« Il faut qu’il passe » : Moetai Brotherson défend l’adoption du budget de l’État

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En mission à Paris depuis ce lundi, Moetai Brotherson a évoqué avec Outremers360 les premiers dossiers abordés avec les conseillers santé et Outre-mer du chef de l’État, puis avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou. Le président du Pays plaide pour que le budget de l’État, en discussion au Parlement, « soit définitivement adopté ».

Lors de son dernier déplacement à Paris, Moetai Brotherson s’était déjà entretenu avec Olivier Jacob, alors directeur général des Outre-mer. Cette fois, c’est en tant que conseiller Outre-mer d’Emmanuel Macron que le préfet a retrouvé Moetai Brotherson, en compagnie du conseiller santé de l’Élysée, du ministre polynésien de la Santé, Cédric Mercadal, et de la députée Mereana Reid Arbelot. L’occasion « d’aborder l’ensemble des sujets de santé sur lesquels on agit en relation avec l’État ».

Parmi les sujets : les infirmiers de pratiques avancées (IPA). « Du fait de la rareté de la ressource en personnel hospitalier, on a souvent du mal à projeter des médecins dans les îles éloignées » a expliqué le président polynésien. Si la réouverture de l’Institut de formation d’infirmiers, d’aides-soignants et d’auxiliaire de santé va permettre de déployer des infirmiers généralistes, la Polynésie a besoin d’IPA pour ses îles éloignées notamment.

Or, à l’échelle nationale, ces IPA suivent des formations qui les amènent à se spécialiser dans un domaine. « Nous, ce dont on a besoin, ce sont des IPA polyvalents » précise Moetai Brotherson, « et capables de faire des actes, toujours en lien avec un médecin, mais à distance ». « C’est une formation qui aujourd’hui n’existe pas vraiment, sur laquelle on serait précurseur et sur laquelle il est essentiel, puisque c’est l’État qui délivre les diplômes d’État, qu’on puisse se coordonner avec l’État et avoir sa validation. Le conseiller santé était enthousiaste à l’idée de pouvoir travailler là-dessus ».

La convention santé État-Pays signée prochainement

Autre sujet qui s’éternise du fait des fréquents changements de gouvernement à Paris et des « différences de perspectives » entre Papeete et Paris : la convention santé entre l’État et le Pays. Moetai Brotherson l’assure, cette convention sera signée prochainement mais sans éluder la question de la prise en charge par l’État des molécules onéreuses et des évacuations sanitaires d’urgence, précisément les « différences de perspectives » entre le gouvernement polynésien et l’État.

« La première avancée qu’on a obtenue depuis octobre dernier », précise toutefois Moetai Brotherson, « c’est que ces deux sujets seront intégrés au préambule de la convention ». « On prévoit dans la future convention un espace pour pouvoir discuter et affiner ces sujets. Ils ne sont pas exclus, mais on ne peut pas finaliser ça aujourd’hui » concède le chef de l’exécutif local, qui rappelle que le sujet des molécules onéreuses se pose aussi à l’échelle nationale. 

« C’est ce que nous expliquait le conseiller du président : ces molécules onéreuses sont aussi en augmentation et même un peu hors de contrôle au niveau de l’Hexagone et des départements. Donc, il faut d’abord rationaliser dans un panier de soins une molécule onéreuse qui soit validée, peut-être plus restreinte, un peu resserrée, avant de pouvoir envisager quoi que ce soit », détaille Moetai Brotherson. 

Sur les évacuations sanitaires d’urgence, « c’est une discussion qui est interministérielle au niveau hexagonal, puisque ça concerne à la fois la Santé et la Solidarité et puis le ministère des Armées, puisqu’en Polynésie, les vecteurs de ces évacuations d’urgences, ce sont souvent des moyens de l’Armée ». En attendant, « ce qui était important, c’était de faire tout le travail préalable. La précédente convention de santé n’avait pas été faite dans le cadre d’un schéma d’organisation de la santé présenté à l’État (…) pour qu’ensuite cette convention puisse être articulée logiquement avec le schéma d’organisation sanitaire ».

Le président du Pays a poursuivi son agenda par un entretien avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou. Ils ont notamment évoqué une autre convention État-Pays, celle de l’Éducation, décennale, « qui doit être renouvelée cette année, avec un certain nombre de travaux préliminaires qui ont été faits ».

Naïma Moutchou et Moetai Brotherson ont aussi abordé la gestion des archives de l’État, un dossier en lien également avec le ministère de la Culture. « Sur ce point précis, il existait une convention entre le Pays et l’État, puisque c’était le Pays, au travers du service polynésien des archives (SPA), que les archives de l’État étaient gérées », explique Moetai Brotherson. « Cette convention a été rompue par mon prédécesseur, pour de bonnes raisons d’ailleurs, liées au fait qu’il n’y avait pas de participation de l’État au fonctionnement de la gestion des archives de l’État ».

Pour l’actuel président du Pays, cette rupture a créé une « situation bancale » : « il y a encore des archives de l’État qui sont physiquement dans nos locaux d’archives, avec des problématiques de place, puisque ce n’est pas extensible. Et puis, l’État ne peut pas vraiment intervenir dans nos archives puisqu’il n’y a plus de convention, donc il y a des problèmes d’accès ». Moetai Brotherson veut donc travailler sur une nouvelle convention avec le ministère de la Culture. Un renouvellement auquel Rachida Dati, l’actuelle ministre et candidate à la mairie de Paris, serait favorable.

Autre sujet important évoqué : la gestion et la lutte contre les addictions, plus particulièrement l’ice, un fléau qui touche l’ensemble de la société polynésienne, et qui a fait l’objet d’un plan du gouvernement local à 250 millions de Fcfp. « On a un certain nombre de points qu’on sur lesquels on aimerait sensibiliser la ministre » explique Moetai Brotherson. 

« L’objectif, c’est que ce budget soit définitivement adopté, qu’on puisse aller de l’avant »

Dans un courrier envoyé aux parlementaires ultramarins jeudi dernier, Naïma Moutchou avait détaillé les mesures Outre-mer du projet de loi de Finances, qui fait actuellement l’objet de motion de censure à l’Assemblée nationale, le Premier ministre ayant engagé la responsabilité du gouvernement -ou le fameux article 49 alinéa 3. Dans son courrier, la ministre annonçait 2 millions d’euros (238 millions de francs) à la lutte contre le trafic de stupéfiants en Polynésie française.

« C’est le résultat direct d’un travail qui a été effectué par notre député, Mereana Reid Arbelot (GDR). Puisque cet amendement du gouvernement, c’est la reprise d’un amendement qui avait été préparé par elle », assure le président polynésien. « Il faut se féliciter de ces 2 millions d’euros qui vont être consacrés à la lutte contre l’ice en Polynésie par l’État » a-t-il poursuivi, rappelant son souhait que cette lutte soit considérée comme une « urgence nationale ». « Ces 2 millions d’euros interviennent dans les compétences du Pays » a précisé Moetai Brotherson, « à savoir la prévention, le social, la santé ».

Raison pour laquelle -en plus du maintien des dispositifs de défiscalisation en Outre-mer- le président de la Polynésie défend l’adoption du projet de loi de Finances, alors que sa partie « dépense » fait une nouvelle fois l’objet de deux motions de censure. « Il faut qu’il passe » estime Moetai Brotherson. « Après une longue discussion avec Mereana Reid Arbelot, décision a été prise de ne pas voter pour les motions de censure », précise-t-il.

Les deux autres députés du territoire, Moerani Frébault (EPR) et Nicole Sanquer (Liot), n’ont pas non plus voté les deux précédentes motions. Et parmi les députés Outre-mer siégeant à gauche, Mereana Reid Arbelot fait partie des rares à ne pas avoir apporté son vote aux motions de vendredi dernier. « L’objectif, c’est que ce budget soit définitivement adopté, qu’on puisse aller de l’avant. Ensuite, les querelles politiques hexagonales pourront se poursuivre jusqu’à l’élection présidentielle, mais au moins, le budget sera passé ».

Pour la suite de son déplacement, Moetai Brotherson doit s’entretenir ce mardi avec le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, puis avec le chef de l’État. Le président polynésien espère aussi être encore présent à Paris pour l’examen en séance de la proposition de loi visant à améliorer les indemnisations des victimes des essais nucléaires, présentée par Mereana Reid Arbelot et Didier Le Gac, adoptée en commission de Défense à l’unanimité et validée par le Conseil d’État la semaine dernière.

Le texte est attendu dans le cadre de la semaine transpartisane, qui doit commencer ce mardi soir au palais Bourbon. Mais le calendrier devrait être bousculé et retardé, notamment pas l’examen des deux motions de censure prévu ce mardi après-midi. « La session plénière à l’Assemblée nationale devrait intervenir soit le 29 soit le 3 février. Ça va dépendre des débats qui auront lieu sur les textes précédents » a conclu Moetai Brotherson.

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