TNTV : Quel a été l’élément déclencheur ces dernières semaines pour passer du dialogue au préavis de grève généralisé au CHPF et ses annexes ainsi qu’à la Direction de la santé ?
Mireille Duval, secrétaire générale de la FISSAP : « Des situations que nous avons déjà rencontrées depuis 2019 et des discussions qui ne permettent pas justement de rassurer et sécuriser nos agents qui sont fatigués, épuisé,s et qui demandent les moyens humains, moyens matériels, moyens pour pouvoir bien travailler. Et il faut savoir aussi que l’hôpital se réorganise depuis quelque temps. De nouvelles activités sont là. Les maladies sont toujours aussi longues à traiter. Un cumul de fatigue, un cumul parce que bien sûr qu’on a du mal à recruter. Il n’y a pas que les médecins. Il y a aussi les aides-soignants et les infirmiers et tout ce que vous voulez. Donc ça part dans toutes les catégories. Mais à un moment donné, il faut qu’on soit soutenus, qu’on soit entendus. On a de la résilience, mais on est fatigués moralement, psychiquement, physiquement. Mais les anciens sont toujours là. Mais jusqu’à quand ? »
TNTV : Concrètement, combien de postes manque-t-il aujourd’hui au Taaone pour assurer une sécurité optimale des soins ?
Mireille Duval, secrétaire générale de la FISSAP : « Ce n’est pas une question de postes. Les postes ont été créés, mais on n’arrive pas à recruter. On n’est pas soi-disant attractifs, sauf qu’on a révisé les statuts des infirmiers. La vraie question qu’il faut se poser, c’est que lorsqu’on signale un épuisement professionnel, il faut prendre au sérieux. Les instances de représentants du personnel n’ont pas cessé de le faire. Aujourd’hui, on ne peut plus continuer parce qu’on s’inquiète. Et cette grève, elle est là, non pas que pour les personnels de soins du CHPF et de la santé publique. Elle est là parce que nous nous inquiétons de la qualité des soins du patient. Et on le voit sur les réseaux. Beaucoup se plaignent. Et nous invitons même, si c’est possible, que ces patients voient comment le personnel est pris par toutes ces activités et on est dans le rush tout le temps parce que nous sommes sous tension très régulièrement. Et ça se passe aussi dans les îles. On n’a pas les mêmes soins dans les îles, aux Marquises, aux Tuamotu, aux Australes qu’au CHPF. Et ça, ce n’est pas normal. »
– PUBLICITE –
Pourquoi ne pas avoir demandé de rendez-vous au ministre de la Santé avant de poser un préavis de grève ?
« Moi, je vais répondre : pourquoi on ne répond pas à nos courriers ? C’est facile à comprendre. Quand on ne répond pas aux courriers, ça veut dire qu’il n’y a plus de dialogue. »
Vous avez pu avoir des échanges avec la directrice du CHPF qui est en campagne municipale à Bora Bora ?
« La directrice, on l’a rencontrée hier. Mais voilà, on discute. Et discuter, ça n’amène pas de solution. »
Vous n’avez pas de solution proposée ?
« Non, on a discuté depuis trop longtemps. Et on veut justement aujourd’hui que la population comprenne. On cherche leur bien. On cherche aussi le bien du personnel. C’est des soins. On parle de patients. On parle d’humains. Et je pense qu’on l’a assez répété depuis 2019. Et on a le sentiment d’avoir reculé au lieu d’avancer. »
Justement, vous en parliez : le gouvernement a acté le passage des infirmiers en catégorie A au 1er janvier 2026, parlant d’une avancée. Pourtant, vous parlez encore aujourd’hui de métiers et de spécialités oubliés depuis 30 ans. De quelles spécialités parle-t-on ?
« Alors, on va parler d’abord des catégories D, des aides médico-techniques qui assurent des missions qui relèvent, par exemple, du cadre d’emploi des auxiliaires de soins, mais qu’on appellerait auxiliaires de santé. Ça relève de catégorie C. Sauf que ce métier, aujourd’hui, depuis 4 ans, 5 ans même bientôt, il est de catégorie B en France. Donc qu’est-ce qu’on attend ? D’abord, pourquoi on continue à avoir des D en Polynésie française alors que depuis 12 ans, ça n’existe plus en France ? Deuxièmement, est-ce qu’on va continuer à utiliser des compétences de catégorie inférieure pour assurer des missions de catégorie supérieure ? C’est impossible. Franchement, vous seriez d’accord que vos enfants travaillent dans ces conditions ? »
Et on imagine surtout que cette situation n’améliore pas l’attractivité des métiers de santé en Polynésie…
« Comme partout dans le monde entier. Mais effectivement, nous, ce qu’on veut aujourd’hui, c’est de vrais travaux et de vrais avancées. Comme on l’a fait pour les infirmiers, il est temps de toileter et de faire de nouvelles réformes de nos statuts. Et ce sera une impulsion. Je peux vous assurer que lorsqu’on reconnaît les compétences des agents, ça booste tout le monde et ça donne envie de rester. Et aujourd’hui, il y a de la démotivation. »
Mais qu’est-ce qu’on vous répond quand vous demandez une réforme des statuts ?
« On discute beaucoup et on tarde trop. Ça fait depuis 2014 qu’on demande ça. C’est pour ça que je ne pointe pas le gouvernement. Mais 2014, ça fait 12 ans. Est-ce qu’on va encore attendre longtemps ? Dans ce cas-là, il faut nous dire que la santé n’est pas importante alors que c’est une richesse pour un pays. »



