Pour Moetai Brotherson, le départ de Tematai Le Gayic du Tavini était « prévisible »

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La démission du Tavini de Tematai Le Gayic annoncée lundi dans une lettre au leader du Tavini, n'a rien d'étonnant pour son principal soutien, Moetai Brotherson. « Ce n'est pas le premier. Je pense malheureusement que ce ne sera pas le dernier si le parti ne réagit pas » met en garde le président du Pays.

Le divorce est désormais acté entre Tematai Le Gayic et le Tavini. Dans une lettre diffusée sur les réseaux sociaux, l’élu de 25 ans annonce son départ, s’adressant directement au leader du parti bleu ciel, sur un ton apaisé et reconnaissant. « Vous avez été celui qui m’a permis de prendre conscience de notre potentiel en tant que peuple et de la nécessité de penser notre avenir comme une véritable nation ». Malgré les tensions, il affirme vouloir retenir « le respect, la reconnaissance et la gratitude », reléguant les désaccords au second plan.

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Un départ loin de surprendre Moetai Brotherson. Le président évoque une situation qui couvait depuis plusieurs mois. En cause : l’absence de soutien du parti à la candidature de Tematai Le Gayic à la mairie de Papeete, malgré les annonces initiales en sa faveur. « Je pense que c’était prévisible. Ça fait des mois que Tematai Le Gayic demande au parti de le soutenir dans son initiative de courir à la mairie de Papeete. Il n’a pas été soutenu. Il a tiré les leçons de ce qui se passe ».

Au-delà du jeune élu, Moetai Brotherson alerte sur une dynamique plus large. « C’est pas le premier. Je pense malheureusement que ce ne sera pas le dernier si le parti ne réagit pas. »  Il rappelle également que les demandes de clarification sur la ligne du Tavini ne datent pas d’hier. « Ça fait déjà 2 ans que cette clarification aurait dû avoir lieu, ça fait 2 ans en tout cas qu’on la réclame. Et quand je dis « nous », c’est un certain nombre de personnes au sein de l’Assemblée, et puis le gouvernement qui n’est pas en accord avec certaines lignes, certaines décisions du parti ».

Pas de doute pour le président, le départ de Tematai Le Gayic illustre une réponse politique aux désaccords de fond et notamment sur l’ambition du leader du parti, d’exploiter les ressources marines pour financer la souveraineté. « Tematai vient de donner un exemple de ce qu’on peut faire. Je pense qu’à un moment donné, on ne pourra pas continuer, finalement, de faire comme si rien ne se passait ».

Reste la question des conséquences. Si, à court terme, la majorité à l’Assemblée de la Polynésie française n’est pas fragilisée, ce départ peut-il en entraîner d’autres et amorcer une recomposition politique ? Pour le politologue Sémir Al Wardi, l’histoire politique du fenua montre le contraire. « Jusqu’à présent, lorsqu’une personne quitte un grand mouvement politique, avec ses tomite, etc., cette machine de guerre, en général, il ne s’en remet pas. On l’a vu avec Bruno Sandras, on l’a vu avec Tauhiti Nena quand il a quitté le Tavini la première fois ».

Si certains candidats sans étiquette rouge ou bleue ciel ont fait une percée lors de ces municipales et décroché des communes à l’instar de Rémy Brillant à Papeete, de Mike Teissier à Papara ou de Willy Chung Sao à Taiarapu Est, le pari de faire cavalier seul est risqué pour les prochaines échéances. Selon le politologue, l’histoire a aussi montré que les scissions qui marchent, sont celles qui se font tout en haut du parti. À l’instar de celle chez les autonomistes en 2014, avec le départ d’Edouard Fritch du Tahoera’a pour créer le Tapura.

« Si jamais ça devait se faire, ça devrait se faire au sommet, c’est-à-dire Oscar Temaru d’un côté, Moetai Brotherson de l’autre, ce qui n’est pas le cas, d’autant plus que Moetai Brotherson a annoncé qu’il n’allait pas quitter le Tavini » rappelle le politologue. « Et donc ça reste un risque, justement, de voir des individualités se retrouver comme ça dans le jeu politique ».

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