Une prise de parole attendue dans un contexte tendu. Ce jeudi matin, lors de la première séance de la session administrative, et en présence de nombreux militants du Tavini dans le hall de l’Assemblée, son président Antony Géros a choisi d’aborder frontalement les tensions internes qui agitent la majorité.
Dans son discours d’ouverture, après être revenu sur les récents colloques (sur la cherté de la vie, sur le foncier, sur la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables), il pose le cadre : « Sur la situation interne de l’Assemblée, (…) je me dois, dans la transparence qui m’anime, d’évoquer ce sujet. Nous savons tous que les tensions politiques font partie de la vie démocratique, même au sein d’une majorité en place. Elles l’ont toujours été ».
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Pour appuyer son propos, Géros replace ces tensions dans l’histoire politique du territoire, rappelant qu’« en février 1957, les manifestations violentes ont eu raison du tout premier impôt sur le revenu des capitaux immobiliers », ou encore qu’« en 1993, nos aînés ont dû faire face au blocage de l’assemblée territoriale », certains allant jusqu’à « s’enchaîner aux portes de cet hémicycle ». Il évoque également « l’instabilité politique » entre 2004 et 2011, marquée par « toute une série de motions de censure et de défiance », ainsi que « les profondes dissensions publiques et politiques sur l’obligation vaccinale lors de la pandémie de la Covid-19 ».
Selon lui, « ces tensions voire dissensions sont légitimes lorsqu’elles s’expriment dans le respect des règles, des engagements et des institutions ». Mais il estime que la situation actuelle franchit un cap, avertissant que « ces dissensions deviennent préoccupantes lorsqu’elles franchissent le cadre du débat politique pour s’inviter dans notre institution au risque d’altérer le fonctionnement et d’embrouiller le message (…) auprès de nos concitoyens ».
Sans citer explicitement le nouveau parti de Tematai Le Gayic A Fano Ti’a, le président de l’Assemblée vise clairement la recomposition politique en cours, affirmant que « lorsqu’un sujet qui aurait dû rester circonscrit au périmètre d’un parti politique vient s’inviter dans l’enceinte même de notre Assemblée, lorsqu’on assiste presque à la création en direct d’un nouveau parti dans l’enceinte même de l’Assemblée, cela ne produit pas de clarification, bien au contraire, cela produit de la confusion ». Il met en garde contre ses effets sur l’image de l’institution, évoquant « une forme de stigmatisation de l’opinion publique » et « une prétendue aura vertueuse auprès de celles et ceux qui rechercheraient à se refaire une nouvelle virginité électorale ».
« On peut quand meme regretter qu’il leur ai fallu trois années pour mesurer la portée de cet engagement et décider ainsi de s’en affranchir. Que de temps perdu. »
Antony Géros insiste ensuite sur le respect des engagements pris lors des élections territoriales de 2023, rappelant que « le combat souverainiste porté depuis l’origine (…) n’est pas une notion parmi d’autres, elle est un principe supérieur, un droit sacré universel, inaliénable et imprescriptible ». S’il reconnaît que « si d’aucuns choisissent aujourd’hui de s’en éloigner, nul ne saurait leur dénier ce choix », il regrette toutefois « qu’il leur ait fallu trois années pour mesurer la portée de cet engagement et décider ainsi de s’en affranchir. Que de temps perdu. »
Le président de l’Assemblée souligne également que « le non-respect des engagements librement consentis lors de l’acte de candidature à la liste aux élections territoriales de 2023 ne saurait être tenu pour négligeable », insistant sur le fait que « la parole donnée oblige mais l’écrit ne laisse place à aucune ambiguïté ». Selon lui, « lorsque des élus choisissent de se distancer de ces engagements sans assumer pleinement les conséquences de leur choix, ce n’est pas seulement un dysfonctionnement interne qu’ils créent, c’est une atteinte à l’éthique et à la crédibilité de l’action collective, à la confiance que les citoyens placent dans leurs représentants ».
Pas de motion de défiance prévue
En conclusion, Géros élargit son propos à la place de la Polynésie française dans son environnement régional, estimant qu’« elle ne peut concevoir son avenir en se repliant sur elle-même » et que « seuls les territoires qui savent porter une parole claire peuvent prétendre durer ». Un appel à la cohérence et à la clarté politique, alors que le Tavini fait actuellement face à une scission inédite au sein de parti.
Interrogé plus tard en marge de la séance, Géros a confirmé qu’il n’y aurait pas de motion de défiance : « Depuis que nous avons été élus aux affaires du Pays, (…) et jusqu’en 2028, il n’y aura pas de motion de défiance. Parce qu’on part du principe qu’à partir du moment où on s’impose à une institution, il faut assumer jusqu’au bout quelles que soient les circonstances. Et donc on demande au président du Pays d’assurer sa charge de président jusqu’en 2028. (…) Assume jusqu’au bout, tu as voulu. Alors porte le poids des responsabilités qui sont les tiennes ».
Concernant les 15 membres aujourd’hui démissionnaires du Tavini, il a également affirmé : « Ils s’étaient engagés que si jamais ils n’étaient plus en phase avec les injonctions du parti par rapport à son programme, ils démissionneraient de l’Assemblée ».



