95 600 arrêts maladie ont été délivrés en 2023, une centaine de plus 2024. Soit une moyenne de 1,29 arrêts pour les 73 965 salariés enregistrés au fenua.
Faute de données sur la durée des arrêts, leurs motifs ou leur évolution, ces volumes restent difficiles à contextualiser. Pourtant, les représentants patronaux parlent d’abus, notamment sur les arrêts de moins de 3 jours correspondant aux jours de carences à la charge des entreprises.
« Ce sont toujours les mêmes salariés qui reviennent avec des arrêts de travail à la veille des jours fériés, quand il y a des ponts, quand il y a un événement sportif, quand il y a un concert, etc. déclare Christophe Plée, président de la CPME. Donc voilà, aujourd’hui c’est intenable, ça a un coût maintenant incroyable pour l’entreprise. J’ai interpellé le conseil d’administration de la CPS de leur dire de simplement compter. Et quand ils vont compter, ils vont s’apercevoir de ce que coûtent les arrêts de trois jours en Polynésie française. Et à partir de ce nombre d’arrêts, on va pouvoir regarder par chaque médecin. Et nous, on réclame à ce que le conventionnement par médecin soit regardé de très près, parce qu’on voit bien qu’il y a des médecins qui abusent. »
Le coût pour les entreprises est aussi inconnu par manque de collecte efficace. Du côté des professionnels de santé, accusés pour certains de complaisance, les arrêts maladie doivent être analysés sous plusieurs prismes.
« Il y a probablement, et on ne le dit pas, des gros prescripteurs d’arrêts maladie, peut-être des médecins un petit peu déviants qui prescrivent trop, à la même façon qu’il y a des entreprises où il y a un surcroît d’arrêts de travail par un mauvais management, une mauvaise organisation du travail, estime Didier Bondoux, président du syndicat des médecins libéraux. Il faut se poser des questions. D’où l’intérêt, je pense, de se rencontrer et d’échanger à ce sujet, parce que c’est multifactoriel. »
Depuis quelques semaines, les regards se tournent vers l’arrivée en Polynésie de Medical Partner Control, société calédonienne spécialisée dans la contre-visite médicale. Elle annonce que sur le Caillou, les 2000 contrôles effectués en 2025 ont permis de constater que 47% des arrêts maladie n’étaient plus indemnisables.
« On n’annule pas ce qu’a fait le médecin-prescripteur. On considère qu’au jour du contrôle médical, l’état de santé ne justifie plus l’arrêt de travail ou alors que l’arrêt de travail n’est pas respecté », explique la gérante de Medical Partner, Cindy Véran. Pour elle, ce service ne doit pas être vu comme punitif, mais bien organisationnel. « On a compris que l’intérêt était de savoir si le salarié allait reprendre. Donc, encore une fois, on est de moins en moins sur le côté justifié ou pas justifié, mais sur le côté organisation. Est-ce que je dois réorganiser mes équipes, comment surtout, notamment pour les horaires des industries, où il y a du travail de nuit, où il y a du travail en 3-8, tout ça, ça nécessite de savoir si le salarié va reprendre. »
Ces contre-visites viendraient donc compléter les 1 300 contrôles effectués en 2024 par la CPS. Mais ce service privé destiné aux chefs d’entreprise a un coût : entre 22 000 à 45 000 Fcfp par intervention.
« On nous propose de faire contrôler par une entreprise extérieure, qui va nous coûter deux fois le prix de notre arrêt de travail. Donc non, il faut revenir à la base, c’est-à-dire la caisse doit jouer et faire son rôle », estime Christophe Plée.
Les arrêts maladie coûteraient environ 5 milliards de Fcfp par an à la CPS. En Nouvelle-Calédonie, 12 % des arrêts qui ne se sont révélés non indemnisables pourraient être frauduleux, selon Medical Partener Control.



