Protéger les océans a un coût que les petits États insulaires ne peuvent pas toujours assumer seuls. À la veille du 55e sommet des dirigeants du Forum des Îles du Pacifique, à Palau, les responsables océaniens ont ainsi échangé avec plusieurs organisations et fondations susceptibles de financer des projets de conservation.
Parmi elles, la Blue Nature Alliance propose différents mécanismes, allant du financement durable sur plusieurs décennies au soutien d’actions menées directement sur le terrain avec des associations locales. « Que ce soit des financements durables pour pouvoir les protéger sur les 20 prochaines années ou 30 prochaines années, que ce soit pour des actions concrètes de terrain avec les associations locales pour protéger les tortues, pour améliorer les pêches locales, pour quelles que soient finalement les enjeux et les ambitions, on a différents types de moyens. Généralement, c’est des moyens des bourses, des financements qui sont déployés », explique Maël Imirizaldu, son directeur régional.
Ces fondations l’assurent : elles ne veulent pas influencer la politique des gouvernements, mais seulement l’accompagner quand l’argent public ne suffit plus. La Polynésie, par exemple, a déjà obtenu 15 millions de dollars pour son aire marine protégée.
« Ces 15 millions de dollars vont nous servir pour des premières actions locales, mais surtout pour la mise en place d’une étude sur le modèle économique qu’il faut mettre, qu’il faut implémenter, c’est-à-dire combien de bateaux, est-ce qu’il faut des drones, est-ce qu’il faut acheter des images satellites, est-ce qu’il faut des ressources humaines sur place dans nos archipels ? Tout ça, l’étude est en train d’être réalisée grâce à ces fonds. Mais ensuite, derrière, il va falloir déployer », explique Moetai Broherson.
Car les 15 millions de dollars ne constituent qu’une première étape. Il faudra ensuite mobiliser de nouveaux financements pour assurer dans la durée la surveillance et la protection de Tainui Atea.
Recours à un « appui technique »
Dans ce contexte, Moetai Brotherson a signé, à Palau, un partenariat avec le Programme régional océanien de l’environnement (PROE), en présence de son directeur général, Sefanaia Nawadra. L’accord, conclu pour 2026 et 2027, doit faciliter l’accès de la Polynésie française à des financements et à un accompagnement technique.
Le PROE doit notamment permettre de développer une application permettant de « signaler les espèces envahissantes en langues locales » , et d’approfondir la recherche d’alternatives aux produits utilisés pour protéger les cultures des îles contre les insectes nuisibles.
« Il accompagnera également l’amélioration de la gestion des déchets, avec la création de centres de valorisation et de réemploi et un meilleur ramassage des déchets dans les îles éloignées, ainsi que l’accès à des financements pour adapter le territoire aux effets du changement climatique » , ajoute le gouvernement dans un communiqué.
Concurrence pacifique
Déployer, donc solliciter de nouveaux fonds. Et même s’ils affichent leur unité, les Pays du Pacifique sont en compétition pour obtenir ces financements. La Polynésie fait plutôt figure de bon élève en s’opposant à l’exploitation des ressources minières, contrairement aux Cook, à Nauru ou à Tonga. Or, le droit international impose à tous de protéger l’environnement.
Pour Tekau Frère, coordinatrice des Aires Marines Protégées à l’Alliance pour la Haute Mer, les enjeux dépassent de toute façon les frontières. « Lorsque l’on va mettre en oeuvre des activités maritimes, lorsqu’on va faire de l’exploitation des ressources, qu’elles soient des ressources vivantes ou des ressources minérales, il faut s’assurer que ces activités ne vont pas avoir un impact négatif sur l’environnement, et venir donc impacter l’environnement de leur pays, mais également des voisins », souligne-t-elle.
À Palau, la Polynésie française tente donc de multiplier les leviers : financements privés, fonds internationaux et coopération régionale. Chacun ayant défendu ses idées devant plusieurs dizaines d’ONG prêtes à allouer leurs fonds aux plus convaincants.



