Lei-Yan, l’enfant de Mahina devenu conducteur de trains dans l’Hexagone

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Des trains, il n’en a jamais croisé durant ses jeunes années au fenua. Mais il en a pourtant fait son métier. Lei-Yan Tinomoe, 26 ans, est aujourd’hui aux commandes de TER qui sillonnent l’Hexagone. Une vocation née d’un concours de circonstances alors qu’il exerçait comme...gendarme. Ce changement de voie, il ne le regrette pas : « C'est la meilleure décision que j'ai prise de ma vie », dit le jeune homme, heureux des « opportunités » qui s’offrent à lui et des nombreuses « choses à découvrir » loin de son pays natal. Portrait.

Lei-Yan Tinomoe a passé une enfance paisible dans la commune de Mahina d’où il est originaire. Après l’obtention de son baccalauréat scientifique, passé au lycée du Taaone, il décide de rejoindre les rangs de la gendarmerie.

Il quitte donc le fenua pour faire ses classes de sous-officier à l’école de gendarmerie de Chaumont avant d’intégrer la brigade d’Auneau-Bleury-Saint-Symphorien dans l’Eure-et-Loir où il officie durant 3 années.

 

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Mais parfois en désaccord avec sa hiérarchie, et las des exigences qu’impose la vie de militaire, il réfléchit à une réorientation : « J’étais un peu fiu. Ça me plaisait, mais au niveau de la vie de famille ce n’était pas comme à Tahiti. Ici, c’est clairement diffèrent ».

Et le hasard fait bien les choses. Car c’est sur un concours de circonstances qu’il trouve une nouvelle voie à emprunter.

« J’étais encore gendarme lorsque je suis intervenu sur un accident de TGV -les Trains à Grande Vitesse, Ndlr-. Une personne voulait se suicider en se jetant dessous. Ce soir-là, j’ai été chargé d’auditionner le conducteur. Après l’audition, je lui ai posé tout un tas de questions : ’Comment fait-on pour devenir conducteur de train ?’ Et il m’a donné quelques conseils », sourit Lei-Yan.

Et de poursuivre : « En fait, j’aimais bien tous les métiers de conduite. J ‘ai le permis voiture, le permis bateau et je voulais être aussi pilote d’avion. Je me suis dit :’pilote de train, pourquoi pas ?’ Du coup, je me suis lancé ». 

Lei-Yan, ici avec sa famille, a commencé sa carrière en tant que gendarme.

Grâce aux conseils obtenus, il se prépare avant de candidater à la SNCF (la Société Nationale des Chemins de Fer, qui compte environ 280 000 salariés) où son profil est retenu. S’en suit une année de formation.

« Les six premiers mois, on apprend tout ce qui concerne les règles de circulation, tout ce qui est lié aux trains, les types d’engins que l’on peut conduire. Il y a aussi un volet sur la sécurité des personnels, la sécurité ferroviaire et tout ce qui est lié aux risques d’accidents. Quand la première phase est validée, on passe à la deuxième. Là, c’est un autre module. On apprend les gestes d’urgence quand quelque chose ne va pas, comment dépanner son engin, toutes les règles que l’on doit respecter », se remémore-t-il

Une fois ces étapes passées avec succès, Lei-Yan obtient sa licence de conducteur et est embauché par la SNCF. Depuis 3 ans, il est donc officiellement aux commandes d’un TER (Transport Express Régional) dans la région de Dijon où il véhicule des centaines de passagers chaque jour.

Durant un an, le jeune Polynésien a été formé avant de prendre les commandes de son train.

Un métier exigeant, aux lourdes responsabilités : « Il y a de nombreux paramètres à prendre en compte. Avant de monter dans le train, on fait des essais pour vérifier que tous les appareils de sécurité fonctionnent correctement, qu’il n’y a pas d’anomalie. Il y a beaucoup de choses à retenir et à appliquer qui peuvent être déterminantes ».

Un quotidien dans lequel le jeune homme s’épanouit : « Ce que j’aime ? C’est être seul dans ma cabine, faire mon travail au calme. C’est complètement différent de la gendarmerie. Quand je rentre chez moi, je n’ai pas d’astreinte. Et le salaire est très correct. On a aussi pas mal d’avantages, comme les billets gratuits. Et comme je suis Tahitien, originaire d’Outre-mer, la société prend en charge des billets tous les deux ans pour Tahiti ».

Prochainement, c’est en Bretagne qu’il officiera après avoir obtenu la mutation qu’il désirait avec son épouse, rencontrée dans l’Hexagone.

Pour la suite, Lei-Yan ne se ferme aucune porte car de nombreuses « évolutions sont possibles en interne à la SNCF » : « On peut devenir moniteur, formateur entreprise pour les futurs conducteurs. On peut aussi passer cadre, directeur/producteur de ligne au bout de 5 ans, par exemple ».

Mais il n’exclut pas non plus de s’éloigner du plancher des vaches pour emprunter le chemin des airs. En Bretagne, il compte en effet passer son brevet de pilote d’avion pour, pourquoi pas, devenir pilote de ligne : « J’attends d’avoir plus de visibilité. Et je ne suis pas tout seul. Il y a aussi l’avis de mon épouse ».

Il a aussi trouvé l’amour dans l’Hexagone.

Ce parcours atypique était loin d’être écrit. « Je jouais aux petits trains quand j’étais enfant, mais jamais dans l’optique de devenir conducteur (…) Quand je parle aujourd’hui avec des collègues, ils me disent : ‘Toi, tu es des îles, qu’est-ce que tu es venu faire ici ?  Tu es conducteur de train mais tu ne pourras pas en conduire chez toi car il n’y en a pas », s’amuse-t-il.

D’éventuel retour à Tahiti, il n’en est de toute façon pas question. Non pas parce que le fenua ne compte ni gare, ni voie ferrée, mais parce que sa vie dans l’Hexagone lui ouvre le champ des possibles.

« J’aime ma vie ici. Il y a toujours des choses à découvrir. J’ai vécu 20 ans à Tahiti. C’est un peu toujours la même chose et j’ai tendance à m’ennuyer assez vite. Ici, vu que j’ai des billets gratuits, je peux bouger un peu partout. Et il y a tellement d’opportunités », dit-il.

Lei-Yan veut être la démonstration que dans la vie « il ne faut jamais se mettre de barrières » et toujours croire en soi. « Devenir conducteur de train, c’est la meilleure décision que j’ai prise. Et j’ai une vie de famille épanouie », conclut-il, large sourire aux lèvres.

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