Confronté à un trafic structuré et à la multiplication des canaux d’importation d’ice au fenua, l’État mise sur une nouvelle dynamique, associant étroitement les communes à son action.
Début décembre, le Haut-commissaire de la République Alexandre Rochatte et la procureure de la République Solène Belaouar présentaient aux tavana des îles du Vent un plan de lutte contre les trafics décliné en six axes, avant une concertation élargie avec le Pays et une présentation publique plus complète.
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Une lutte qui repose donc sur six axes : contrôle renforcé des flux aériens, maritimes et routiers, la neutralisation des réseaux par des opérations ciblées, le renforcement du renseignement, la coopération internationale, une communication sur les actions menées, et donc un sixième axe fondamental : l’association directe des communes, via les pouvoirs de police administrative des maires et l’engagement accru des polices municipales.
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Sur le terrain, cette mobilisation est déjà une réalité. À Papeete, la brigade cynophile de la police municipale est devenue un outil central des opérations. Dans la salle d’entraînement, Pocket, chien vedette, affine chaque jour ses capacités. « La plus grosse prise de Pocket, c’était en 2021. C’était 18 millions de Fcfp dans une sacoche, enveloppée dans du papier film et cachée derrière un lavabo. (…) Aujourd’hui, Pocket a toutes les drogues dans le nez, y compris l’ice. On l’a formé localement », raconte Marcel Kwang, responsable de la brigade cynophile de Papeete, soulignant l’adaptation nécessaire des moyens face aux réalités locales. « Sans argent, le business ne peut pas fonctionner. C’est pour ça qu’on forme aussi les chiens à la recherche de grosses sommes d’argent dissimulées », ajoute-t-il.

Un constat partagé par les mutoi, confrontés à une consommation de plus en plus visible dans l’espace public. « On voit des personnes extrêmement excitées, qui ne sont plus seulement sous l’emprise de l’alcool. La drogue est clairement en cause », observe Roger Lamy, directeur de la police municipale de Papeete. Les chiffres confirment cette tendance : les sollicitations de la brigade cynophile ont explosé, passant d’une quinzaine en 2020 à plus de 80 en 2024. « On est clairement en manque de chiens. Il en faudrait une dizaine de plus pour faire face à ce qui arrive sur le territoire », estime-t-il.
Au-delà des saisies, la police municipale joue un rôle clé dans l’appui aux enquêtes judiciaires. « On travaille en étroite collaboration avec les forces de l’État. Donc, on est souvent avec notre chien, la douane, la gendarmerie et la police nationale, sur des opérations qu’ils mènent, sur des investigations. On est souvent appelé à collaborer pour rechercher dans le cadre des opérations judiciaires », ajoute encore Roger Lamy.
À Punaauia, les mutoi s’appuient sur un réseau de vidéoprotection largement renforcé en une quinzaine d’années. La commune est passée d’une dizaine de caméras dans les années 2010 à près de soixante-dix aujourd’hui, couvrant les zones sensibles. « À défaut d’avoir des policiers dans tous les recoins de la commune, on a des images, on a des caméras qui surveillent un petit peu toutes les voies publiques et toutes les zones et les sites sensibles de la commune », explique Étienne Iotefa, directeur des services de proximité. Interrogé sur l’efficacité du dispositif, il précise : « En général, les enquêtes sont menées par la gendarmerie. Et en un mois à peu près, on peut recevoir une dizaine de réquisitions d’images. Donc, c’est en lien forcément avec des faits qui sont commis ».
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Pour la gendarmerie, l’implication des communes est désormais déterminante. « Ils ont une parfaite connaissance de leur population, de la sociologie des quartiers, souligne le colonel Jérôme Robert, commandant en second de la gendarmerie pour la Polynésie française. On peut déjà prioriser, grâce aux informations qu’ils vont pouvoir nous donner, les axes d’efforts qu’on va pouvoir développer sur les circonscriptions », poursuit-il, avant d’insister sur la présence continue des polices municipales.
« Elles nous apportent les moyens de pouvoir travailler avec nous, elles nous apportent l’information, le renseignement (…) et elles peuvent aussi ‘modeler’ leur territoire, faire en sorte que dans l’urbanisme ou dans la construction même du territoire, elles rendent les choses plus difficiles aux trafiquants ».
L’État s’appuie sur un arsenal juridique renforcé par la loi du 13 juin 2025, offrant de nouveaux moyens d’action, comme l’interdiction administrative de paraître sur des points de deal ou la fermeture temporaire d’établissements. Une mesure déjà appliquée, dès octobre 2025, avec la fermeture administrative d’un snack du boulevard Pomare, dont la gérante avait été condamnée pour blanchiment.
À cela s’ajoute la vente de biens confisqués par la justice, symbole d’une stratégie assumée : priver les réseaux de leurs ressources.
Reste une question centrale, alors que les communes montent en première ligne : celle du périmètre d’intervention des communes – et de leurs moyens – pour contenir un trafic qui, malgré la mobilisation générale, ne montre aucun signe de ralentissement.



