Développement humain : la Polynésie française, un pays où il fait bon vivre ?

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Ce vendredi, le CEROM (Comptes Économiques Rapides pour l’Outre-Mer) a dévoilé ses dernières analyses sur l’Indice de Développement Humain (IDH) de la Polynésie française. Porté à 0,803 en 2022, il permet au fenua d'intégrer les pays à développement humain "très élevé" . Un classement qui ne dit rien de l'évolution des inégalités, et qui est à nuancer, tant les données mettent en exergue un fossé "persistant" , voire grandissant, avec la France métropolitaine.

Du progrès, avec quelques astérisques.

Présentée ce matin à Papeete, l’étude menée conjointement par l’Institut d’Émission d’Outre-Mer (IEOM), l’Agence Française de Développement (AFD) et l’Institut de la Statistique de la Polynésie française (ISPF) sur le développement humain en Polynésie française livre plusieurs enseignements.

 

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Avec un IDH (Indice de développement humain) mesuré à 0,803 pour l’année 2022, la Polynésie française intègre la catégorie des territoires à développement humain « très élevé » . Elle gagne ainsi une place symbolique dans le concert des nations, et pointe au 72e rang mondial sur 194 pays évalués, juste derrière Trinité-et-Tobago (0,805) et immédiatement devant l’Arménie (0,103, 0,801). Un score qui installe confortablement le fenua au-dessus de la moyenne planétaire, établie à 0,752. En une décennie (2012-2022), la Polynésie a engrangé 0,022 point.

Mais un IDH élevé assure-t-il le bien être d’une population ? Pas tout à fait. Explications.

L’éducation et la santé comme moteurs

L’IDH fusionne trois piliers fondamentaux : la santé (espérance de vie), l’éducation (durées de scolarisation) et le niveau de vie (Revenu National Brut par habitant en parité de pouvoir d’achat). En Polynésie française, la trajectoire ascendante de la dernière décennie est presque exclusivement l’œuvre des avancées sociales. Les dimensions combinées de l’éducation et de la santé expliquent en effet à elles seules 88 % du gain global de l’indice entre 2012 et 2022.

L’école s’impose comme le grand contributeur de ce succès, comptant pour plus de 60 % dans l’évolution positive de l’IDH. Dans le détail, l’indice d’éducation a progressé de 0,036 point en dix ans. Le fenua récolte les fruits d’un allongement notable des cursus éducatifs : la durée moyenne de scolarisation des adultes de plus de 25 ans est passée de 8,9 ans à 9,9 ans. Parallèlement, l’espérance de scolarisation d’un enfant y atteint désormais 14,2 ans. Les données complémentaires révélées par l’ISPF appuient cette dynamique : la proportion de jeunes de 25 à 29 ans dépourvus de tout diplôme a reculé (passant de 24,5 % à 21,5 %), tandis que la part des bacheliers s’est envolée de 42 % à 53 % au sein de la population.

Le volet sanitaire affiche lui aussi des signaux encourageants, avec une espérance de vie moyenne qui se hisse à 76,8 ans en 2022 (74,8 ans pour les hommes et 78,9 ans pour les femmes), soit un bond d’un an et trois mois en une décennie. Grâce à un renforcement structurel de la médecine de premier recours et des actions ciblées de santé publique, la Polynésie française surclasse ses voisins insulaires.

Autant d’évolutions qui consacrent le Pays comme leader des Petits États Insulaires en Développement (PEID) du bassin Pacifique en termes de développement humain. Si l’on exclut les géants industriels continentaux que sont l’Australie (8e mondial avec 0,952) et la Nouvelle-Zélande (17e avec 0,933), le territoire devance nettement toutes les autres îles océaniennes, à l’instar de Palaos (0,786), des Tonga (0,764) ou des Fidji (0,726). Voilà pour le côté pile.

L’Hexagone loin devant

La comparaison à l’échelon national fait apparaître le côté face. Car la Polynésie française accuse un important retard structurel sur la France hexagonale, 27e rang mondial avec un IDH de 0,916. Pire, le fossé semble même s’élargir.

Le niveau de vie demeure le principal point faible de l’indice polynésien. En 2022, le RNB par habitant s’établit à 22 250 dollars en parité de pouvoir d’achat ($PPA). Montant qui ne représente que 40 % du pouvoir d’achat d’un citoyen de l’Hexagone (55 200 $PPA). Cette part s’est légèrement dégradée, puisqu’elle s’élevait à 41 % en 2012. Selon l’IEOM, l’économie insulaire subit de plein fouet l’étroitesse de son marché et sa forte dépendance au secteur tertiaire, la rendant extrêmement vulnérable aux chocs exogènes. La crise sanitaire de 2020 a ainsi provoqué un effondrement historique du PIB territorial de 10,6 % (contre -7,9 % en métropole). En 2022, le RNB par habitant n’avait toujours pas retrouvé son niveau d’avant-crise.

En matière d’éducation, la durée moyenne de scolarisation locale (9,9 ans) accuse près de deux ans de retard face aux standards nationaux (11,7 ans). Sur le plan de la santé, bien que l’espérance de vie progresse, elle demeure inférieure de 5,6 ans à celle de la métropole (82,5 ans). Elle figure même parmi les plus basses de l’Outre-mer français, seulement supérieure à celles de Mayotte et de Wallis-et-Futuna.

Les experts du CEROM pointent enfin les « angles morts » de l’IDH. Étant une moyenne géométrique globale, l’indice échoue par nature à mesurer la répartition réelle des richesses et l’accès effectif aux services administratifs. L’éloignement géographique intra-insulaire génère une forte concentration de l’offre de soins hautement qualifiés sur l’île de Tahiti, pénalisant les archipels éloignés. De surcroît, le territoire fait face à des facteurs de risques sanitaires alarmants, illustrés par un taux d’obésité chez les adultes qui culmine à 40 %, contre 17 % dans l’Hexagone.

Pour aller plus loin et analyser l’ensemble des données, l’étude complète du CEROM est disponible en libre téléchargement
sur le site officiel de l’organisme, et ICI.

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