Une activité intense et trop peu de soignants. C’est ce que déplorent les professionnels de santé de l’hôpital de Taravao qui appellent le Pays à réagir. Car à la veille du long week-end de Pâques, la structure tourne à effectif dangereusement réduit. « Notre revendication première, c’est d’avoir un nombre de soignants adapté à notre activité », déclare le docteur Benjamin Le Goff. « Il faut savoir qu’il n’y a pas de quotas qui existent en médecine d’urgence. Ce qui est sûr, c’est qu’on est sous-dotés au vu de notre activité à Taravao et on veut une réévaluation telle que ça a été demandé l’année dernière avec notre projet de Smur du Sud. »
Et comme pour chaque long week-end, les équipes anticipent une hausse de fréquentation. « On veut des solutions pour éviter des fermetures sur les nuits du week-end de Pâques, mais également sur les mois à venir, parce que la difficulté, ce n’est pas que le week-end de Pâques », alerte le médecin qui invite les autorités à se projeter plus loin. « C’est le mois de juin, c’est également le mois de juillet et potentiellement le mois d’août. Vous voyez que ce sont des difficultés à envisager à moyen et à long terme ».
« On est arrivé, je pense, à une situation qui a été tolérée beaucoup trop longtemps. »
Au-delà du Pays, les soignants attendent aussi un soutien des tavana et de la population. « Je pense qu’à la différence de nos décideurs, nous tous soignants de l’hôpital, nous habitons avec nos familles, nos enfants sur la Presqu’île. Nous sommes tous impactés par l’activité dégradée de l’hôpital ».
Aussi, pour éviter une surcharge des services, le Dr Le Goff invite les habitants à appeler d’abord le 15 en soirée afin d’avoir « une première évaluation médicale ».
Alors qu’avec six médecins titulaires, le rythme était déjà intense, le passage à seulement trois médecins titulaires depuis la semaine dernière ne permet plus une prise en charge décente des patients. Car l’hôpital de Taravao en reçoit plus de 30 par jour en semaine et plus de 50 par jour le week-end avec un seul urgentiste en poste. Une situation devenue intolérable. « On ne peut pas assurer H24 7 jours sur 7 sans aide extérieure ».
Vers une grève à l’hôpital de Taravao ?
Dans ce contexte, les soignants n’excluent pas de partir en grève dès la semaine prochaine. « Au vu de la souffrance des équipes, ça peut être aussi des arrêts collectifs qui peuvent s’envisager. Il faut savoir que ce n’est clairement pas notre objectif, mais là, on est arrivé, je pense, à une situation qui a été tolérée beaucoup trop longtemps ».
Avec un bassin de près de 55 000 habitants, il est « impensable » pour la syndicaliste de la CSIP, Vaitea Le Gayic, de « laisser la population dans cet état ». « À un moment donné, il faut se poser les bonnes questions, il faut prendre les bonnes décisions. Ce n’est pas parce que le personnel est là pour pallier aux besoins de la prise en charge des soins qu’il faut laisser perdurer cette situation ».
Si la syndicaliste évoque le recrutement de médecins en priorité, puis du personnel paramédical, pour soulager les effectifs, elle rappelle que les alertes ne datent pas d’hier. « L’appel à l’aide qui est fait au gouvernement, date d’août 2025. Donc à un moment donné, à une date du 31 mars, je trouve que c’est exagéré de n’avoir aucune réponse venant du gouvernement. »
Contacté par la rédaction, le ministère de la Santé s’exprimera dès demain mercredi.



