Face à la progression des addictions chez les jeunes, le gouvernement de Polynésie française renforce son action dans les établissements scolaires. Lors d’une conférence de presse, ce lundi à la présidence, les ministres de l’Éducation et de la Santé Samantha Bonet-Tirao et Cédric Mercadal ont présenté une série d’initiatives visant à mieux sensibiliser les élèves aux dangers de l’ice et, plus largement, aux comportements addictifs au sein des établissements scolaires.
« La question de la prévention existe depuis un moment. Ici, on infléchit la méthode et on vient renforcer la stratégie en interministérialité », explique Samantha Bonet-Tirao. Si aucun calendrier n’a été fixé, l’objectif du gouvernement est de structurer les actions et de les déployer, à terme, sur tous les archipels.
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Le programme, qui s’appuie notamment sur la formation de personnels référents dans les établissements et sur un partenariat renforcé entre les services éducatifs et sanitaires, a démarré par une projet pilote au collège de Hitia’a o te ra.
Face à la banalisation, aussi bien du trafic que de la consommation d’ice, l’établissement a décidé de renforcer sa prévention avec des séances spécifiques consacrées à l’ice, lancées le 10 décembre dernier.
Formation aux « compétences psychosociales »
Conçues par l’équipe éducative avec des professionnels de santé, ces séances d’une heure ont été proposées aux élèves de quatrième et de troisième. « On voulait la séance surtout interactive et dynamique pour pouvoir vraiment toucher les élèves et qu’ils repartent avec des outils et des acquis », explique l’infirmière scolaire Rau’ura Tauaroa.
Les interventions, qui s’appuient sur les ressources du CPSA, abordent la dangerosité de l’ice, ses effets sur le corps, la scolarité ou la vie sociale. Elles visent aussi à préparer les élèves aux moments de pression, à travers des mises en situation : au dealer inconnu qui propose une bouffée gratuite, on refuse catégoriquement. Au membre de la famille sous substance qui propose un test, on mobilise les connaissances acquises sur le sujet, on évite le conflit, on prend du recul et on tente de s’éloigner pour prévenir un adulte de confiance. « S’il n’y a pas d’adulte de confiance, on prend son téléphone, on appelle le 17 ou le 911. Quand on appelle la gendarmerie, l’identité peut rester secrète (…). Si les élèves ne veulent pas dire qui ils sont, il faut juste dire où ils sont et quel est le motif de danger », souligne l’infirmière.
L’évaluation confirme ainsi le rôle central des familles. « Les parents ou les membres de la famille proche sont les premières personnes vers qui l’élève se tourne en cas de problèmes sur les addictions », relève-t-elle.
Pour les autorités, cette prévention ne doit pas se limiter à l’ice. Elle s’inscrit dans une approche plus large des comportements addictifs. « C’est indispensable de prendre les choses de manière systémique et pas uniquement un sujet », affirme Samantha Bonet-Tirao.
Une formatrice de métropole, Béatrice Lamboy, est pour cela attendue à la fin du mois. Elle aura pour mission de former des référents locaux au sein des services de Santé du Pays, des CJA, et des établissements du 1er et 2nd degré, afin de développer chez les élèves des « compétences psychosociales« , reposant sur l’estime de soi, la capacité à analyser les risques et à refuser une pression.
Les actions commenceront ainsi dès l’école primaire, où les équipes éducatives s’inquiètent déjà d’autres phénomènes comme l’addiction aux écrans ou le vapotage.
Enquête anonyme auprès des adolescents
Au-delà des séances de prévention en classe, les autorités souhaitent aussi mieux connaître les pratiques des adolescents. Une enquête anonyme est prévue dans le cadre du renouvellement du marché public de prévention scolaire début 2027. Elle concernera l’ensemble des établissements afin d’obtenir des données fiables.
Le dispositif prévoit plusieurs volets : séances de sensibilisation, des outils pédagogiques adaptés et une évaluation systématique. À terme, la démarche doit permettre de disposer d’un état des lieux précis des consommations chez les jeunes scolarisés. Des données censées guider, par la suite, l’adaptation des politiques de prévention dans les écoles du Pays.



