Au Centre des maladies infectieuses et tropicales (CMIT), à deux jours de la Journée mondiale contre le sida, les professionnels de santé dressent un bilan inquiétant de l’évolution du VIH au fenua. Depuis deux ans, le nombre de contaminations a doublé, rompant avec la relative stabilité observée la décennie précédente.
Bilan compatble : de 12 nouvelles infections en 2023, on dénombrait 26 nouveaux cas l’an dernier – 25 cas à un mois de la fin de l’année 2025. Depuis 1985, un peu plus de 500 cas de porteurs sont recensés. « On a essayé de voir si les virus qui circulent sont reliés entre eux et la réponse est oui, affirme le responsable du CMIT, le Dr Lam Nguyen. On a un gros groupe qui sont tous reliés entre eux, donc une contamination probablement à partir d’une personne et ça s’est diffusé dans le groupe. C’est un cluster, on en est à pratiquement 40 personnes. Et ce cluster là, c’est-à-dire ce groupe de propagation relié, je n’ai pas l’impression qu’on arrive à l’éteindre. »
– PUBLICITE –
De plus en plus de « sexe anonyme »
Pour les observateurs locaux : difficile de disposer de données précises. Désormais, les contaminations locales sont trois fois plus importantes que les cas importés. Plusieurs cas ont été découverts par hasard, lors de dons de sang ou d’examens. Le corps médical est préoccupé par les comportements à risques de certains porteurs du VIH.
« Il y a de plus en plus ce que j’appelle du sexe anonyme via les réseaux sociaux. C’est extrêmement facile pour les gens de s’engager dans les rapports sexuels avec des partenaires inconnus, poursuit le taote Nguyen. Et dès lors, lorsque l’on fait un diagnostic chez quelqu’un, il est impossible pour nous de remonter à la personne source pour savoir qui a infecté qui, puisque les gens ne connaissaient pas leurs partenaires, n’ont aucune coordonnée d’identité ou quoi que ce soit. Pour nous, c’est très compliqué, alarme-t-il. Actuellement, on arrive déjà difficilement à juguler la propagation par voie sexuelle, si maintenant en plus on a des transmissions par voie intraveineuse, comme ça existe ailleurs, ça va être compliqué, très très compliqué. »
À ce jour, 210 Polynésiens porteurs du VIH sont suivis au fenua. Pour tenter d’enrayer la progression de la maladie, le CMIT organise ce lundi une opération gratuite de dépistage à l’université, de 8h30 à 15h.



