De La Mennais à Unilever Vietnam : le parcours inspirant de Vanessa Liao-Nguyen

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Ancienne élève du lycée La Mennais, Vanessa Liao Nguyen travaille aujourd'hui pour une multinationale. Partie de Tahiti en 1996 pour apprendre l'anglais en Nouvelle-Zélande, elle a finalement posé ses valises au Vietnam par amour et par défi. Elle revient sur vingt-et-un ans d'expatriation, entre barrière de la langue, ascension professionnelle et nostalgie du ma’a tahiti.

C’est à La Mennais, en 1996, que Vanessa décroche son baccalauréat. Elle envisage d’abord de poursuivre ses études dans l’Hexagone, à Lyon. Mais, elle n’obtient pas de place dans cette ville. Déçue, elle se tourne alors vers une autre destination : la Nouvelle-Zélande. Objectif : améliorer son anglais. « J’ai commencé par trois semaines de Summer School pour tester l’ambiance, et j’ai adoré ! Le mode de vie anglo-saxon m’a vraiment plu, alors j’ai choisi de poursuivre jusqu’à un Bachelor of Business, spécialisation Ressources Humaines. »

À Aotearoa, Vanessa intègre Unitec, le plus grand institut de technologie d’Auckland. C’est là-bas qu’elle fait la connaissance de celui qui deviendra son mari. « Il était aussi étudiant dans la même faculté. Après l’obtention de nos diplômes, deux options s’offraient à nous : rester en Nouvelle-Zélande ou partir au Vietnam. Bien qu’on ait d’abord voulu s’installer en Nouvelle-Zélande, ma belle-mère insistait pour qu’il retourne au Vietnam. »

À l’époque, difficile d’obtenir la résidence permanente en Nouvelle-Zélande. Alors en 2004, elle se décide finalement à aller au Vietnam, pour des vacances, « pour voir si ce mode de vie me correspond », raconte-t-elle. C’est le coup de cœur. La jeune femme est séduite par « la bienveillance des habitants », « la facilité à créer des liens« , et, elle l’admet, par le coût de la vie, peu élevé.

« Au début, la barrière de la langue était un vrai défi »

L’année suivante, en 2005, elle décide donc de s’installer dans le pays de son conjoint. Les premiers temps sont difficiles. Pas évident de déménager dans un pays dont on ne connait ni la culture, ni la langue… « Il m’a fallu du temps pour m’habituer au Vietnam. Au début, la barrière de la langue était un vrai défi : je ne comprenais pas toujours ce que les gens disaient et je devais souvent compter sur des gestes ou des traductions. La circulation était aussi très différente de ce que je connaissais, avec ses deux roues partout et un rythme de vie beaucoup plus rapide et désorganisé pour moi au départ. »

Afin de s’intégrer, elle prend des cours intensifs de vietnamien. « Jusqu’à aujourd’hui, les natifs me prennent toujours pour une « Viet Kieu » (une Vietnamienne née à l’étranger, NDLR). Aujourd’hui, cela fait 21 ans que je vis au Vietnam et nous avons eu notre fils, Jeremy, qui aura 16 ans cette année. »

De stagiaire à bras droit du directeur d’Unilever

Après une première expérience comme chargée d’affaires dans une banque, Vanessa entre chez Unilever comme stagiaire dans le service import-export. « Ce n’était pas exactement mon domaine de prédilection, mais cela m’a permis de découvrir l’entreprise ». Elle intègre ensuite le service des ressources humaines. Puis, une opportunité se présente « pour rejoindre la direction en tant que secrétaire de direction du CEO de Unilever Vietnam ». Vanessa décroche le poste.

Ces dernières années, elle a accompagné les différentes directions de l’entreprise, aux managements parfois très différents. « Je suis véritablement le bras droit du dirigeant, ce qui implique de gérer son emploi du temps, organiser ses déplacements et préparer ses réunions. Je prends en charge son agenda, fixe ses rendez-vous et assure la coordination avec ses contacts internes et externes. Je gère également la communication, tant en interne qu’en externe (…). Je suis souvent impliquée dans la préparation de réunions stratégiques. »

Aujourd’hui, la directrice d’Unilever Vietnam est une femme. « La première femme vietnamienne à accéder à un tel poste dans le secteur des produits de grande consommation (PGC)« , souligne-t-elle.

Vanessa a construit sa carrière et sa vie au Vietnam, mais quelques fois, le fenua lui manque. Sa famille, évidemment, mais aussi le ma’a tahiti : « un bon poisson cru, du punu pua toro, et notre célèbre veau à la broche, la salade russe… La liste est longue ! Il y a aussi des petites choses du quotidien, comme le coq qui te réveille le matin, plutôt que les bruits des vendeurs de rues à Saigon. Et bien sûr, la mer et nos eaux turquoises, avec la facilité d’accéder à la plage. Ici à Saigon, il faut souvent deux à trois heures de voiture pour pouvoir profiter de la mer, alors qu’au fenua, elle est juste à côté ! »

Des similitudes avec le Fenua

L’enfant du Fenua retrouve néanmoins dans son pays d’adoption, quelques similitudes avec la Polynésie. « L’attachement à la famille est très fort dans les deux cultures. Par exemple, durant le Tết, le Nouvel An vietnamien, c’est un moment de rassemblement familial majeur, similaire aux grandes réunions familiales observées en Polynésie. Le Tết est en effet la période de vacances la plus longue de l’année, où les familles se retrouvent dans leur ville natale pour célébrer ensemble.

Pendant les festivités, le premier jour lunaire, chacun reçoit une enveloppe rouge des aînés, une tradition similaire à celle de la culture chinoise. C’est un geste symbolique pour apporter chance et prospérité dans la nouvelle année.

Quant à la langue vietnamienne, elle porte encore de nombreuses traces de l’influence française, héritage de la période coloniale. Certains Vietnamiens, notamment ceux ayant vécu la guerre, parlent encore français, mais la jeune génération préfère souvent l’anglais ou le mandarin, qui sont plus utiles dans le monde actuel, notamment pour les affaires.

Beaucoup de mots vietnamiens sont dérivés du français. Par exemple, « chocolat » devient sôcôla, « café » se dit cà phê, et « guidon » se traduit par ghi đông. C’est un héritage colonial qui reste très présent dans la vie quotidienne. »

« Profitez de chaque expérience, faites en un tremplin »

Aux jeunes Polynésiens qui hésitent à quitter le fenua pour leurs études, Vanessa conseille de « partir et d’oser découvrir le monde. Sortir de sa zone de confort permet de se confronter à d’autres cultures. Chaque expérience à l’étranger est une opportunité unique : on y apprend à être autonome, à s’adapter, à se dépasser et à saisir des opportunités qu’on n’aurait jamais imaginées en restant uniquement chez soi. Mon conseil : osez, profitez de chaque expérience, et faites-en un tremplin pour votre avenir. »

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