Le gouvernement Brotherson détaille son plan pour amortir les conséquences de la crise au Moyen-Orient

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Face aux conséquences de la crise au Moyen-Orient, Moetai Brotherson a présenté ce matin un collectif budgétaire d'urgence prévu pour le 25 mars : un bouclier qui prévoit notamment l'injection de 3,5 milliards de Fcfp pour le FRPH et 2,4 milliards pour Air Tahiti Nui. "Les mesures qu'on prend aujourd'hui devraient nous permettre de tenir à peu près un semestre", estime le président du Pays.

Le bouclier face à l’onde de choc économique. Ce mercredi, lors d’une conférence de presse consacrée aux conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient, Moetai Brotherson a dévoilé le plan de son gouvernement pour parer à la hausse des prix au fenua. Le blocage des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, entre autres, provoque la flambée du cours des hydrocarbures, les prix de certains carburants augmentant jusqu’à 150%

Le président du Pays a annoncé un collectif budgétaire pour le 25 mars. La panoplie prévoit d’ores et déjà des aides chiffrées: en plus des 3 milliards de Fcfp actuels, 3,5 milliards seront abondés au Fonds de régulation des prix des hydrocarbures (FRPH) et 2,4 milliards pour Air Tahiti Nui. Soit une enveloppe de 5,9 milliards de Fcfp exclusivement dédiée à amortir les conséquences du conflit. Le collectif inclut également 2,1 milliards de Fcfp pour le CHPF; 3,5 milliards pour le fonds de lutte contre la vie chère, et 2,9 milliards F CFP en dépenses techniques obligatoires, dont notamment 2,1 milliards F CFP pour la dotation du fonds intercommunal de péréquation dit FIP.

 

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À ces dépenses de tranfert s’ajoute 1 milliard de Fcfp de dotations au soutien à l’emploi et aux entreprises individuelles, plus un soutien à venir aux étudiants souhaitant rentrer de métropole ou dans leurs îles. La réactivation d’aides aux acteurs économiques gérées par le ministère de la Fonction Publique, de l’Emploi, du Travail, de la modernisation de l’administration et de la Formation professionnelle est également envisagée « si nécessaire » , prévient le chef de l’exécutif.

« On a fait des projections basses, des projections hautes, catastrophiques, et on a fait des projections médianes. Sur la base des projections médianes, on aurait un maintien de la hausse constatée des hydrocarbures (…). Sur cette base-là, les mesures qu’on prend aujourd’hui devraient nous permettre de tenir à peu près un semestre » , estime-t-il. « Si le conflit devait durer et ses effets (…) perdurer au-delà de ce semestre, il faudra qu’on prenne d’autres mesures » .

« On nous a rabâchés les oreilles avec ce fameux matelas Moerani qui ne servait à rien. La preuve est aujourd’hui que ça sert à quelque chose de faire des réserves » , lance-t-il.

Isolation du « nano marché » polynésien

La priorité absolue du gouvernement reste la stabilisation des prix à la pompe par le FRPH, leur hausse préfigurant les effets secondaires sur l’acheminement des marchandises. Le gouvernement a reçu les pétroliers locaux pour dresser un état sur les prochains approvisionnements en hydrocarbures et dessiner les perspectives d’évolution sur les tarifs. « Vous avez les très grands pays, comme la Chine et les Etats-Unis, qui ne sont pas logés à la même enseigne, mais qui ont tous des besoins qu’ils vont chercher à satisfaire en premier. Nous sommes, comparativement à ces grands marché,s un nano-marché. Si cette situation venait à empiler, aurions-nous la même capacité d’acheter les produits que importons en trop grand nombre aujourd’hui ? La question est réelle » , interroge le président du Pays.

L’occasion pour Moetai Brotherson de rappeler sa politique de développement des transports en commun sur l’île de Tahiti, qui constate toutefois que le FRPH est « le seul amortisseur » dont il dispose dans une telle situation. Même constat pour les aides attribuées à ATN : « soit on ne le fait pas et on risque tout simplement d’avoir une rupture de service, soit on fait ce qu’on fait, et on assure les liaisons internationales » , ajoute-t-il.

Au niveau touristique, l’impact pourrait aussi se faire sentir, certains opérateurs de la place ayant déjà alerté le gouvernement sur l’annulation de leurs prestations. Concernant les voyageurs qu’un transit par les États-Unis rebutent, la solution d’un passage par le Canada, utilisée pendant le Covid, demeure une option possible.

Plaidoyer contre la « dépendance collective »

Voilà pour la forme. Pour le fond, Moetai Brotherson s’est épanché sur les dépendance, multiples, d’un Pays que le CEP a « façonné et formaté » . « Un Pays dépendant des hydrocarbures, dépendant des aliments importés, dépendant des engrais et infranchimiques importés, dépendant des matériaux de construction importés, dépendant du plastique importé. Des dépendances subies et que nous n’avons pas choisi activement. Ce conflit entraîne des conséquences aujourd’hui et, plus concentrés sur nos batailles partisanes, nous avons laissé ce Pays se bâtir ainsi. Nous nous sommes laissés tomber dans cette dépendance collective » , commente-t-il.

Contre la dépendance, Moetai Brotherson en appelle notamment de la souveraineté alimentaire. « À nous de regarder ce que notre fenua peut produire. À nous de réapprendre à nos enfants à manger sainement, de les encourager, dès la rentrée scolaire 2026-2027, à manger à la cantine, qui sera désormais gratuite » , poursuit-il.

Et d’annoncer : « Dans les jours prochains, je vais inviter nos armateurs, puis nos agriculteurs et nos acteurs du secteur de l’industrie et de la distribution pour accélérer les choses sur ces enjeux au regard du contexte international » .

« Si, dans cette Polynésie encore française, l’État ne saurait se défausser de ses responsabilités et de la nécessaire solidarité nationale, c’est avant tout à nous, Polynésiens, de mettre en œuvre des moyens d’abaisser notre fragilité face aux facteurs exogènes tels que ceux que nous connaissons en ce moment » , conclut-il.

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