TNTV : Le gouvernement prépare un projet de loi visant à encadrer plus strictement l’utilisation des pesticides, avec notamment une formation obligatoire et un meilleur suivi des produits utilisés sur le territoire. Vous êtes contre ce projet de loi ?
Kalani Texeira, vice-président par intérim du syndicat des agriculteurs de Polynésie : « Effectivement, c’est un vœu pieux qu’on a voulu mettre en place dans cette loi de Pays. On a constaté au niveau du syndicat qu’il y a plusieurs failles et plusieurs conséquences qui sont néfastes et mettront en péril les agriculteurs. 92% de la production locale qui est vitale, elle est normalement utilisée pour l’autosuffisance alimentaire. Mais aujourd’hui, elle pourrait avoir un effet pervers si on met en application la loi de Pays. On va interdire tous les néonicotinoïdes ainsi que le fipronil. Or, ce sont les seuls produits qui sont efficaces pour la culture maraîchère, pour la vanille, pour les agrumes et pour d’autres produits divers. »
TNTV : Est-ce que les agriculteurs disposent aujourd’hui de solutions alternatives suffisantes pour protéger leur culture ?
K.T : « Pour l’instant, il n’y en a pas. Il n’y a pas deux semaines, on a libéré totalement l’importation. L’objectif principal du ministre, c’est d’inverser la balance commerciale. Et inverser la balance commerciale, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’on produit localement et on ferme le quota d’importation. D’une autre manière, on est en train de contraindre les agriculteurs ici à vouloir interdire tous les produits qu’ils peuvent utiliser. Mais par contre, si on veut importer des produits, on ne regarde pas ce que les agriculteurs, que ce soit en Nouvelle-Zélande, que ce soit en Australie, que ce soit en Amérique, ils utilisent toujours les mêmes produits. »
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TNTV : Selon vous, qui serait les plus fragilisés à court terme ? Les petits agriculteurs ?
K.T : « Ils consacrent leur vie à planter, à essayer de produire, malgré toutes les intempéries qu’il subissent. Et maintenant, on est en train de vouloir mettre une autre pression sur lui. Je crois que si on continue comme ça, l’agriculture, elle va disparaître, elle va être en faillite. »
TNTV : Le gouvernement estime que cette réforme vise à protéger la santé des consommateurs. Ce n’est pas votre avis ?
K.T : « Je suis pour la souveraineté alimentaire. C’est la doctrine du parti. Mais je suis contre la libération de l’importation à 100%, peut-être à 200%. »
TNTV : Quand on parle de la santé des agriculteurs, ça concerne donc la santé des consommateurs (…).
K.T :« Il faut bien comprendre que les pesticides regroupent 75% des biopesticides – ce sont les antimoustiques, les cafards, les mouches, avec des aérosols qui sont vendus dans les grandes distributions. Aujourd’hui, la seule société qui est agréée en termes d’ICPE, c’est Technival. Mais Technival a subi un incendie assez important. Alors il faut remettre aux normes toute la structure. Et ça prendra du temps. Pendant ce temps-là, il n’y a aucune structure qui peut récupérer nos biopesticides. Dans la loi de Pays, si on jette ne serait-ce que des emballages périmés dans la poubelle, un inspecteur du phytosanitaire pourrait venir et pénaliser. Vous vous rendez compte que ça peut aller jusqu’à 35 millions de Fcfp ? C’est aberrant. »



