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    Naé, jeune joueur d’Excelsior devenu coach dans des universités américaines

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    Naé Roy est un enfant du fenua passionné de sports. À 17 ans, son amour du basket le conduit à quitter sa chère Polynésie pour poursuivre sa scolarité aux États-Unis où il se tourne, après quelques années, vers le football américain. Il ambitionne même de devenir professionnel, mais les blessures en ont décidé autrement. Fort de sa riche expérience, il est recruté par des universités américaines au sein desquelles il officie comme préparateur physique, notamment pour l’équipe de basket des Missouri Tigers. Un coach venu de Tahiti dans un pays où le sport universitaire est roi. Portrait.

    Naé Roy est né il y a 24 ans à Papeete. Il effectue sa scolarité à l’école Sainte-Thérèse puis au collège La Mennais et s’essaye à de multiples sports. « Je faisais toutes les activités des jeunes de Tahiti : surf, foot, skateboard », avant qu’il ne se lance dans le basket, « à fond », dit-il, dans un français devenu hésitant.

    Il fait ses débuts dans le club d’Aorai avant de rejoindre les rangs d’Excelsior et intègre également la sélection tahitienne des moins de 17 ans.

    Naé (numero 9) dans la sélection tahitienne de basket.

    Sa passion est trouvée. Il rêve de NBA et, à 17 ans, grâce à Hiro Tinirauarii, figure du sport local, il a l’opportunité de partir étudier aux États-Unis et de perfectionner son jeu. « Sa sœur vit dans l’Utah. C’est une grande famille. Ils ont ouvert leurs portes à 5 jeunes, dont moi. Et ils continuent à le faire aujourd’hui. Ils nous ont logé pendant deux ans. Je suis encore en contact avec eux », explique Naé qui dit leur devoir beaucoup. Il en est de même pour ses parents qui l’ont toujours soutenu moralement comme financièrement.

    Il est donc inscrit en classe de première au sein de la Juan Diego Catholic High School et intègre l’équipe de basket de l’établissement. Mais l’année suivante, ses relations avec son entraîneur se dégradent : « A l’entraînement, ça allait, mais il ne me faisait pas jouer les matchs. Alors, J’ai décidé de me lancer dans le football américain ».

    Lors de ses années à la Juan Diego Catholic High School.

    Déjà athlétique, Naé prend de la masse et se familiarise avec ce sport adulé au pays de l’Oncle Sam : « J’ai vraiment tout donné et j’ai réussi à devenir un ‘starter’, c’est-à-dire que je commençais les matchs. Je jouais en défense ».

    Grâce à ses qualités sportives et ses bons résultats scolaires, plusieurs universités le repèrent et lui proposent des bourses pour intégrer leurs cursus : « Je n’avais pas un vrai agent, mais j’avais quelqu’un qui s’occupait d’envoyer des films de mes matchs à des coachs. J’ai eu entre 10 et 20 propositions et j’ai choisi celle qui me semblait la meilleure pour moi ».

    Il quitte donc l’Utah pour l’état du Missouri et la Central Methodist University, située « au milieu des États-Unis », pour rejoindre les rangs des « CMU Eagles ». « Les deux premières années, je n’ai pas trop joué. J’ai hésité à partir dans une autre équipe. Mais durant un été, j’ai commencé à avoir de bons résultats. J’ai fait plus de matchs et je suis passé de la défense à l’attaque, au poste de receveur, que j’ai occupé durant mes deux dernières années. J’étais un bon receveur, physique, je jouais avec force et ça a bien marché ».

    Chez les « CMU Eagles ».

    Son équipe a d’ailleurs remporté la « Heart of America Athletic Conference » et comme le veut la tradition, chaque joueur s’est vu remettre une bague pour marquer ce succès.

    Naé se met alors à rêver d’une carrière professionnelle dans le football américain. « Des recruteurs de NFL venaient régulièrement voir nos entraînements. Je me suis dit : ‘pourquoi pas moi ?’ Et puis, il y a eu les blessures que j’ai enchainées. J’ai continué d’essayer jusqu’à ce que ce que je ne puisse plus », dit-il.

    Mais le jeune homme ne regrette rien. « Même si je n’ai pas réussi, j’ai trouvé ma passion, ce que je voulais faire ». Car parallèlement au football américain, et grâce à sa bourse d’études, Naé obtient un « bachelor » en science de l’exercice pour être préparateur physique. Et il achève actuellement un « Master of Arts in Teaching » au Columbia College, toujours dans le Missouri.

    Au sein de cet établissement, il s’est vu proposer un poste rémunéré d’assistant et de préparateur physique des athlètes de diverses disciplines : « volleyball, cheerleading, basketball, golf, soccer et même lacrosse ».

    Nae (à droite) avec l’équipe de basket des Missouri Tigers.

    Mais le football américain occupe toujours une place importante. Et l’université du Missouri, une fac « énorme », n’est pas loin de son lieu de résidence. « L’année dernière, j’ai envoyé des dizaines de mails pour proposer mes services aux coachs de l’équipe. C’est une grosse équipe. Je n’ai pas vraiment eu de réponse. C’est vraiment dur d’entrer dans ce monde si tu n’as pas de connexion. Alors je me suis dit : ‘J’ai joué au basket toute ma vie. Pourquoi ne pas le tenter avec l’équipe de basket ?’ ».

    Il parvient dans la foulée à entrer en contact avec le chef coach des Missouri Tigers qui accepte de le recevoir…sans aucune promesse à la clé. « Après notre entretien, il m’a dit : ‘tu as confiance en toi et la tête sur les épaules. Normalement, je ne prends pas de volontaire, mais tu peux commencer avec nous début juin’. J’étais trop content. C’est du volontariat, ce n’est pas rémunéré, mais je n’ai pas hésité une seule seconde. Ça me permet de mettre un pied dans ce milieu ».

    Désormais, Naé prend donc soin des joueurs des Missouri Tigers, qu’il s’agisse de musculation, de nutrition ou de récupération. Une équipe qui évolue en NCAA (National Collegiate Athletic Association), le vivier du basket professionnel au sein duquel les meilleurs sont chaque année « draftés » par les équipes de la NBA comme les Lakers, les Spurs ou encore les Celtics de Boston. « L’année dernière, deux de nos joueurs ont obtenu des contrats ‘two ways’ qui permettent de jouer en NBA et en G-League -la deuxième division, Ndlr- », sourit-il.

    Les matchs universitaires, dont ceux de ses protégés, sont d’ailleurs suivis par un grand nombre d’Américains et retransmis en direct sur les chaines sportives.

    Naé en profite aussi pour faire des rencontres et élargir son réseau. « Au début, je me disais que ce serait dur d’entrer dans ce monde. Mais, maintenant, j’ai un pied dedans. C’est un peu un rêve qui se concrétise. Certains coachs commencent à connaitre mon travail », explique-t-il. Il veut croire que le bouche-à-oreille, dans ce milieu fermé, finira par lui ouvrir de nouvelles perspectives de carrière.

    Pour l’heure, il envisage de conserver son poste « un ou deux ans » au sein du Columbia College, puis espère suivre l’un des coachs des Missouri Tigers s’il était promu dans une grande université : « J’aimerais bien rejoindre l’université de l’Illinois près de Chicago, ou l’Université de Texas ou Texas Tech. La Floride, ça serait pas mal aussi avec l’Université de Miami ou la Caroline du Nord ».

    Côté vie privée, Naé a rencontré il y a 2 ans une Américaine, prénommée Unique, qu’il a épousée l’an dernier. Et le couple a accueilli il y a quelques mois un petit garçon. Après 7 ans de vie aux États-Unis, le jeune papa vient d’entamer les démarches pour obtenir sa « green card » de résident permanent. Quant à la nationalité américaine, il n’est en revanche « pas prêt » : « Je n’ai pas trop envie pour le moment. Je ne veux pas oublier d’où je viens. On verra plus tard ».

    Le fenua, où son père réside, est toujours dans son cœur. Il espère y revenir prochainement en vacances et n’exclut pas, un jour, de s’y établir à nouveau pour créer sa structure.

    « Quelque chose pour aider les athlètes à se développer, pour permettre aux jeunes de Tahiti d’atteindre leurs rêves. Au niveau de la performance, les Américains sont à 100 pas devant l’Europe et à 1000 pour Tahiti. Ici, on éduque les enfants à comprendre leur corps, à le développer. Quand je suis arrivé aux États-Unis, j’étais une brindille. Le corps, c’est un système complexe que tu peux vraiment développer », souligne-t-il.

    Malgré ses jeunes années, Naé a encore du mal à réaliser le chemin déjà parcouru : « Il y a eu une période à Tahiti où je ne savais pas trop ce que j’allais faire. Je savais que je voulais faire quelque chose en lien avec le sport, mais c’est tout. Je n’aurais jamais imaginé que j’en arriverais là. Faire ce que je fais maintenant, avoir une femme, un enfant, c’est fou à 24 ans. Je ne changerais ça pour rien au monde ».

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