Tahiti Nui Télévision : Un mot sur la disparition de Léon Teffau à New York. Quel hommage souhaitez-vous lui rendre ce soir ?
Nicole Sanquer, députée de la Polynésie française : « Au nom de A Here ia Porinetia et en mon nom personnel, nous souhaitons adresser à son fils, Oriano et son épouse, sa famille, ses amis, ses proches, et surtout à la famille Tavini Huiraatira, nos condoléances les plus sincères. »
TNTV : Alors Nicole Sanquer, sur l’ONU, l’Assemblée a adopté à 53 voix une résolution pour réclamer notamment une mission d’information. A Here ia Porinetia s’est abstenue, pourquoi ?
Nicole Sanquer : « Alors nous nous sommes abstenus parce que dans cette résolution, il n’y a pas que la venue de cette mission. Sur les autres articles, on parle d’introduire l’ONU dans tout ce qui est information, tout ce qui est processus finalement, groupe de travail, alors que dans notre vision, nous n’avons pas besoin de l’ONU pour ouvrir un dialogue. Le seul interlocuteur qu’on a, c’est l’État français. D’ailleurs, c’est bien spécifié dans la résolution qu’aucune mission ne pourra venir si l’État français ne le permet pas.
Et deuxièmement, nous souhaitons aussi avant tout interroger la population. Et je pense que c’est ce courage politique que le président Brotherson devrait avoir parce que vous savez bien que les élections de 2023, ce n’était pas un combat entre autonomistes et indépendantistes. Alors la population devrait être consultée sur la question d’ouverture de ce dialogue. Et si la population est d’accord, nous nous rendrons tous ensemble à Paris pour en discuter. »
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TNTV : Alors Fritch s’inquiète de la division des autonomistes en perspective des Territoriales. Il a raison de s’inquiéter ?
Nicole Sanquer : « En fait, M. Fritch change de discours à chaque élection. Si vous regardez bien, aux législatives, il a plaidé pour un rassemblement des autonomistes. Au sénatorialles, il a dit que finalement, ce rassemblement n’était plus nécessaire. Et maintenant, il change encore de discours. Alors pour nous, A Here Ia Porinetia, c’est très clair, nous nous préparons pour les législatives et nous présenterons trois candidats. Nous nous préparons aussi pour 2028, parce qu’avant de se rassembler, il faut construire un projet pour les Polynésiens. »
TNTV : On vient d’entendre le ministre de la Justice Gérald Darmanin. Est-ce que cette déclaration vous satisfait ?
Nicole Sanquer : « Oui, tout à fait. En plus, elle correspond à l’amendement que j’ai déposé. Parce que vous savez, cette loi intégrale que nous examinons à l’Assemblée nationale, elle est très importante aussi bien pour la Polynésie. Cette loi intégrale pour les violences faites aux femmes et aux enfants, en fin de compte, elle va définir le plan pluriannuel de la justice. Alors, c’est une loi générale et à travers les amendements que j’ai déposés, je voudrais qu’on traite la Polynésie comme un cas spécifique. Vous savez, l’éclatement de notre territoire et l’accès à la justice n’est pas toujours évident. Et là, je suis contente qu’il en parle, puisqu’il a validé mon amendement qui demandait à ce que les audiences foraines soient renforcées, qu’il y ait des permanences judiciaires itinérantes, voire même le développement d’outils pour des visioconférences pour éviter que les victimes se déplacent sur Tahiti, comme il l’a bien spécifié. Mais dans cette loi intégrale, il y a beaucoup d’articles qui vont toucher les familles polynésiennes et notamment la grande avancée, c’est le parent protecteur qui sera reconnu et non plus sanctionné en cas de non-présentation de l’enfant. Et ça, c’est très important pour le parent qui veut protéger son enfant contre un agresseur qui, parfois, est issu de la famille. »
TNTV : Est-ce que vous avez d’autres amendements en projet ?
Nicole Sanquer : « Oui, en effet, j’ai déposé une vingtaine d’amendements. Justement, j’ai eu la chance de participer à deux commissions d’enquête. Une première commission d’enquête sur le dysfonctionnement de la justice en Outre-mer et la deuxième sur les victimes d’inceste. Et on a pu auditionner l’Apaj, comme le tribunal, et je me suis inspirée de ces auditions pour demander finalement plus de moyens à la justice. Mais bon, à l’Assemblée, on est souvent censurés par l’article 40, c’est pourquoi j’ai remis ces amendements-là aussi au garde des Sceaux lors de sa visite.«
TNTV Alors, le ministre nous a confirmé que la Polynésie est éligible au fond de la Midelca, mais qu’aucun dossier n’a encore été déposé par la Polynésie. Ça vous étonne ?
Nicole Sanquer : « Alors, il faut savoir que ça fait deux ans que je travaille sur ce dossier. En fin de compte, on est devenu, il l’a confirmé, éligible à l’Agrasc. L’Agrasc, c’est ce qui rassemble toutes les saisies et confiscations dans la lutte du narcotrafique. Et c’est vrai que nous n’étions pas éligibles. Là, il l’a confirmé, et aujourd’hui, que le gouvernement n’est pas encore présenté, je crois que le gouvernement a quelques difficultés, parce que nous avons un fonds local aussi, le fonds de prévention et de lutte contre les addictions. Il y a un reliquat de 800 millions, donc on est très en retard sur cette politique de prévention. Et je pense que la Midelca, elle pourra aider les associations, les communes et le pays à pouvoir réaliser plus de terrain contre cela. Mais moi, quand j’ai voulu que la Polynésie soit éligible, c’est surtout parce qu’on parle souvent de la prévention, mais je voudrais aussi qu’on attache une priorité au traitement des addictions, parce qu’en Polynésie, il manque vraiment un centre de désintoxication. Et l’État pourrait nous aider à ce niveau-là grâce à la Midelca. »
TNTV : En 2025, l’argent des saisies liées au trafic de drogue atteint 360 millions de Fcfp. À qui doivent profiter ces moyens en priorité ?
Nicole Sanquer : « Grâce à l’annonce, déjà cet argent ne va plus remonter à l’Agrasc. On pourra, comme le ministre l’a dit, le garder ici pour pouvoir financer des actions, des projets. Mais il a aussi dit dans son intervention que les biens confisqués pourront aussi être rétrocédés dans le cadre de politiques publiques de lutte contre les addictions. Elles pourront être rétrocédées à des communes ou bien au pays et ne pas forcément être mises aux enchères. Et ce soutien financier est très, très important parce qu’on sait le nombre de consommateurs. C’est vrai qu’on a accéléré sur les saisies, sur le démantèlement des réseaux, mais à mon sens, il reste toute la partie réparation, c’est-à-dire traiter les addictions. »



