Onze pages qui mettent le feu aux poudres. Le courrier d’alerte de onze pages du « collectif ATN » – composé de divers représentants syndicaux de la compagnie au tiare – , révélé ce lundi par Polynésie la 1ère, met en lumière de graves tensions internes à Air Tahiti Nui. La compagnie est selon eux en proie, en plus de difficultés financières conséquentes – plus de 2,2 milliards de francs de déficit pour l’exercice 2025 -, à des luttes de pouvoirs et un climat social nauséabond.
Adressé notamment aux autorités du Pays – du Haut-commissaire, à la Procureure de la République en passant par la CTC – le document décrit en outre l’incertitude stratégique « extrêmement préoccupante » qui semble miner la compagnie depuis de longs mois.
Le collectif vise notamment Hiro Arbelot, président du Conseil d’administration, à qui il reproche d’avoir marché sur les plates bandes du PDG Philippe Marie, évincé en début d’année. Autre point de discorde majeur : l’orientation industrielle de la compagnie, la volonté du PCA étant de faire basculer sa flotte vers des Airbus (A350 et A321 XLR), plus gros que ses actuels Boeing 787-9.
Le Tapura Huiraatira tire à boulets rouges
Dans un communiqué publié ce mardi, le Tapura Huiraatira reprend peu ou prou le même vocabulaire, se disant « extrêmement préoccupé » par le courrier d’alerte des salariés. Le parti d’opposition estime que les faits tels qu’exposés par le collectif « montrent les signes d’une compagnie stratégique plongée dans une crise profonde de gouvernance, de management et de vision » , mettant en jeu « la sécurité des vols, la cohésion sociale interne et la pérennité financière » .
Le Tapura souligne une « confusion manifeste des rôles » entre Hiro Arbelot et Philppe Marie « au mépris des équilibres statutaires » , un « climat social délétère » et des décisions organisationnelles ayant « frôlé le retrait du certificat de transporteur aérien » , ainsi que des choix industriels contestés « en contradiction avec les conclusions d’audits indépendants » – le cabinet de conseil Arthur D. Little.
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« Gérer Air Tahiti Nui ne s’improvise pas. Gérer un pays autonome ne s’improvise pas. Tout comme gérer une commune ne s’improvise pas non plus. L’argent public injecté dans ATN, avec plus de 11 milliards de francs entre 2021 et 2025, impose des exigences de transparence, de compétence et de responsabilité. Nous ne pouvons accepter que notre compagnie aérienne internationale devienne l’otage d’arrangements personnels, de luttes d’influence et de décisions improvisées » , conclut le Tapura, qui demande à Moetai Brotherson le « respect strict des règles de gouvernance, une clarification immédiate des rôles, l’arrêt des bricolages statutaires et la mise en place d’une stratégie industrielle fondée sur l’intérêt général, les audits indépendants et la sécurité aérienne » .



