À Papeete, le délicat abattage des marumaru de la rue des Poilus tahitiens

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L’abattage imminent de cinq marumaru et l'élagage d'un sixième, rue des Poilus Tahitiens, à Papeete, divise. Si le rapport d'experts privilégie la conservation, la mairie invoque un mal nécessaire pour la sécurité de tous.

Alignés rue des Poilus tahitiens, à Papeete, depuis plus de cent ans, cinq marumaru vont disparaître du paysage à partir de ce dimanche, et l’imposant tronc d’un sixième sera élagué. Une décision prise par la municipalité, alors que plane le souvenir du décès d’un jeune homme écrasé par un arbre, en juillet 2024, à Paofai. Un accident pour lequel le directeur général des services de la mairie, Joël Moux, a été auditionné ce mardi.

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Cette décision d’abattage est une façon d’ « enlever tout danger » et d’éviter à la mairie d’engager de nouveau sa responsabilité civile et pénale, a indiqué ce dernier à Tahiti infos. Pour les défenseurs de l’environnement et du patrimoine végétal de Papeete, la décision signe en revanche un aveu d’échec dans la gestion des espaces verts de la ville.

Selon une expertise de l’Office National des Forêts (ONF), l’état de fonctionnement physiologique des cinq arbres qui vont être abattus est pourtant « satisfaisant ». Le rapport mentionne également des « plaies » et des « cavités », conséquences directes de tailles passées et du manque de protection contre le stationnement. Les préconisations : des interventions à réaliser allant dans le sens de leur conservation.

Crédit : Y. Roy / TNTV

Une personne spécialiste que nous avons contactée nous a livré son analyse : « S’ils étaient menaçants, l’ONF les placerait sous surveillance ou les abattrait directement. Or, ce rapport dit qu’il vaudrait mieux les entretenir (…). Et abattre ces arbres, ça va coûter extrêmement cher à la commune, alors que ce qu’a proposé l’ONF – les maintenir, les surveiller comme on surveille d’autres arbres – c’est la meilleure des gestions raisonnées » .

Priorité sécuritaire à défaut de fraîcheur

Outre leur importance culturelle, les marumaru sont source de fraîcheur (selon les relevés techniques, jusqu’à 214 m² d’ombre par individu). Et sans eux, pas d’absorption de CO2. « Les enlever, c’est un non-sens. On va griller au soleil« , poursuit notre source. Imaginez qu’on enlève tous les arbres de la Présidence… Quand il n’y a plus de nature, on est dans le béton. C’est moche. »

Un avis partagé par une partie de la population : une pétition circule en ligne (180 signatures au moment où nous écrivons ces lignes pour un objectif de 200) pour demander l’arrêt de l’abattage de ces géants de la capitale. Les pétitionnaires y dénoncent une politique municipale « destructrice » et « onéreuse » , rappelant les coupes déjà contestées au Parc Bougainville.

Prestataire désignée pour les travaux, l’entreprise Holguin Élagage refuse de considérer son travail comme de la simple « déforestation » et rappelle que son métier est avant tout de préserver. « Mon métier n’est pas d’abattre pour abattre. Ma mission première a toujours été de préserver l’arbre, de lui redonner une esthétique et un souffle de vie (…). Mais mon devoir premier reste la sécurité des personnes », confie l’élagueur sur les réseaux sociaux.

Pour ce professionnel, l’expertise visuelle ou théorique a ses limites. Il évoque des souvenirs de chantiers où des arbres, d’apparence robuste, révélaient des racines totalement nécrosées une fois la souche ouverte. « Un arbre peut être physiologiquement “acceptable” tout en étant mécaniquement imprévisible, surtout dans un environnement urbain très minéralisé », ajoute-t-il.

« Faire venir des experts extérieurs qui ne vivent pas au quotidien les réalités climatiques, urbaines et racinaires de Tahiti ne garantit pas une meilleure décision » assène-t-il. Et le professionnel de conclure : « On réagit souvent après un décès. À chaque drame, les consciences s’éveillent. Peut-être est-il temps de changer cette logique et d’anticiper plutôt que de subir » .

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