Essais nucléaires : une réforme attendue, mais encore incomplète selon l’association 193

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Alors qu’une proposition de loi visant à faire évoluer l’indemnisation des victimes des essais nucléaires entre dans une phase décisive, Léna Normand, première vice-présidente de l’Association 193, salue certaines avancées du texte tout en exprimant quelques inquiétudes. En cause : l’exclusion des populations exposées après 1974, le maintien du seuil du millisievert et l’absence d’études sur les maladies transgénérationnelles. Son interview.

TNTV : On vient de l’entendre, cette proposition de loi se veut moins politique et davantage fondée sur les connaissances scientifiques et historiques. Quel est votre regard là-dessus ?
Léna Normand, 1re vice-présidente de l’association 193 : « Effectivement, si cette proposition de loi a le mérite de présenter de réelles avancées et à ce sujet, nous remercions la députée Mereana. En revanche, notre grande inquiétude, c’est que par rapport aux populations civiles, ça se limite à 74. Donc, pourront déposer des dossiers uniquement les personnes qui étaient présentes en Polynésie entre 66 et 74. Comment expliquer aux populations que de 75 à 98, ils ne pourront plus déposer de demandes d’indemnisation et notamment de reconnaissance et réparation, alors qu’aujourd’hui, la loi Morin le permet ? »

Quelles seraient alors vos attentes sur ces 1974 ?
« On a eu l’occasion d’échanger ce matin encore, de réévoquer ce point-là lors de la séance du CESEC. On sollicite justement un amendement sur ce point-là, tout en mettant un aspect de présomption par rapport justement à ces populations et la réalisation d’études sur les maladies dites transgénérationnelles. »

 

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Plus globalement, quelles catégories de personnes ont encore des difficultés à faire connaître leur situation ?
« Aujourd’hui, en l’application de la loi Morin, le point de blocage principal, c’est le fameux 1 millisievert que l’association 193 demande la suppression depuis sa mise en application. À travers cette proposition de loi, donc, de la députée, comme je le disais tantôt, notre inquiétude, ça sera justement les populations post-74. Parce que si pour les anciens travailleurs, il sera possible jusqu’en 98, en revanche, ça ne sera pas le cas pour les post-74. »

Le texte prévoit aussi la possibilité de redéposer des demandes après un rejet et d’élargir les délais, notamment pour les ayants-droit. Est-ce que c’est un véritable levier de rattrapage selon vous ?
« Ça l’est, mais je dirais que, pourquoi ça ne serait pas de fait ? Il faudra se rapprocher de nouveau des familles pour qu’elles redéposent justement un dossier. Mais oui, en soi, c’est une avancée. »

Autre point sensible, il y a le remboursement des soins à la CPS. On parle d’environ 1 milliard d’euros, soit 120 milliards de francs engagés par la CPS. C’est une somme colossale. Est-ce que vous pensez que l’Etat sera prêt à payer la facture ?
« C’est effectivement une somme colossale que les Polynésiens ont supportée jusque-là. Mais vis-à-vis de l’Etat, l’Etat se doit de rembourser notre caisse. L’Etat se doit justement d’indemniser nos populations et donc ce remboursement-là, d’indemnisation collective. »

On peut revenir sur le transgénérationnel. Vous nous aviez dit que vous aviez eu les autorités. Que pensent les autorités sur les maladies transgénérationnelles ?
« Effectivement, lors de sa prise de fonction, M. le haut-commissaire nous a conviés et nous avons répondu à son invitation. Il nous a demandé quelles étaient nos attentes, d’une manière générale, sur la loi Morin. Donc, nous avons évoqué la suppression du millisievert, mais surtout la réalisation d’études sur les maladies transgénérationnelles. Et sa réponse a été « Pourquoi faire, puisqu’il n’y a pas de demande ? » Et honnêtement, depuis, cette phrase-là résonne dans ma tête.

Et qu’est-ce qu’on peut faire justement pour que la population se mobilise, pour qu’il y ait ces demandes-là ?
« Alors, on fait appel justement à ce que les populations concernées se mobilisent et se manifestent. »

La liste des maladies reconnues comme potentiellement radio-induites reste un point clé. Faut-il, selon vous, la revoir ? Si oui, sur quelle base ?
« Ce qui est bon de rappeler, c’est qu’à la mise en place de la loi Morin, il n’y avait que 18 maladies qui étaient listées comme radio-induites. Puis, c’est passé à 21 maladies, puis à 23. Donc, tout ça pour dire qu’effectivement, elle n’est pas exhaustive et il faut effectivement l’étendre à d’autres maladies, notamment, par exemple, la prostate. »

On sait que le texte entre dans une phase décisive avec un examen en commission de la Défense, puis à une séance publique. Vous pensez que le texte a une chance d’être adopté ?
« En tout cas, on le souhaite. Et idéalement, ce serait justement avec une version amendée pour intégrer les post-74. »

On parle également de Journée nationale du souvenir, le 2 juillet a été évoqué. Que devrait-elle contenir, selon vous, pour être utile et respectueuse ?
« Ce point a été abordé ce matin par la députée. Et si effectivement, pour nous, c’est le 2 juillet qui devrait être une date commémorative, il a été évoqué la possibilité du 27 janvier, qui est donc la date de la fin des essais nucléaires. Mais pour nous, ce serait le 2 juillet parce qu’il ne s’agit pas de festoyer, mais de commémorer pour que l’on n’oublie pas. Et si vous permettez, j’en profite justement pour dire que 2026 équivaudra aux 60 ans de la première bombe réalisée en Polynésie. Et il serait bien que la population se manifeste, se lève, et notamment la jeunesse. »

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