Alexandre Rochatte : « Un certain nombre de maisons sont toujours dans la zone interdite à Afaahiti »

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Le haut-commissaire était l’invité du journal de TNTV, ce jeudi soir. Moyens dédiés à la surveillance de la ZEE, lutte conte les trafics de stupéfiants et l’insécurité routière, ou encore tensions géopolitiques, Alexandre Rochatte a été interrogé sur différents sujets. Il est aussi revenu sur le drame de Afaahiti au sujet duquel les experts ont rendu leurs « premières conclusions ». Elles ont mis en évidence « un certain nombre de points de fragilité » et le fait qu’un « certain nombre de maisons sont toujours dans la zone interdite ». Interview.

TNTV : Vous avez pris vos fonctions en Polynésie il y quatre mois. Dans vos vœux, vous avez évoqué une année écoulée réussie. Etes-vous confiant pour celle qui commence ?

Alexandre Rochatte : « J’ai dit qu’effectivement, c’était une année qui avait été riche et réussie parce qu’on a réussi à conduire tous les projets qui avaient été ceux lancés par mon prédécesseur et par les services de l’État, en lien évidemment avec le Pays, au début de cette année 2025. Je suis confiant pour 2026 parce qu’on est sur un élan qui est positif, effectivement. Il y a des indicateurs qui sont bons. On a un travail conjoint avec les collectivités et avec les communes qui est efficace, qui progresse, qui nous permet de faire avancer beaucoup de projets ».

 

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TNTV : L’année 2025 a été notamment marquée par le Sommet des océans à Nice. Vous avez évoqué un moment de rayonnement historique en Polynésie. Au-delà de cet aspect, quels sont finalement les retombées pour le fenua ?

Alexandre Rochatte : « Les retombées sont très importantes parce que ça va diriger la façon dont on va protéger l’océan et la relation de la Polynésie avec l’océan. Vous savez qu’évidemment, la Polynésie française, ce ne sont que des îles immergées dans une immensité de l’océan. Et c’est extrêmement important de préserver la biodiversité, de préserver les ressources, de préserver le lien particulier historique, culturel qui existe entre l’océan et les Polynésiennes et les Polynésiens et donc la Polynésie. Et donc c’est tout ce travail-là qu’on est en train de conduire avec le pays. Les fonctions de l’État dans ce travail, ça va être des fonctions de continuer à assurer la préservation, la sécurité ».

TNTV : La sécurité, justement, on en parle. Il y a plus de 5 millions de kilomètres carrés de zones économiques exclusives à surveiller avec une pression de pêche qui augmente. Est-ce que des moyens supplémentaires sont prévus ?

Alexandre Rochatte : « Tout d’abord, il faut expliquer qu’on est déjà en capacité d’exercer, de vérifier que cette pression de la pêche, elle n’est pas faite au détriment de la Polynésie et pas au détriment des ressources de la Polynésie. Il y a énormément de contrôles qui sont effectués. Ça fait plus de 14 ans, en fait, qu’on a des contrôles qui n’ont amené aucun résultat négatif. C’est-à-dire qu’on n’a pas trouvé de bateau qui exerçait une activité illicite de pêche dans la ZEE. Ça veut donc dire que la pression que nous exerçons en termes de contrôle, elle est très bonne parce qu’on a des moyens qui sont dévolus à cela. On a des moyens de la Marine nationale, aérien et maritime. Vous avez parlé du Falcon nouvelle génération qui est arrivé. Il y en a un second qui va arriver dans les jours qui arrivent avec des capacités d’action qui sont bien plus importantes, des capacités d’optronique, c’est-à-dire de capacité de caméra de jour comme de nuit qui sont améliorées également ».

TNTV : On parle des Falcons. Est-ce que des Rafales pourraient aussi être basés en Polynésie au regard des nouvelles menaces extérieures ?

Alexandre Rochatte : « Je ne vois pas très bien l’intérêt de baser des Rafale. Le Rafale, c’est un avion de chasse. Ici, on n’a pas besoin d’avoir des avions de chasse. Juste pour la petite histoire, vous avez vu que les Rafale sont capables de venir si on en a besoin en termes de sécurité. Il y a des exercices pour ça. Ce dont on a besoin, c’est une capacité d’aller loin sur la ZEE et de regarder au loin dans la ZEE et un peu plus loin si des navires arrivent, quel que soit d’ailleurs le type de navire : des navires de guerre comme des navires de commerce ou des navires de pêche et qu’on soit capable d’aller les chercher au loin dans la zone économique exclusive ».

TNTV : L’inquiétude grandit ces derniers mois, notamment concernant la gouvernance du président Donald Trump. Le président vénézuélien a été capturé en pleine nuit. Donald Trump lorgne aussi sur le Groenland. Le passage aux frontières américaines est aussi beaucoup plus sévère. Est-ce que c’est quelque chose qui vous inquiète ?

Alexandre Rochatte : « Ce n’est pas quelque chose qui nous inquiète, c’est quelque chose sur lequel on doit être vigilant parce qu’il y a des conséquences sur notre vie. Il peut y avoir des conséquences aussi d’un point de vue économique. Donc il faut évidemment qu’on regarde, mais comme on le fait à chaque fois, ce qui se passe dans le monde et ce qui se passe notamment avec notre voisin américain ».

TNTV : Autre grande préoccupation de l’État : le trafic de drogue. Vous avez récemment pris des arrêtés pour interdire l’accès des points de deal aux contrevenants. Cela suppose une surveillance plus poussée. Là encore, est-ce que des moyens supplémentaires vont être engagés ?

Alexandre Rochatte : « Le plan de lutte contre la consommation et le trafic de stupéfiants qu’on a lancé et qui est pleinement effectif depuis quelques semaines, vise une première chose qui est de mieux coordonner nos moyens, notamment grâce au renseignement, et de coordonner tous les moyens de l’État et des autres services, et notamment je pense aux polices municipales et aux actions des tavana. Ils sont avec nous en première ligne, en fait. C’est un travail conjoint que nous faisons. Il n’y a pas de première ligne et seconde ligne. L’idée, c’est de travailler tous ensemble dans les communes qui sont dans la zone de compétence gendarmerie. Ils travaillent avec les gendarmes. À Papeete et Pirae, ils travaillent avec les policiers, mais conjointement. C’est-à-dire qu’on est en première ligne avec eux ».

TNTV : Mais ça suppose une surveillance plus accrue ?

Alexandre Rochatte : « Ça suppose une surveillance plus accrue, mais aussi avec des moyens. Il y a des caméras qui existent, comme vous le savez. Il y a eu un reportage il n’y a pas très longtemps chez un de nos confrères sur le chien anti-stup de la mairie de Papeete, qui est en première ligne et qui travaille avec nous et avec les policiers ».

TNTV : Cette disposition est prise pour un mois, renouvelable un mois. Pourquoi un temps si court ?

Alexandre Rochatte : « C’est la loi qui nous contraint à cette durée. En fait, la loi, elle intervient parce qu’elle restreint la liberté. On empêche quelqu’un d’aller sur un site, même si ce site, on considère qu’on s’y prête à des activités illégales. C’est tout de même la loi qui doit spécifier le temps limite de cette restriction de liberté ».

TNTV : L’État est aussi intervenu aux côtés du Pays dans le drame de Afaahiti. Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte. Des experts ont même fait le déplacement. Quand connaîtra-t-on les conclusions de ces experts et que vont-elles permettre ?

Alexandre Rochatte : « l’État est intervenu en termes de coordination des moyens de secours. Vous l’avez dit, c’est notre rôle. On intervient dès qu’il y a coordination de plusieurs moyens, de plusieurs centres de secours, ce qui s’est passé malheureusement à Afaahiti en décembre dernier. On est aussi intervenus en demandant des experts nationaux. Deux sont venus de Nouvelle-Calédonie. Deux sont venus de France hexagonale pour venir en appui des expertises des experts du Pays. Il y a des premières conclusions qui ont été données. Et on attend le rapport définitif ».

TNTV : Que révèlent les premières conclusions ?

Alexandre Rochatte : « Un certain nombre de points de fragilité et notamment le fait qu’un certain nombre de maisons sont toujours dans la zone interdite à Afaahiti parce que leurs maisons sont trop proches des zones dans lesquelles les éboulements ont eu lieu. Le rapport définitif qui sera donné au Pays, à la commune et à l’État permettra d’avoir ces classifications beaucoup plus précises et dans le long terme ».

TNTV : 2025 a encore été émaillée par de nombreux accidents de la route. Faut-il davantage de répression ou de pédagogie, selon vous ?

Alexandre Rochatte : « Je pense qu’il faut les deux. En fait, la sécurité routière fonctionne sur deux jambes. Il y a une jambe de contrôle et de répression. Elle est indispensable. C’est ce qu’on fait. On a multiplié les contrôles. Vous avez vu à l’occasion du 24 décembre, du 31 décembre cette année, il y a eu énormément de contrôles sur les routes, des contrôles anti-stup, des contrôles anti-alcoolémie, des contrôles de vérification des permis, de l’état des véhicules. C’est indispensable de le faire. Et on voit qu’à chaque fois, en fait, on réprime des comportements sur la route. Mais il y a un volet qui est essentiel, qui est celui de la prévention et de la sensibilisation. On ne peut pas fonctionner l’un sans l’autre. Et moi, je veux qu’on investisse beaucoup ce sujet. J’en ai déjà parlé, mais je pense qu’il faut qu’on travaille notamment avec les écoles pour qu’à chaque moment de la vie, on ait cette sensibilisation, parce que dès le plus jeune âge, on est en bord de route : piéton. Et puis ensuite, petit à petit, on va prendre des moyens de locomotion jusqu’à la voiture. Mais entre les deux, il y a le scooter, il y a le vélo électrique. Ça nécessite de savoir quelles sont les règles de sécurité, quels sont les moyens de protection qu’on doit avoir pour que, justement, on puisse résoudre ce sujet d’insécurité routière ».

TNTV : Il vous faut aussi pour cela travailler avec le pays. Il était question un temps de la saisie des véhicules conditionnés à la mise en place d’une fourrière ou encore de la mise en place de radar. Qu’est-ce qui bloque ?

Alexandre Rochatte : « Pour la mise en place d’une fourrière, ce qui bloque aujourd’hui, j’en ai parlé encore ce matin avec le président du Pays, c’est le sujet du foncier. Il faut qu’on trouve du foncier disponible pour qu’on puisse le mettre à disposition d’une fourrière. Et donc moi, j’ai bon espoir d’y arriver. On est en train de regarder tous les fonciers disponibles, y compris les fonciers d’État qu’on pourrait mettre à disposition pour qu’on puisse avoir cette zone dans laquelle on pourra mettre des véhicules en fourrière. Mon objectif, c’est que ça se fasse cette année. Et puis ça pourra agir aussi pour les cars bass, puisqu’on pourra aussi saisir des véhicules cars bass qui posent des difficultés par ailleurs ».

TNTV : Le budget de l’État pour les Outre-mer doit subir un coup de rabot. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a lancé un appel en faveur de l’adoption rapide de ce budget de 2026. A quoi doit-on s’attendre en Polynésie ?

Alexandre Rochatte : « Pour l’instant, je ne peux pas vous dire puisque, justement, le budget n’a pas été encore adopté ».

TNTV : On sait qu’il y aura un coup de rabot.

Alexandre Rochatte : « Il devrait y avoir une diminution, mais il y avait eu déjà une alerte qui avait été donnée sur la défiscalisation. Et le Premier ministre, d’ailleurs, avait assuré qu’il n’y aurait pas de coup de rabot sur la défiscalisation pour cette année. Donc tout le travail est en cours. Et les parlementaires, notamment les parlementaires polynésiens, ont un rôle à jouer évidemment dans l’hémicycle de travail et de travailler avec le gouvernement pour façonner ce budget et le faire adopter ».

TNTV : Cela peut-il entraîner des conséquences sur l’organisation des Jeux du Pacifique ?

Alexandre Rochatte : « On a déjà financé une partie, puisque grâce au contrat de développement de la tranche de l’année dernière, 100% de cette tranche a été dévolue aux installations sportives. Donc on a déjà financé avec le Pays les travaux actuels. Donc cette partie-là est sécurisée. Sur la partie investissement ».

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