Preuve que le sujet est sensible : la DGEE a envoyé un courrier au personnel du lycée pour interdire de parler à la presse. Un courrier, qui, comme souvent, a eu l’effet inverse. Plusieurs d’entre eux nous ont contactés, en nous demandant de conserver leur anonymat pour éviter les répercussions sur leur carrière.
Nous avons ainsi recueilli une dizaine de témoignages qui décrivent “des remarques dégradantes”, des “pressions”, de la “manipulation”, des “pics d’humeurs” et des “comportements humiliants”, relevant selon eux du harcèlement moral. Une femme ajoute qu’il était “très autoritaire et misogyne”. Plusieurs agents ou enseignants disent avoir voulu quitter l’établissement, et d’autres l’ont fait, d’autres encore ont obtenu des arrêts maladies.
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Intérim et nouvelle direction
En dépit de la valse du personnel, les employés regrettent que leurs signalements n’aient pas reçu d’échos à la DGEE et au ministère de l’Education, jusqu’à l’arrêt maladie du proviseur lui-même et de ses deux adjoints. Pour les employés, dont certains disent avoir travaillé “la peur au ventre”, les responsabilités syndicales du proviseur (il était secrétaire académique du SNPDEN-UNSA, le syndicat des personnels de direction) lui offraient “des protections haut placées”.
La DGEE et le ministère ont cependant réagi ces derniers jours. Ils sont venus écouter le personnel le 11 juin. Et la principale adjointe du collège de Paopao, Isabelle Tholozan, assure par intérim la direction du lycée, depuis lundi et jusqu’à l’arrivée d’un nouveau proviseur, Philippe Carrara, venu de Nancy. Une enquête administrative serait aussi prévue pour la rentrée. Une procédure qui vise à dénouer une situation de crise, mais aussi à établir les responsabilités.

L’annonce de cette enquête administrative a été la goutte d’eau de trop pour le proviseur, qui en a été très affecté et s’estime lui-même victime de harcèlement. Il ne retournera pas au lycée : son contrat en Polynésie s’achève et il reprendra un autre poste en métropole, dans un grand lycée de Nantes.
Il nous avait contactés, avant de nous demander finalement de ne pas utiliser ses déclarations, car cela pouvait nuire à sa protection fonctionnelle. Nous respectons cette volonté. La protection fonctionnelle permet à un agent de bénéficier de l’assistance de sa hiérarchie, notamment juridique : elle peut par exemple financer des frais d’avocat si nécessaire.
Selon un proche, il est “reconnu comme étant victime de harcèlements attestés par les médecins et qui ont entraîné une tentative de suicide”.
Quelques témoignages de soutien
Selon les témoignages, certes plus rares, que nous avons pu recueillir en sa faveur, le proviseur a été surtout attaqué car il a voulu faire “bouger les lignes contre l’immobilisme”. Un agent explique par exemple qu’il a fait “fermer la moitié des ateliers pour des raisons de vétusté”.
Cet agent précise que cette vétusté était signalée depuis de longues années et que fermer les ateliers était un moyen d’accélérer leur rénovation… tout en reconnaissant que, depuis, il n’y a eu “que des mesurettes, et aucuns travaux sérieux”, le vrai responsable étant, selon lui, “l’immobilisme dans l’Education au plan local”. L’opposition au proviseur viendrait donc, pour certains, de la résistance au changement, comme en témoigne la levée de boucliers lors de l’instauration de pointeuses pour surveiller les horaires des agents.
Le proviseur aurait aussi voulu mettre fin à des comportement répréhensibles, comme des problèmes de gestion financière au sein du lycée, ou encore rapports sur des professeurs, ce qui lui aurait attiré des inimitiés. Ces affaires auraient suscité une enquête administrative qui n’avait pas remis en cause la gestion du proviseur, selon ceux qui le soutiennent.
Néanmoins, son caractère “entier” et son management ont suscité une intense réprobation : “Il nous prend pour des débiles” se plaint une employée. “Il est manipulateur, il fait du chantage et monte les gens les uns contre les autres” affirme un autre.
L’enquête devrait déterminer les responsabilités de chacun. Mais en attendant, les employés qui étaient en froid avec leur proviseur affirment que tout s’arrange : “C’est la belle vie maintenant, on travaille bien mieux sans lui, tout le monde sourit”, se réjouit une employée.
Ni le vice-recteur, ni la ministre de l’Education n’ont donné suite à nos demandes d’interview. Le syndicat SNPDEN-UNSA a annoncé qu’il transmettrait un communiqué sur cette affaire mais ne donnerait pas d’interview.



