TNTV : Votre liste a donc remporté le second tour des municipales à Papeete au lendemain de ce deuxième tour. Votre ressenti ce soir ?
Rémy Brillant, vainqueur au 2nd tour des municipales : « Écoutez, je suis très honoré en tout cas que les suffrages se sont portés sur Papeete Na Mua Roa. Mais ça nous oblige aussi, c’est la responsabilité. Il faut rapidement qu’on se mette au travail. On est déjà en train de réfléchir à un certain nombre de choses. On va avoir l’installation samedi. C’est un grand moment. On a envie de réunir les forces vives pour pouvoir avoir un discours un peu fondateur pour cette nouvelle forme de gouvernance, on va dire. »
TNTV : Et vous l’emportez donc face à plusieurs candidats sérieux, dont une nouvelle génération très visible pendant cette campagne. Je pense à Tematai Le Gayic qui a fait une belle progression entre le premier et le deuxième tour. Qu’est-ce qui a fait la différence selon vous ?
Rémy Brillant, vainqueur au 2nd tour des municipales : « Je pense que j’ai quand même le soutien de Tavana, Michel Buillard, maire sortant, qui a fait 5 mandats. Je pense que ça m’a bien aidé, en tout cas dans les quartiers. Il y a beaucoup de gens qui reconnaissent Tavana comme un bâtisseur qui a beaucoup travaillé. Il rend la commune en bon état, notamment financièrement. Il n’y a plus de dettes. Il y a de la trésorerie. On a fait l’assainissement des eaux usées. Papeete peut se reconstruire sur elle-même. Donc tout ça, j’en ai parlé avec aussi une idée de se rapprocher beaucoup plus des quartiers aujourd’hui. C’est vrai qu’on se retournait vers la mer. Mais maintenant, on va regarder un peu côté montagne. Il y a plein de choses à faire. On va mettre en place des conseils de quartier. Donc on a expliqué tout ça. Je pense qu’on a été suffisamment convaincants. Et puis je pense qu’on inspire confiance. Moi, j’ai fait 38 ans de service. Et tout ça, ça compte aussi. C’est ce que j’emmène dans mon panier. »
Et vous l’avez dit, vous succédez donc à une figure installée depuis longtemps à la tête de la ville, Michel Buillard. Ce dernier n’a pas manqué de s’illustrer au premier tour avec cette phrase à l’encontre de Heremoana Maamaatuaiahutapu, je le cite, « Tu la fermes, c’est moi le patron ». Ici, on l’a même entendu blaguer à ce propos au début de ce journal. Est-ce que cela vous a inquiété pour le second tour ? Comment est-ce que vous avez réagi ?
« Non, pas du tout. Ça ne m’a pas inquiété. C’est vrai qu’il y en a qui ont voulu utiliser ça et faire le buzz. »
Ça a choqué quand même beaucoup d’électeurs sur les réseaux sociaux, notamment…
« Oui, certainement. Enfin, il s’en est excusé. Il s’en est excusé à la fin de journée. Il avait dit qu’il avait tort, que c’était sa faute. Donc voilà, moi, je l’excuse aussi. C’est des moments de tension. Une campagne aussi, c’est dur. Il y a aussi eu des mots durs de part et d’autre. Notamment, il a été beaucoup critiqué sur son bilan. Donc une réaction, on va dire, qui n’était peut-être pas à propos, mais qu’on peut comprendre. Il s’en est excusé. Moi, je m’arrête là. Et maintenant, on s’en amuse. »
Votre responsabilité, vous l’avez dit tout à l’heure, c’est aujourd’hui d’incarner une autre façon de gouverner, plus apaisée, plus à l’écoute, finalement. Vous n’êtes pas un homme politique de carrière, vous l’avez dit tout à l’heure. C’est même un élément central de votre image. Très concrètement, comment on passe de candidat outsider à un maire opérationnel ?
« Moi, je pense qu’il va falloir faire un reset, quelque part. Puisque j’ai été pendant de longues années directeur général des services, donc dans l’exécution, ce n’est pas moi qui ai décidé. Il va falloir s’y faire. Je pense quand même que j’ai beaucoup participé à la construction ces dernières années de Papeete. Je suis un peu dans ce sillage-là. Donc je ne pense pas que je vais avoir de difficultés.
C’est peut-être les premiers temps où il va falloir que je pose mes marques. »
Vous allez apprendre en exerçant le pouvoir, finalement ?
« Certainement, il va falloir que je pose mes marques. Et moi, je n’ai aucun souci par rapport à ça, en tout cas. »
Les habitants attendent des résultats rapides. Quelles seront vos toutes premières décisions une fois votre installation ?
« Il faut que la ville fonctionne. En fait, c’est ce que demande la population. Ils ne demandent pas des miracles. Il faut que ça fonctionne tous les jours. Il faut plus d’éclairage, des équipes qui interviennent plus rapidement, un effort sur la propreté. On a beaucoup entendu des critiques à ce niveau-là.
Moi, je vais mettre en place des conseillers de quartier pour créer du dialogue. Je veux renforcer les moyens de la police municipale pour qu’il y ait une plus grande présence sur le terrain, la vidéosurveillance… Je vais mettre en place une brigade anti-nuisances. »
C’est un gros chantier qui vous attend…
« C’est un gros chantier, donc il y a des urgences. Mais les urgences, il y a des priorités dans les urgences. Papeete, c’est la capitale, il y a beaucoup de choses à faire. C’est pour ça que je veux me consacrer entièrement. »
Alors, Tauhiti Nena est arrivé quatrième à Papeete. Il estime que la médiatisation de la garde à vue de son colistier pour importation d’ice, révélée avant le scrutin, a pesé sur son résultat. Comment est-ce que vous, vous réagissez ce soir ?
« Je ne suis pas certain, il était déjà quatrième. Je pense qu’il y a eu un deuxième tour où les candidats se sont… »
Il y a eu moins de voix au deuxième tour qu’au premier tour, tout de même.
« Certainement, je pense qu’il y a peut-être eu un report des voix sur Tematai Le Gayic, qui a effectivement bien progressé. Peut-être des erreurs dans la communication. Autre chose que, effectivement, cette publication-là. Bon, ça n’a pas dû lui servir non plus. Mais voilà, je n’ai pas trop d’avis, je ne sais pas trop quoi penser. »
Il envisage de déposer des recours sur ce scrutin au bout du deuxième tour. Vous comprenez cette volonté ?
« Pas trop, parce que ça n’a pas changé les résultats, en tout cas. »
Vous faites partie de ces candidats sans étiquette face à un candidat Tapura et un candidat Tavini. Edouard Fritch s’est félicité que Papeete ne tombe pas aux mains des indépendantistes. Êtes-vous un autonomiste affirmé ?
« Non… Je pense que l’indépendance, ça se prépare. En tout cas, ce n’est pas ma réflexion aujourd’hui. Moi, j’ai vraiment envie de donner mon temps pour Papeete. Je ne suis pas non plus dans le calcul politique. Je n’ai pas l’intention de me présenter à d’autres élections. Moi, j’ai fait le tour de la question. »
Vous ne comptez pas vous rapprocher du Tapura ? Vous comptez rester sans étiquette ?
« En tout cas, c’est ce que j’ai dit. C’est ce que je ferai. Moi, je suis là pour Papeete. D’ailleurs, c’est comme ça que j’ai appelé mon mouvement : Papeete d’abord. Ça veut bien dire ce que ça veut dire. »
Et même si vous êtes nouveau en politique, vous savez que vos milliers de voix attirent les convoitises. Est-ce que vous pourriez être un candidat aux sénatoriales ou aux territoriales ?
« Non, non, absolument pas. Je vais être tavana à 100%. »



