TNTV : Quels sont les principaux enseignements que l’on peut tirer des résultats de ce premier tour ?
Sémir Al Wardi : « Comme en 2020, on peut dire que les maires principaux ont été réélus confortablement dès le premier tour. De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’un rapport de proximité. Les tavana sont les plus proches de leur population. Il y a aussi, parce qu’on ne peut pas le nier, parfois du clientélisme, mais il reste qu’ils ont été, tous ces maires les plus connus, que ce soit aux Marquises ou dans les autres îles, réélus assez confortablement. En revanche, et c’est ça qui est intéressant, c’est de voir le résultat à Paea, où Tony Géros, dès le premier tour, s’est fait éliminer. Ce qu’on peut dire là-dessus, c’est que les Tavini radicaux, on va dire… même si Tony Géros dit que ça n’existe pas, en réalité, ça existe. Il y a vraiment deux branches au Tavini. Il y a les modérés, on va dire, et puis les radicaux. Et bien, les radicaux sont en mauvaise position, puisque d’abord, Tony Géros tombe, et les différents candidats, notamment à Papeete, soutenus par Oscar Temaru, se trouvent en dernière position. Donc, on peut dire que la branche modérée du tavini est confortée sur sa position dans ses résultats. Après ce qu’on peut dire aussi, c’est que les premières femmes qui ont été élues, qui ont pris leur place, aux Marquises et à Hau, ont gardé leur place et ont été bien élues ».
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TNTV : Comment expliquez-vous la défaite d’Antony Géros à Paea ? Ses administrés ont-ils pu avoir le sentiment qu’il s’investissait plus à l’Assemblée qu’il préside que dans sa commune ?
Sémir Al Wardi : « On peut l’interpréter de différentes manières. Mais c’est vrai que, comme il est président de l’Assemblée de Polynésie, il s’est absenté de sa commune. On a pu lui reprocher cela, même s’il dit lui-même qu’il a été dans sa commune autant qu’il le pouvait. Mais il n’y a pas que ça. Comme je l’ai dit, il y a cette position idéologique d’Antony Géros. Ce qui est intéressant c’est que la position idéologique des maires ne porte normalement pas à conséquence. D’abord, parce que les listes sont mélangées. Et puis, il y a ce rapport de proximité. On vote pour un maire parce qu’il a été proche, parce qu’il a redistribué, parce qu’il a fait ce qu’attendait la population. Mais dans le cas de Tony Géros, il y a aussi, on va dire, un blâme par rapport à sa position dans le Tavini où il est parmi les radicaux. Je prends un exemple. Cette branche-là souhaite qu’on aille traiter les produits du sous-sol, les terres rares, etc. Alors qu’on sait très bien que cela peut provoquer des dégâts irréversibles dans l’océan. Voilà, donc ça fait les différences. On a pu lui reprocher aussi ses positions idéologiques ».
TNTV : A Faa’a, Oscar Temaru a été réélu sans surprise, mais avec un score moins élevé que lors de précédents scrutins. Cela vous a surpris ?
Sémir Al Wardi : « A Faa’a, Oscar Temaru est un metua. Comme c’est un metua, il est évident qu’il allait être réélu et dès le premier tour. Il n’y a pas vraiment de surprise là-dessus. Metua, cela veut dire qu’il est non seulement élu par son propre camp, mais il peut être élu aussi par le camp adverse, par respect. Ça compte beaucoup pour un metua. Mais c’est vrai qu’on voit qu’il est passé de 65,03% à 58,2%. Donc il y a quand même une perte. Mais bon, ce n’est pas significatif pour en parler. Il était certain, pratiquement, qu’il serait élu. Ce qui est intéressant aussi sur Faa’a, c’est que si on suit les discours d’Oscar Temaru, il souhaitait ne pas se représenter. Et comme apparemment le Tavini n’arrivait pas à trouver un successeur, il s’est représenté. Donc il ne faut pas oublier que les élections nous permettent de voir si jamais il y a des problèmes au sein d’un parti politique ou non. C’est ce qui est intéressant. Mais on ne peut pas faire de projections sur les Territoriales. C’est vraiment une élection communale. C’est une élection qui concerne vraiment cette proximité entre le tavana et sa population et ce n’est pas vraiment pour un parti. Les gens ne votent pas vraiment pour un parti ».
TNTV : Des candidats soutenus par le Tavini comme Tauhiti Nena à Papeete, ou Tevaiti Pomare à Pirae, n’ont pas fait le plein dans les urnes. Le Tavini doit-il en tirer des enseignements selon vous ?
Sémir Al Wardi : « Oui et non. Parce que Tauhiti Nena, aux dernières élections, il était dans la liste du Tahoera’a et, maintenant, il est dans la liste du Tavini. Donc, ça a pu aussi provoquer un certain désarroi dans l’électorat de voir que le même homme a pu être une fois au Tahoera’a, une fois au Tavini. Il a pu aussi représenter des listes d’extrême droite en métropole. Voilà, ce n’est évidemment pas très clair. Et puis, après, là-aussi, il y a un problème. C’est que Tematai Le Gayic était quand même le candidat du Tavini. Puis, pratiquement au dernier moment, c’est Tauhiti Nena. Là aussi, ça ne conforte pas la position de Tauhiti Nena ».
TNTV : Vous estimez qu’il n’y a pas de lien à faire entre ce scrutin et celui des Territoriales dans 2 ans. Mais, selon vous, le Tavini devrait quand même s’inquiéter des résultats de ce dimanche ?
Sémir Al Wardi : « Il n’y a pas que le Tavini, mais aussi les autonomistes. Là, on voit aussi que quand les autonomistes sont unis, ils gagnent. Et c’est la même chose pour le Tavini. Et c’est pour ça que je dis que, comme il y a deux branches au sein du Tavini, il faudrait voir l’évolution jusqu’aux Territoriales des différentes positions. Et c’est la même chose pour les autonomistes ».
TNTV : Vous attendez-vous à une scission au sein du parti bleu ? Antony Géros sera toujours à la tête de l’Assemblée…les tensions pourraient-elles être exacerbées ?
Sémir Al Wardi : « Il faut d’abord noter qu’Antony Géros est président de l’Assemblée de Polynésie. Selon la loi de 2011, il restera là jusqu’à la fin de son mandat, c’est certain. Mais vous comprenez qu’on voit bien qu’il y a parfois des litiges entre la présidence de l’Assemblée de Polynésie et la présidence de la Polynésie. Donc, ça va se jouer là-dessus. Si Antony Géros maintient ses positions un peu dures par rapport au gouvernement ou par rapport à l’action du gouvernement, c’est là où on peut voir apparaître des litiges, c’est certain ».
TNTV : A l’inverse, Moetai Brotherson a apporté son soutien à Tematai Le Gayic et même à Rémy Brillant à Papeete. Cela pourrait lui être reproché ? Il y a des tensions…
Sémir Al Wardi : « C’est pour cela que je dis que la branche modérée du Tavini qui est soutenue par Moetai Brotherson, a le vent en poupe ».
TNTV : Au niveau des autonomistes, Édouard Fritch a été élu dès le premier tour, comme Simplicio Lissant ou encore Tepuaraurii Teriitahi. Est-ce que ces résultats sont de bon augure pour leur camp ?
Sémir Al Wardi : « Les résultats sont favorables et on le voit d’ailleurs un peu partout à travers la Polynésie. Le Tapura sort assez conforté de ces élections, surtout avec beaucoup de maires élus dès le premier tour, que ce soit dans les Îles-du-Vent, les Îles-sous-le-Vent ou aux Marquises. C’est certain. Mais je maintiens qu’on est déconnecté des Territoriales parce que c’est un rapport direct avec la population. Et beaucoup de listes sont mélangées. C’est pour cela qu’on ne peut pas vraiment s’en faire une idée. S’il y a une élection qui nous aide à concevoir ce qui va se passer aux Territoriales, ce sont les élections législatives. Donc l’année prochaine, on verra qui va gagner les élections législatives. Cela va nous donner une idée justement de ce qui se passera aux Territoriales. N’oubliez pas qu’en 2012, le Tahoera’a avait remporté les Territoriales et en 2013, Gaston Flosse avait gagné haut la main. Donc l’indication est plutôt avec les élections législatives ».
TNTV : Au niveau du taux de participation, il a diminué. Est-ce inquiétant ?
Sémir Al Wardi : « En 2020, c’est 62, 52% et là, c’est 61, 94%. Hier, on nous a dit qu’il y avait un fort taux de participation, mais il était 17 heures. En réalité, quand on regarde la courbe, on voit qu’en 1989, 1995 et 2001, on est au-dessus de 71 %. Ce qui était, on va dire, l’élection où il y avait le plus de participation. Et puis, à partir de 2014, ça baisse. 67,7%, 62,52% et maintenant 61, 94%. Donc il y a une baisse de la participation. Alors quand il y a une baisse de la participation, en général, on dit que l’offre politique ne plaît pas à la population. Alors là, c’est possible. Quand on voit, par exemple, ce qui se passe dans les communes où il y aura un second tour, on voit qu’il y a une redistribution qui va se faire, évidemment. Il y a un report aussi des voix. Mais en réalité, il n’y a pas que ça. Il y a que la Polynésie est une démocratie qui n’est pas hors-sol, comme on a tendance à le dire. C’est une démocratie comme toutes les démocraties du monde. Et dans toutes les démocraties du monde, il y a un taux d’abstention de plus en plus fort à toutes les élections. Regardez les élections communales hier en métropole, c’était, je crois, 54 %. Donc en fait, plus on va dans les démocraties, plus l’abstention est forte à toutes les élections ».
TNTV : Mais la démocratie fonctionne en Polynésie..
Sémir Al Wardi : « Oui, sans problème. Évidemment ».



