C’est une page qui se tourne pour la protection animale aux Îles Sous-le-Vent. Réunie en assemblée générale le 27 février dernier, l’association Raiatea Animara a voté sa dissolution, faute de repreneurs pour constituer un nouveau bureau : “C’est juste un mauvais timing, un mauvais concours de circonstances par rapport aux élections municipales. Mais cela n’a rien à voir” assure la fondatrice et présidente de l’association, Audrey Monjol-Delphine. Une décision difficile, mais devenue inévitable après plusieurs années de mobilisation intense.
Créée en 2019, Raiatea Animara était la seule structure active dédiée aux animaux errants sur l’île sacrée. Une association qui œuvrait également à Taha’a. Pendant plus de six ans, une poignée de bénévoles a porté à bout de bras l’ensemble des missions : sauvetages, soins, stérilisations, adoptions, gestion administrative et sensibilisation.
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“On a décidé de dire stop” confie sa fondatrice. Sur les 255 adhérents recensés, seuls deux-trois bénévoles étaient réellement présents sur le terrain, engagés à plein temps, week-ends compris, parfois jusqu’à douze heures par jour.
Un investissement total devenu impossible à maintenir : “L’argent ne suffit pas sans moyens humains et matériels. À un moment, c’est une question de survie”.
Des alertes restées sans réponse
Depuis plusieurs années, Raiatea Animara multipliait pourtant les appels à l’aide. L’association dénonçait régulièrement sur sa page Facebook l’absence de structure adaptée, le manque de familles d’accueil et une prise en charge insuffisante de la problématique des animaux errants. Il y a peu encore, un jeune chien percuté près de l’aéroport avait été mis sur le bas-côté par un bénévole. A ce jour, le chien y est encore, il a seulement été recouvert d’un peu de terre 3 jours après l’accident…
De nombreux échanges ont pourtant bien eu lieu avec les élus locaux depuis des années, assure la fondatrice, mais les promesses évoquées n’ont jamais abouti concrètement. “Les associations viennent en soutien, mais elles ne peuvent pas remplacer l’action publique”, rappelle également le bureau dans son message de dissolution publié sur les réseaux sociaux. Une situation d’autant plus sensible que la gestion des animaux errants relève légalement des communes.
Sur le terrain, les bénévoles faisaient aussi face à l’incompréhension de certains visiteurs. “Des touristes nous tenaient responsables de la situation alors que nous faisions déjà le maximum”, déplore Audrey Monjol-Delphine, évoquant notamment des interventions jusque sur certains motu, comme Ofetaro, où des chats sont laissés à l’abandon, sans accès à l’eau ni à la nourriture.
Priorité aux animaux encore à l’adoption
Malgré la dissolution votée, l’urgence reste aujourd’hui centrée sur les animaux encore pris en charge par l’association : 31 chats et chatons ainsi que 6 chiens attendent toujours une famille.
Les fonds restants serviront exclusivement à leur alimentation, leurs soins et leur placement. Si toutes les adoptions aboutissent rapidement, le matériel et les ressources restantes seront transférés à une autre association de protection animale en Polynésie. “Notre priorité absolue, ce sont eux. On parle du vivant” indique la fondatrice.
Un appel à la relève
Depuis sa création, Raiatea Animara a sauvé “des centaines et des centaines d’animaux”. Aujourd’hui, Audrey Monjol-Delphine espère surtout que cette fin marquera un nouveau départ pour la protection animale aux Îles Sous-le-Vent : “J’espère qu’une autre association se créera. Plus on est nombreux, plus ça marche. (…) Nous avons fait nos preuves”. En effet,l’association était présente au conseil des ministres délocalisé à Raiatea en 2025, au colloque à Tahiti pour les animaux en septembre dernier, et à bien d’autres événements. Elle a même organisé « les journées canines » sur Raiatea.
Épuisée mais sans regret, la fondatrice souhaite que l’expérience acquise puisse servir à d’autres initiatives : “On défend tous la même chose”.
La page Raiatea Animara va progressivement se refermer. Mais pour les bénévoles, le combat pour le bien-être animal, lui, reste plus que jamais d’actualité.



