TNTV : Que représente plus concrètement l’ouverture de ce laboratoire pour nos patients polynésiens ?
Cédric Mercadal, ministre de la Santé : « C’est un élément de plus dans l’armement, si on peut le dire, contre le cancer en Polynésie. On a inauguré deux appareils de radiothérapie en début d’année dernière, on a eu le cyclotron, on a mis deux milliards de Fcfp de plus pour traiter le cancer dans le cadre des molécules venéreuses. On fait beaucoup de choses, beaucoup d’actions de prévention, vaccination HPV et autres, et il fallait que l’on puisse aussi réduire le temps pour que le diagnostic soit fait au plus vite. »
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TNTV : De combien de temps parle-t-on dans le temps de réduction des diagnostics ?
Cédric Mercadal : « Pour les pièces lourdes au CHPF, on faisait déjà l’activité et elle absorbait l’ensemble de l’activité du Pays. Pour autant, il y avait certains éléments qui n’étaient pas aujourd’hui accessibles de suite. Il fallait attendre deux mois pour pouvoir avoir une analyse, et la difficulté qu’on avait, c’était qu’il fallait réduire ce temps. Donc on a investi énormément, 931 millions de Fcfp, pour pouvoir avoir ce laboratoire sur place. Et aujourd’hui, en deux jours, on pourra avoir les résultats. »
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TNTV : On réduit le temps de 2-3 mois à deux jours. Est-ce que cela signifie aussi que c’est la fin complète des envois des prélèvements en métropole ? Peut-on parler d’autonomie ?
Cédric Mercadal : « Le but, c’est de tendre vers l’autonomie. Au-delà de ça, on va monter en charge petit à petit au centre, dans ce laboratoire qui vient d’ouvrir, qui doit grandir, qui va s’améliorer, qui va absorber l’activité du CHPF demain, et qui va devenir complètement autonome pour l’ensemble des cas. Derrière ça, on va avoir aussi des liens dans le cadre d’un nouvel appareil qui a été commandé, qui sera numérique et qui permettra d’avoir des analyses de l’extérieur, sur des lames coupées localement, et qui permettront d’analyser le cancer, aussi bien avec des spécialistes locaux, qui échangeront avec des spécialistes de renom à l’IGR. »
TNTV : Comment mesurez-vous le retour sur investissement en termes de santé publique ?
Cédric Mercadal : « On voit qu’en 2016, il y avait trois labos d’anapath dans notre pays. Et aujourd’hui, on n’en avait plus qu’un, c’était le CHPF qui croulait sous les demandes, et tout le reste partait l’étranger. Il fallait mutualiser ces moyens en un seul labo. Et donc le gain, c’est la rapidité, la possibilité de traiter plus d’éléments. N’oublions pas qu’avec 5% d’augmentation du nombre de cancers chaque année, on est obligé de se doter des outils locaux pour pouvoir traiter et analyser l’ensemble des problématiques qui peuvent être présentes sur notre territoire. »
TNTV : Combien y a-t-il de pathologistes au sein du laboratoire? Avez-vous réussi à les recruter localement ou est-ce que vous avez été obligé d’aller vers l’extérieur ?
Cédric Mercadal : « On a des cytopathologistes qui étaient en stage au CHPF, en CDD aussi sur d’autres endroits. Il y en a certains qui sont venus. Au fur et à mesure, on les intègre. Il y a ceux du CHPF qui vont intégrer l’équipe bientôt. On se retrouve avec une équipe assez performante et assez complète pour pouvoir effectuer l’ensemble des actes nécessaires. »
TNTV : Comment les habitants des îles éloignées pourront-ils profiter de ce laboratoire ? Y a-t-il des dispositifs spécifiques qui sont prévus pour que le transport soit rapide ?
Cédric Mercadal : « Le transport des analyses, on a des coursiers. On a amélioré les choses. Avant, une personne devait aller déposer ses analyses dans un laboratoire pour qu’on fasse le traitement. Aujourd’hui, c’est un coursier qui va aller chercher l’ensemble de ses analyses auprès des professionnels. Et dans un deuxième temps, le réseau de la direction de la santé enverra ses éléments au niveau des coursiers pour les redistribuer au laboratoire. Ce qui permettra d’avoir plus de fluidité, plus d’efficacité et permettre aux gens des îles de bénéficier de ce laboratoire. »
TNTV : On parle bien de prélèvement vraiment en cas de suspicion de cancer ?
Cédric Mercadal : « Dès qu’il y a eu un diagnostic et qu’on pense que c’est possible, après une analyse de sang et autres, il nous faut détecter les choses. Ça peut être du préventif, ça peut être aussi dans le cadre d’une forte suspicion pour déterminer quel type de cancer et surtout quel traitement adapté, posé au regard du cancer qui aura été diagnostiqué. Et le plus rapidement possible dorénavant. »
TNTV : Selon l’Institut national du cancer, près de la moitié des cancers pourraient être évités en changeant nos modes de vie, sédentarité, alcool, alimentation. On connaît toutes ces problématiques. Le Pays fait-il assez de prévention ?
Cédric Mercadal : « Le Pays s’applique à développer la prévention. Le plan cancer est en préparation. Ça fait un an et demi que nos équipes, dont l’ICPF, travaillent ardemment sur la partie prévention en matière de cancer. Il y a de plus en plus d’analyses. On a fait un texte sur les cancers génitaux qui permettra d’anticiper l’âge où les prélèvements seront gratuits et prises en charge. Et l’ensemble des examens aussi. Donc oui, on améliore les choses et ça doit se faire au cas par cas. En matière de cancer, ce qui nous fait peur, c’est qu’on les a 10 ans plus tôt dans notre Pays pour les femmes par rapport à la métropole. Et c’est là qu’on doit avoir vraiment une action cohérente de prévention de terrain auprès de tous. »
TNTV : Sur la réforme du RNS. Après un démarrage que beaucoup ont qualifié de chaotique, vous avez déjà procédé à des ajustements. Admettez-vous que le lancement de cette réforme a été mal maîtrisé ? Et est-ce que d’autres modifications, d’autres ajustements pourraient arriver dans les prochains mois ?
Cédric Mercadal : « On est dans une réforme structurelle. Une réforme structurelle, ça fait peur. Surtout quand on a de la désinformation sur un certain nombre de choses. Il faut expliquer de manière concrète aux gens quand ils viennent au guichet. Et on doit prendre le temps, donner des kits, poser les choses rapidement avec les autres. Et donner accès aux simulateurs a été déjà une grande étape. Il faudra être encore plus explicite pour que chaque personne vienne déposer sa déclaration. Lui expliquer s’il doit ou pas être affilié et ce qu’elle devra payer ou pas. Mais généralement, quelqu’un qui était au RNS avant, le seul risque qu’il a, s’il déclarait antérieurement tout, c’est de voir baisser ses cotisations. »
TNTV : Garantissez-vous que personne ne sera pénalisé dans cette réforme ?
Cédric Mercadal : « Il faut faire en sorte que les gens ne soient pas pénalisés. Et les cas que l’on pourra constater à la marge, puisque c’est une réforme que l’on fait tous les 30 ans, il faudra les améliorer. Bien sûr, un texte balai viendra modifier à la marge les éléments que l’on pourra détecter au fur et à mesure. »
TNTV : Existe-il un calendrier précis pour stabiliser cette réforme ?
Cédric Mercadal : « La réforme est stabilisée. Il y a quelques arrêtés qui ont été pris (…). Il faudra en prendre d’autres, dans le cadre légal ou dans le cadre d’arrêtés, pour faire ces corrections nécessaires. Mais ce ne sera que des mesures correctives. Le principe s’applique et ne devrait pas changer.«



