« Les femmes souhaitent prendre part aux décisions politiques », insiste Vahine arata’i

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Manque de représentation politique, difficultés à concilier vie familiale et engagement public : l’enquête sur la condition féminine met en lumière plusieurs freins au leadership des femmes en Polynésie. Présidente de l'association Vahine arata'i, Jeanne Lecourt-Bouveret revient sur les principaux enseignements.

TNTV : Vous avez dévoilé les résultats de l’enquête sur la condition féminine en Polynésie française un peu plus tôt ce mois-ci. Alors avant de parler de solutions, quels sont les principaux constats qui en ressortent ?
Jeanne Lecourt-Bouveret, présidente de Vahine Arata’i No Porinetia : “L’origine, c’est l’organisation du séminaire des femmes organisé par la vice-présidente Minarii Chantal Galenon, il y a un an pile (…). C’est une enquête qualitative, on engageait les femmes sur leurs propres réponses. C’est une enquête qui est plus difficile à traiter puisqu’il faut saisir chacun des messages dont les femmes ont réfléchi. 97% ont indiqué que c’était la première fois qu’elles répondaient à une enquête et qu’on leur demandait leur avis, en fait. Et donc ça a pris plus de six mois et les trois constats majeurs (…). Premier constat, une précarité financière. 100% des femmes aux Marquises et aux Tuamotu indiquent qu’elles connaissent des problèmes, des soucis financiers. 21,4% sont sans emploi. Le deuxième constat majeur est une inégalité territoriale. On ne réalise pas, nous à Tahiti, les difficultés qu’ont les femmes dans les archipels. 27% des femmes ont déclaré qu’elles ne connaissent pas les recours en cas de violences (…). Et cette enquête a été l’objet de réflexions collectives pour répondre » .

TNTV : Certaines problématiques sont parfois moins visibles dans le débat public, comme la difficulté de concilier vie familiale et vie professionnelle. Est-ce que c’est un sujet qui ressort fortement dans votre enquête ?
Jeanne Lecourt-Bouveret : “Absolument, c’est une demande. Le troisième constat concerne le leadership. Sur 48 maires, combien il y a de femmes ? Six. Et beaucoup expriment dans l’enquête qu’elles souhaiteraient de plus en plus prendre part aux décisions politiques de leur commune et du Pays. Mais justement, le problème de concilier vie familiale et vie professionnelle ou encore plus vie politique et prendre un leadership, c’est un frein.”

 

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TNTV : Dans votre rapport, vous évoquez aussi ce que vous appelez le paradoxe polynésien. Des femmes qui sont très présentes dans la vie familiale, associative ou économique, mais qui sont confrontées à des difficultés sociales. Comment l’expliquez-vous ?
Jeanne Lecourt-Bouveret : “90 % disent qu’elles se sentent heureuses, qu’elles se sentent libres. 60 % disent qu’elles ont un souci financier. Et 72 % disent qu’elles subissent une pression de genre. On l’a expliqué ensemble, c’était une réflexion collective, par la spécificité polynésienne, les liens familiaux qui sont forts, les associations qui sont dynamiques, et donc il y a une vraie sororité, il y a un vrai accompagnement communautaire. Une femme a un problème, si elle l’exprime, et c’est là tout l’objet, alors elle sait qu’elle a autour d’elle des personnes ou en tout cas des associations qui peuvent les aider. Je tiens à préciser, 72 % des associations disent qu’elles ont des soucis financiers, qu’elles manquent d’accompagnement institutionnel.”

TNTV : Les pistes évoquées et la création d’une confédération des associations de femmes, quel serait son rôle concret et qu’est-ce que cela changerait pour les femmes ?
Jeanne Lecourt-Bouveret : “Selon les trois constats, il y a eu trois axes qui ont été travaillés avec des recommandations (…). Maintenant, il faut un cadre commun, ce qu’on appelle une mesure transverse, pour mettre en place ces trois axes d’opération stratégique et pour mettre en place ces recommandations. La proposition qui est faite, c’est de créer une confédération, qui n’est pas comme une fédération. Une confédération, c’est mutualiser les forces tout en respectant les principes et les missions de chacune des associations. Donc confédérer ces associations ensemble pour qu’on travaille à la mise en place de ces recommandations par archipel.”

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