Autre sujet de crispation : la vente de billets pour les îles concernées par la délégation de service public (DSP). Selon la présidence, citée par les syndicats, la suspension des ventes au-delà du 1er juillet relevait d’une décision de la direction d’Air Tahiti.

Une explication contestée par les représentants du personnel, qui affirment qu’en l’absence de garanties écrites du Pays sur la prolongation du contrat, toute vente de billets au-delà de cette période engagerait la responsabilité financière de la compagnie en cas de modification des dessertes. « Cela nous stresse de voir que les populations des iles concernées par la DSP, risquent de ne pas avoir de vol après le 1er juillet. Nous nous battons aussi pour elles, ce sont nos familles, nos fetii, nos amis, nos partenaires » , ajoute le communiqué.

L’avenir de la desserte interinsulaire en question

Les syndicats disent également s’inquiéter des pistes évoquées par le gouvernement pour réorganiser la DSP, notamment un possible découpage en plusieurs lots ou la création de hubs régionaux.

Selon eux, une telle organisation pourrait augmenter les coûts du service public aérien et fragiliser davantage le secteur. « La DSP couvre actuellement 34 îles. On peut comparer cette organisation à 34 personnes vivant sous un même toit et partageant une seule facture d’électricité. Si ces mêmes personnes étaient réparties dans trois habitations, les factures seraient multipliées par trois, entraînant une augmentation inévitable des coûts » , ajoute l’intersyndicale.

« La perspective d’un plan social à Air Tahiti n’est toujours pas écartée (…). Ce sera la conséquence des actions que ce gouvernement prend aujourd’hui et pour la ou les prochaines DSP. La casse économique est déjà visible, puisque tous les transporteurs aériens (et maritimes) sont aujourd’hui déficitaires » , poursuit-elle.

« Nous restons mobilisés pour défendre la continuité du service public aérien et les intérêts de l’ensemble des salariés et des populations de Tahiti comme des îles, que nous avons transporté toutes ces années, et sans aucune aide (de 1958 à 2020) » , conclut l’intersyndicale.

Dernières news

A lire aussi

Activer le son Couper le son