Constamment en mer, les pêcheurs polynésiens sont des observateurs privilégiés de l’écosystème marin. Leur expérience est devenue une source d’information précieuse pour l’Association pour la Recherche sur les Écosystèmes Mésophotiques et Profonds (AREMP), qui a lancé un programme de sciences participatives afin de pallier le manque de données sur certaines espèces.
Le projet « Te mau ‘ite rau o te feiā rava’āi » a ainsi vu le jour en octobre. Temehani Chand, pêcheur et technicien scientifique, joue le rôle de pont entre ces deux mondes. En discutant avec ses pairs sur les réseaux sociaux ou lors de missions à Raiatea et Bora Bora, il récolte des photos et des vidéos de spécimens souvent observés à plus de 100 mètres de profondeur. « Les pêcheurs voient plein de choses que nous, en tant que scientifiques ou comme moi technicien, on ne va pas voir. Sur les réseaux sociaux, j’ai pu rapporter plus d’une dizaine d’observations, j’ai pu discuter avec les pêcheurs par message, puis j’ai pu aller à leur rencontre (…). Ils ont pu me rapporter des informations importantes » , plussoie-t-il
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Ces données citoyennes sont ensuite transformées en cartes de répartition et permettent d’identifier précisément les espèces. « On a pu représenter un peu des cartes avec les zones où certaines espèces ont été pêchées, et faire le point pour l’identification de certaines espèces sur lesquelles on pouvait avoir un doute. », explique Clémentine Séguigne, présidente de l’association.
En quelques mois, une cinquantaine d’observations ont déjà été collectées. Parmi elles figure le rarissime squale bouclé du Pacifique (Echinorhinus cookei), espèce peu documentée, observée pour la première fois en 2021 à plus de 400 mètres de profondeur.. « Ce qui est très intéressant, c’est que la plupart des observations qui nous sont rapportées, ce sont des observations sur des lignes de pêche qui excèdent les 100 mètres de profondeur » , ajoute-t-elle.

Le projet souligne que la majorité de ces observations se font sans mortalité pour l’animal. Il s’agit souvent de phénomènes de déprédation (le requin vient manger une prise déjà au bout du fil) ou de captures accidentelles suivies d’une remise à l’eau.
Lors de ces rencontres, les pêcheurs notent des détails techniques cruciaux : position GPS, profondeur de la ligne, type d’appât utilisé ou type de pêche (pote, jig, traîne, etc.) « Il y a aussi de la chasse sous-marine, de la pêche au paru, précise Temehani Chand. Parfois, malheureusement, les requins sont pris à l’hameçon. C’est comme ça qu’ils les remontent et puis ils prennent des photos, ils peuvent me les envoyer » .
À terme, cette base de données pourrait permettre de mieux comprendre la répartition de ces prédateurs essentiels à l’équilibre des écosystèmes et profondément ancrés dans la culture locale.



