Oscar Temaru : « Moetai Brotherson n’a pas envie de froisser ses relations avec l’Etat »

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Le président du Tavini Huiraatira était l’invité du journal de TNTV, ce dimanche, au lendemain de la réunion qui a acté la fracture au sein du parti indépendantiste. Pour Oscar Temaru, le « problème » de Moteai Brotherson est lié au fait qu’il « a tissé des liens très forts avec M. Macron » et qu’il « n’a pas envie de froisser ses relations avec l’Etat ». Mais il assure que le chef de l’exécutif restera en poste « jusqu’à la fin de sa mandature ». « Nous l'avons toujours soutenu, il y a eu des moments de tension, mais non, c'est lui notre président », dit-il. Interview.

TNTV : Samedi, lors d’une réunion à Faa’a, Moetai Brotherson a acté une cassure au sein du Tavini et a annoncé la création d’un deuxième groupe indépendantiste à l’Assemblée à partir du 9 avril. Il s’est également dit prêt à démissionner si le parti ne soutient plus son gouvernement. Il a évoqué des désaccords profonds en interne sur de nombreux sujets et a dit qu’il ne changera pas d’avis. Faites-vous le même constat ?

Oscar Temaru : « Il y a de petites divergences. Je suis venu ce soir pour informer notre population, la jeunesse de notre pays, ceux qui s’intéressent à la politique, de l’importance d’un pays qui devient souverain. Quand il a démarré son mandat, il y a trois ans de ça, il est allé à Singapour. Singapour était un pays pauvre, très pauvre. Ils sont devenus indépendants en 1965, août 1965. Aujourd’hui, c’est un des pays les plus développés, les mieux développés dans le monde. Et l’ancien Premier ministre, M. Lee Kuan Yew, a bien géré son pays également de 1965 à 1990. Et je me suis dit, ça va être un bel exemple (…) Moi, je pense que le problème de notre président, M. Moetai Brotherson…on n’a pas de problème entre nous. On s’aime bien et voilà, nous avons des relations très proches. Et ensuite, il a tissé des liens très forts avec M. Macron, le gouvernement français. Je pense que dans le fond, il ne le dit pas. Il n’a pas envie de froisser ses relations qu’il a avec l’État. Parce que l’État ne veut pas entendre parler de l’accession de notre pays à sa souveraineté. Et pourtant, c’est un droit qui nous est reconnu par l’Organisation des Nations Unies depuis 2013. Donc ça va faire 13 ans. On nous reconnaît ce droit de souveraineté et le droit de propriété sur toutes les ressources de ce pays. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que demain, nous devenons un État souverain, nous allons devenir propriétaires de ce pays. Vous savez, il y a cet adage anglais-américain qui dit ‘Who has the gold makes the laws’. Ça veut dire que celui qui est propriétaire de l’or, c’est lui qui fait les lois. On veut être propriétaire de ce pays pour pouvoir mettre en place les lois qu’il faut pour développer normalement notre pays ». 

TNTV : Justement, l’exploitation des fonds marins est un point de désaccord majeur entre vous et le président Pays. Comment le surmonter ? 

Oscar Temaru : « Depuis 1986, lors de mon premier discours, 86 ans, il y a 40 ans de ça, à l’Assemblée territoriale, j’ai envoyé un caillou pour leur dire : ‘Ça, ça se trouve sous nos pieds, dans notre océan’. Personne n’y croyait, personne n’y croyait. Tout le monde disait : ‘mais il est fou ce gars, de quoi il parle ?’ Aujourd’hui, on en parle dans le monde entier. M. Donald Trump veut aller acheter le Groenland parce qu’au Groenland, il y a les terres rares. Il y a des terres rares sous nos pieds. Nous, nous disons, nous voulons exploiter. Mais il faut explorer d’abord et prendre les précautions qu’il faut pour ne pas que notre pays soit pollué. Vous savez, quand il y a eu les essais nucléaires français chez nous, je peux dire que nous sommes les seuls. Nous sommes levés pour aller contre ça et aller jusqu’à Mururoa et aller se faire emprisonner à Mururoa pour dire non aux essais nucléaires français. Nous ne sommes pas pour la pollution de notre pays. J’ai parlé de ça aussi avec l’actuel président de la Chine, parce qu’on les taxe aussi de polluer l’environnement avec l’exploitation de ces ressources. C’est l’an 2000, que la Chine exploite ces ressources-là dans notre océan Pacifique. Donc ça fait 26 ans. Je ne vois pas de pollution. Et pourquoi ne pas exploiter ? Et surtout, quand on nous dit que ça pourrait rapporter au pays 10 à 15 milliards de dollars au kilomètre carré. Vous vous rendez compte ? 1500 milliards au kilomètre carré. Il n’y aura plus de taxes dans ce pays. On sera un pays riche, prospère. C’est ce que nous voulons pour la jeunesse, pour l’avenir de notre pays. Nous voulons que cette jeunesse de notre pays puisse être… Moi, je dis que ce pays devient un État souverain. Ça mettra 5 ans pour avoir les cadres qu’il faut pour gérer notre pays dans l’avenir ». 

TNTV : Revenons sur la réunion de samedi. Les dissensions entre le gouvernement et certains élus du Tavini de l’Assemblée s’accentuent depuis 2 ans, à tel point que le président a annoncé hier qu’il y aura 2 groupes indépendantistes à l’Assemblée dès le 9 avril prochain, à l’ouverture de la session administrative. Est-ce que vous déplorez cette situation ? 

Oscar Temaru : « Dans la constitution de ce futur État souverain, il faudra prévoir que ceux qui veulent démissionner du parti avec lequel il est rentré au Parlement, parce qu’à ce moment-là, on parlera de Parlement, on va élire des députés et des sénateurs, il faudra qu’ils quittent aussi le tablier, sinon ça serait malhonnête vis-à-vis des électeurs qui l’ont élu ». 

TNTV : Vous attendiez-vous que Moetai Brotherson annonce aussi clairement les choses ? 

Oscar Temaru : « Oh, ce n’est pas définitif. Nous nous sommes vus avant, on en a parlé, il y a des divergences d’opinions. Moi, je pense qu’il faut que les élus de ce pays, ceux qui s’intéressent à la politique, nos adversaires politiques, mettent en avant notre pays d’abord, et l’importance de notre pays, état souverain ». 

TNTV : Interrogé par nos confrères de Radio Tefana, Antony Géros a dit ne pas avoir prêté attention aux propos de Moetai Brotherson et il demande au gouvernement de se réaligner sur les fondamentaux du parti. Une réconciliation des deux courants du Tavini est-elle possible aujourd’hui ? 

Oscar Temaru : « Oh, c’est possible, il faut que les hommes se parlent. Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas ». 

TNTV : Considérez-vous que Moetai Brotherson est la bonne personne à la bonne place, malgré les désaccords ? 

Oscar Temaru : « Nous l’avons toujours soutenu, il y a eu des moments de tension, mais non, c’est lui notre président, il restera notre président jusqu’à la fin de sa mandature ». 

TNTV : Certains militants ne savent plus où donner de la tête, que leur dire aujourd’hui ?

Oscar Temaru : « Nous nous réunissons mardi matin pour préparer le travail de terrain que nous allons faire, pour informer notre population sur tout ce que je viens de vous dire : l’importance de notre pays, État souverain, parce que vous savez, il y a aussi cet adage qui dit « Les riches deviendront plus riches et les pauvres seront plus pauvres ». Actuellement, qui maîtrise la monnaie ? C’est une compétence de l’État, c’est une compétence régalienne. Nous voulons avoir cette compétence pour faire travailler l’argent pour notre peuple. Actuellement, nous travaillons pour l’argent. Les pauvres travaillent pour l’argent. Les riches, c’est l’argent qui travaille pour eux. On veut renverser ça ». 

TNTV : Vous avez été réélu sans problème à Faa’a aux Municipales. Mais ce scrutin a été synonyme de défaite pour le Tavini. Considérez-vous qu’il y ait eu des erreurs tactiques ?

Oscar Temaru : « Je dis simplement, d’abord, merci à la population de Faa’a. Si les populations des autres communes étaient aussi intelligentes que la population de Faa’a, on aurait des maires indépendantistes partout. Il y a eu des incompréhensions, je dirais, puisque dès le départ, j’ai voulu faire des listes d’unions, à commencer par Pirae, Papeete, partout, pour gagner. Aller aux élections, pour aller aux élections. Non, je ne suis pas pour ça. Je voulais qu’on arrive pour gagner. Mais on ne m’a pas suivi, c’est tout. C’est la principale raison de notre échec ». 

TNTV : Tematai Le Gayic a fait un bien meilleur score que Tauhiti Nena à Papeete. Aujourd’hui, il a démissionné du parti, alors qu’il incarnait une relève très prometteuse. Est-ce que vous le regrettez ? 

Oscar Temaru : « Je n’ai pas accepté sa démission. Il a démissionné, oui, mais je n’ai pas accepté sa démission. Je lui ai dit qu’on a besoin de tout le monde, qu’il y a encore du chemin à faire, qu’il faut continuer ».

TNTV : Cela veut-il dire que le Tavini a du mal à faire cohabiter ses figures historiques et sa nouvelle génération ? 

Oscar Temaru : « Non, ce sont nos ennemis qui font ça, qui essaient de créer des problèmes au sein du Tavini Huiraatira, qui souhaiteraient que ce gouvernement tombe. Voilà, on a des ennemis partout, même les médias, également, contre nous, et tout le système. Il faut dire également, j’aimerais rappeler ça, qu’il n’y a pas de démocratie dans un pays sous tutelle, que nous avons beaucoup de mérite. C’est un combat de David contre Goliath depuis des années. Quand on sait que l’État, chaque élection, à chaque fin d’année, nous dit :  ‘Voilà, la France a donné 200 milliards’, ça achète les consciences. L’État maîtrise la police, l’État maîtrise les médias. Faut pas me dire non. Voilà, tout ça, c’est entre les mains de l’État. Et nous, qu’est-ce que nous avons ? Rien. C’est le combat de David contre Goliath, mais David finira par gagner ».

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