Depuis janvier, la Polynésie française fait face à une situation inédite : un nombre exceptionnel de navires transportant d’importantes quantités de cocaïne ont été interceptés en mer.
Au total, plus de 11 tonnes de drogue ont été saisies par les forces de l’ordre. La marchandise a été détruite en haute mer et les équipages n’ont pas été poursuivis, une décision qui peut surprendre. Les services de l’État rappellent toutefois la priorité fixée dans ces opérations.
« En fait, ce qui compte surtout c’est qu’on ait saisi la drogue et qu’on l’ait détruite. C‘est ça l’objectif. On a retiré du marché de la cocaïne en grande quantité, c’est plus de 11 tonnes qui partaient vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande » explique Alexandre Rochatte, haut-commissaire de la République.
Ces interventions s’appuient sur un cadre légal en vigueur depuis 1994. Il autorise les forces armées à contrôler, fouiller et arraisonner les navires suspects, à retenir les personnes à bord et à saisir les stupéfiants, sous le contrôle de l’autorité judiciaire.
Dans certains cas, la destruction en mer est privilégiée plutôt qu’un traitement judiciaire local, notamment pour des raisons logistiques et de moyens.
« La procédure particulièrement de dissociation quand il n’y a pas de judiciarisation, c’est une procédure qui est couramment employée partout sur la planète depuis des années. Il faut savoir, à titre d’illustration, que pour l’année 2025, sur l’ensemble de l’année, il y a eu 36 arraisonnements de navires en haute mer par la marine avec à bord des saisies importantes de stupéfiants. Sur ces 36 hypothèses, 17 ont donné lieu à une décision de dissociation, c’est-à-dire que l’autorité judiciaire a décidé de ne pas judiciariser ces procédures qui ont été traitées par voie administrative » indique Solène Belaouar, procureure de la République.
Les volumes interceptés sont considérables : près de 5 tonnes sur un bateau en janvier, et 2,4 tonnes en février. Les opérations de fouille peuvent durer jusqu’à trois jours. Une fois la drogue découverte, sa destruction obéit à un protocole strict, assurent les autorités.
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« Il n’y a pas de rejet de plastique, il y a juste les produits stupéfiants qui sont dilués par petites quantités sur des périodes très longues, de plusieurs heures, pour utiliser au maximum la dilution de l’océan. Et tout ça se produit très loin des côtes, à l’extérieur de la ZEE, à l’extérieur de l’air marine protégée, pour éviter tout impact sur l’environnement » ajoute le contre-amiral Guillaume Pinget, commandant des forces armées en Polynésie française.
La multiplication de ces interceptions confirme l’intensification du trafic entre l’Amérique latine et les marchés australien et néo-zélandais. Elle met aussi en lumière la mobilisation accrue des services de l’État pour endiguer ce flux de stupéfiants dans la région.



