Nicole Sanquer : « Est-ce que Moetai Brotherson applique réellement le programme du Tavini de 2023 ? »

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Invitée du journal de TNTV, Nicole Sanquer est revenue sur les prises de parole de Moetai Brotherson et d’Antony Géros à l’Assemblée de la Polynésie française, jeudi. Elle dénonce un discours « poétique » sans traduction concrète, s’interroge sur l’absence de réformes marquantes et alerte sur une gouvernance fragilisée dans un contexte politique de plus en plus tendu.

TNTV : On s’attendait à un bilan de l’action du gouvernement, à un programme d’action, à une feuille de route, dans le concret en tout cas, dans le discours du président Moetai Brotherson. Qu’avez-vous pensé de ce discours ?
Nicole Sanquer, députée à l’Assemblée nationale, présidente du A here Ia Porinetia et représentante non-inscrite à l’Assemblée de la Polynésie française : “Nous attendions un vrai discours d’ouverture de session. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il est venu nous présenter un nouveau cap, un nouveau projet pour la Polynésie française. Je dirais même que c’était un discours poétique, philosophique, avec encore une fois aucun plan d’action rattaché.”

Et le discours du président de l’Assemblée, qu’en avez-vous pensé ?
“Cétait un discours construit, même, je dirais, qui fait le bilan des travaux de l’Assemblée, parce que l’Assemblée a quand même travaillé avec l’organisation de colloques. Et quand on regarde l’intitulé de ces colloques, la chèreté de la vie, le foncier, la politique énergétique… et si on regarde le programme du Tavini Huiratira de 2023, ça correspond exactement aux priorités du Tavini Huiraatira. Et ce que nous avons apprécié, c’est cet appel au calme à la fin du discours pour dire qu’il fallait qu’on travaille ensemble pour essayer de trouver des solutions face à la crise mondiale.”

 

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Justement, on écoute rapidement le président de l’Assemblée, Antony Geros, qui fait une piqûre de rappel sur l’engagement pris par les élus du Tavini Huiratira en 2023. Pensez-vous, vous aussi, que Moetai Brotherson devrait démissionner aujourd’hui ?
“Non. Moi, ce que je constate, c’est que durant les trois années, malgré leurs divergences sur le sujet des fonds marins, sur le sujet du processus d’autodétermination… on peut dire que Moetai Brotherson a bénéficié d’un soutien unanime de la majorité Tavini. Ils ont toujours mis de côté leurs divergences. Nous, on pouvait les voir au niveau de la commission. Moetai Brotherson ne peut pas dire aujourd’hui qu’il n’avait pas le soutien du Tavini.”

Mais est-ce qu’il devrait démissionner aujourd’hui, selon vous ?
« Je ne vais pas répondre pour lui. »

Dans le camp autonomiste du Tapura, on s’inquiète de grosses perturbations dans l’action gouvernementale. Tepuaraurii Teriitahi s’inquiète notamment pour la stabilité du pays. Est-ce que vous partagez cet avis ?
« C’est vrai que si on regarde le programme de 2023, on s’attendait à plusieurs réformes. Et on ne les a pas vues durant ces trois années. Et il avait pourtant une majorité stable. Aujourd’hui, pour les deux années qui arrivent, sans majorité à l’Assemblée, ça sera difficile de faire passer des textes. Et ça sera même une obligation pour lui de consulter tous les groupes, tous les élus pour pouvoir trouver une majorité. »

D’autant que cette actualité politicienne intervient dans un contexte économique tendu, à l’international, qui devrait aussi impacter franchement la Polynésie à un moment. Au début du journal, on entendait Antony Géros reconnaître que la cohabitation avec Moetai Brotherson était déjà vouée à l’échec. Est-ce que finalement, c’était le bon moment pour imploser ?
« En fait, cette scission arrive après la défaite aux élections municipales. C’est surtout un problème politique. Nous, ce que nous constatons, c’est que depuis 2023, le Tavini n’a pas eu de bons résultats, ni pour la députation, ni pour les communales. Certains accusent les choix du Tavini, du parti, dans les investitures. Mais il y a aussi le mécontentement de la population par rapport à l’action gouvernementale. Donc aujourd’hui, cette scission, c’est un problème politique. Et c’est surtout le bon timing pour se préparer pour 2028, pour un nouveau parti. »

Le nouveau groupe A Fano Ti’a est porté par le président du Pays. Et pourtant, il disait hier que les actions du Tavini paraissaient trop éloignées du programme défendu en 2023, pas assez axées sur les enjeux du quotidien des Polynésiens. Pour vous, l’action gouvernementale est-elle assez axée sur les enjeux des Polynésiens, aujourd’hui ?
« Aujourd’hui, on peut faire le constat qu’il y a quand même un mécontentement aussi bien de la population, aussi bien des chefs d’entreprise… Il y a une cassure. Il n’y a plus de concertation, de consultation. On a cette fameuse réforme du RNS. On le voit chaque jour. Tout le monde panique, ne comprend rien. Et on voit bien qu’elle ne correspond pas du tout. Alors j’ai cherché dans le programme 2023 du Tavini Huiraatira. Je n’ai pas du tout vu cette réforme du RNS. Donc je me pose la question aujourd’hui : est-ce que Moetai Brotherson applique réellement le programme du Tavini Huiraatira de 2023 ? »

Vous allez attaquer cette réforme ?
« Alors, nous n’avons pas déposé… Par contre, nous avons soutenu, nous avons aidé techniquement, un collectif de patentés et d’entrepreneurs sur un recours qui a été déposé mardi devant le tribunal administratif où nous attaquons les arrêtés d’application qui ne correspondent pas à la loi que nous avons débattue à l’Assemblée au mois d’août dernier. »

On parle là des sujets qui fâchent, mais il y a quand même eu des réformes qui ont été positives, on va dire. La gratuité des cantines, la réforme sur la TDL… des choses qui ont été appréciées par le grand public tout de même.
« Oui, tout à fait. Alors, si vous regardez bien le programme du Tavini Huiraatira, ce sont plutôt des mesures sociales qui sont apportées par le gouvernement au bout de trois ans quand même pour améliorer le pouvoir d’achat. Mais si nous regardons les réformes fiscales, même la réforme de la TDL, aujourd’hui, il faut voir son application. »

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