Odette Homai : « Si on me traite de Judas Iscariot, oui, pour le bien de la population »

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La vice-présidente de A Fano Ti’a, Odette Homai, était l’invitée du journal de TNTV, ce mercredi soir, pour revenir sur la création de ce nouveau groupe à l’Assemblée réunissant 15 représentants démissionnaires du Tavini. Un départ lié à la radicalisation du discours sur la « démarche de l'accession » à l’indépendance porté selon elle par la branche historique du parti alors que « la population attendait autre chose ». L’élue assure avoir le soutien de sa base aux Tuamotu mais admet que de nombreux militants « ne comprennent pas » ce choix. « Si on me traite de Judas Iscariot, oui, pour le bien de la population », dit-elle. Interview.

TNTV : Vous faisiez partie des figures de la nouvelle génération du Tavini Huiraatira, mais vous êtes aussi la première à avoir démissionner du groupe majoritaire à l’Assemblée. Lorsque d’autres ont décidé d’attendre, vous avez pris la porte de sortie. Vous attendiez-vous à ces événements ? 

Odette Homai : « Oui, je m’attendais à cette finalité. Je ne dis pas que j’ai devancé tout le monde, mais j’ai pris mes responsabilités parce que j’allais entrer en campagne pour les municipales. Donc se décharger d’un poids était nécessaire pour pouvoir battre campagne aux municipales ». 

 

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TNTV : Être Tavini posait un problème pour la campagne ?

Odette Homai : « Non, parce que j’avais un objectif très clair, donc c’était les Municipales. Donc, me décharger de ce poids-là qu’il y avait entre toute cette dissension dans le groupe, c’était nécessaire pour partir sereine aux municipales »

TNTV : On vous accusé d’être des vendus. Tematai Le Gayic en a touché un mot ce mercredi. Que répondez-vous à ces accusations ? 

Odette Homai : « Sur les réseaux sociaux, j’en ai vu même des ‘Judas Iscariot’, mais Judas Iscariot a porté le poids du jugement. Si on voit la mission qu’il a portée, c’était que Jésus puisse réaliser sa mission, sauver l’humanité. Oui, si on me traite de Judas Iscariot, oui, pour le bien de la population. Parce qu’il y a des projets quand même qu’on a portés au sein de cet hémicycle, au sein de l’Assemblée, afin qu’ils puissent être défendus pour la population de nos archipels ».

TNTV : Etes-vous satisfaite de ces projets portés avec le Tavini Huiraatia ? 

Odette Homai : « Oui, parce qu’il y a des avancées comme sur l’eau. Depuis le début de la mandature, on travaille dessus. Et aujourd’hui, je vois quand même une porte s’ouvrir ».

TNTV : Dans votre programme en 2023, vous vous étiez engagés à démissionner si jamais vous changiez de parti. Que pensez-vous de cet engagement aujourd’hui ? 

Odette Homai : « Quand que j’ai candidaté pour les élections territoriales, je me suis donnée corps et âme, j’ai investi, j’ai battu campagne, j’ai été sur l’océan, j’ai navigué dans toutes les îles de ma circonscription. Ce n’était pas facile. Donc, j’ai quand même travaillé pour être élue aujourd’hui ». 

TNTV : Mais vous n’honorez pas cet engagement pris dans le programme de 2023, on est d’accord ? 

Odette Homai : « Oui, on est d’accord ». 

TNTV : On a entendu le président de votre groupe, Tematai Le Gayic.  Vous-vous positionnez contre la radicalisation des débats sur l’avenir institutionnel de la Polynésie, notamment. Oui, à la pleine souveraineté du pays, mais de manière préparée. C’est cela ?

Odette Homai : « Exactement. Lorsqu’on a battu campagne, on entend des familles, on entend des personnes, on entend la population crier au secours par rapport aux problèmes quotidiens qu’ils ont : l’accès à l’eau, à la nourriture, à l’emploi. Donc, ça, c’était une priorité pour nous. Et le fait d’avoir radicalisé le combat indépendantiste sur la démarche à l’accession à -l’indépendance, Ndlr-, c’était très difficile parce que la population attendait autre chose ». 

TNTV : Vous parlez des difficultés du quotidien rencontrées par la population. Pourquoi n’avez-vous pas insisté pour vous faire entendre davantage au sein du Tavini Huiraatira ? 

Odette Homai : « Si, on fait passer quand même en commissions, c’était très difficile. On fait passer quand même en commissions des amendements pour améliorer des projets de textes. On fait passer des projets, beaucoup de choses ».

TNTV : Les militants du Tavini comprennent-ils votre démarche selon vous ? 

Odette Homai : « Il y a des militants qui ne comprennent pas, mais ma base qui est au Tuamotu comprend cette démarche ». 

TNTV : Aujourd’hui, il est question d’un groupe, demain d’un parti. Quelles vont être les grandes lignes, les grandes orientations de cette formation ? Va-t-on retrouver des éléments du programme du Tavini de 2023 qui finalement n’ont pas été suffisamment suivis selon vous ? 

Odette Homai : « Je ne vais pas m’avancer sur la création de ce parti politique. Juste pour les deux ans qui nous restent, avec le groupe A Fano Ti’a, c’est vraiment de réaliser au maximum les promesses qui ont été données dans le programme du Tavini en 2023 ». 

TNTV : Il y a des rumeurs de tractations entre le Tavini et le Tapura. Pensez-vous que le Tavini Huiraatira soit en mesure de renverser le gouvernement de Moetai Brotherson ? 

Odette Homai : « On verra demain. Je ne peux pas répondre à leur place, mais on verra demain ». 

TNTV : Il sera aussi question de l’élection des représentants au sein des commissions. Vous vous êtes engagés à refuser toute présidence. Pourquoi ? 

Odette Homai : « Parce que ce n’est pas notre démarche de vouloir, comme on l’a entendu par exemple, au JT le président Oscar ou encore le président de l’Assemblée, dire que les ambitions qui nous ont poussés à quitter le Tavini Huiraatira, c’était justement les tractations pour les présidents de commissions. L’objectif de A Fano Ti’a, ce n’est pas du tout les tractations pour les commissions ».

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