Jeudi soir, sur sa page Facebook, le parti indépendantiste Tavini Huiraatira a publié un texte dans lequel il accuse l’État de polluer les eaux du fenua. Depuis janvier, plus de 11 tonnes de cocaïne ont été saisies. La drogue a ensuite été détruite en mer. « Il n’y a pas de rejet de plastique, il y a juste les produits stupéfiants qui sont dilués par petites quantités sur des périodes très longues, de plusieurs heures, pour utiliser au maximum la dilution de l’océan. Et tout ça se produit très loin des côtes, à l’extérieur de la ZEE, à l’extérieur de l’aire marine protégée, pour éviter tout impact sur l’environnement », expliquait dans un reportage le contre-amiral Guillaume Pinget, commandant des forces armées en Polynésie française.
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Mais pour le Tavini, immerger des substances « psychoactives au cœur même de notre domaine maritime, alors que notre fenua abrite aujourd’hui l’une des plus grandes aires marines protégées au monde », est un scandale. Le parti bleu ciel estime que « que l’État français dispose librement de notre océan comme d’un déversoir, sans consulter les autorités polynésiennes, sans étude d’impact environnemental préalable, sans aucune obligation de rendre compte au peuple polynésien, qui vit de et avec cet océan depuis des millénaires ».
Pour accompagner sa publication, le Tavini a utilisé une image générée par l’intelligence artificielle (sans le mentionner) et montrant des militaires en train de déverser une substance blanche dans l’océan. Un visuel repris par certains médias avant d’être retiré. L’image reste cependant visible sur la page du Tavini.
Aussitôt, le haut-commissariat a répondu, menaçant de porter plainte. « Le haut-commissaire de la République condamne fermement la création et l’utilisation de faux contenu visuel, allant à l’encontre des communications officielles réalisées en transparence au sujet des dernières saisies de cocaïne en mer. (…) La destruction a eu lieu en pleine mer, en dehors de la ZEE, des zones de pêche et de toute aire marine protégée. Concrètement, cela signifie que l’opération a eu lieu près de 400 km au large des côtes, là où les fonds marins se situent à des centaines de mètres de profondeur, à plusieurs jours de mer« , souligne le communiqué.

Pas de quoi faire taire le parti indépendantiste, qui réagit ce samedi par la voix de son vice-président Antony Géros : « La semaine prochaine va se tenir en Polynésie un colloque sur le traité de la biodiversité en mer. Et là, ça touche les zones internationales et, bien entendu, la zone économique, mais surtout la zone internationale. Et le rôle de ce traité que la France a entériné est justement de protéger la biodiversité en mer. Donc ça veut dire qu’à chaque fois qu’on intente à cette biodiversité, on doit également faire les diligences auprès des autorités compétentes. Et d’ailleurs, il me semble que tout récemment, au printemps dernier, ils ont fait un détachement d’une brigade spécialisée au niveau national auprès de la gendarmerie de la Polynésie pour assurer le respect de la protection de la biodiversité en mer. Alors je ne comprends pas que les autorités qui assurent la tutelle de ces structures diligentent une immersion de produits toxiques dans la mer, que ce soit au niveau de la ZEE ou que ce soit à l’extérieur de la ZEE. »




