Quatre vols, près d’une demi-tonne de vanille dérobée et des serres saccagées. Quatre ans après les faits, six prévenus ont dû répondre devant le tribunal correctionnel de leur implication dans un trafic qui aurait coûté plus de 24 millions de Fcfp à la filière vanille de Taha’a.
Parmi eux, un homme en état de récidive légale et un acheteur professionnel, soupçonnés d’avoir orchestré le trafic. Ce dernier reconnaît avoir racheté 174 kilos de vanille volée, mais conteste en être le commanditaire. À la barre, il affirme avoir agi « par pure opportunité ».
« J’ai fermé les yeux sur le préjudice que ça allait faire sur le producteur. Je suis conscient qu’en achetant de la vanille volée, je contribue au marché illégal », admet-il.
Une défense qui suscite les interrogations du tribunal. Sur une île qui concentre à elle seule près de 80 % de la production polynésienne de vanille et où les acteurs de la filière se connaissent, difficile pour les juges de comprendre comment un professionnel a pu accepter une telle quantité de marchandises sans s’interroger sur leur provenance.
« Pourquoi tout d’un coup vous aviez des scrupules ? Vous êtes un professionnel, tous ces gens qui ont été victimes vous les connaissez pourtant », lui lance le juge.
Des producteurs contraints d’abandonner leur activité
Pour les victimes, les conséquences de ces vols dépassent largement les pertes financières. Ancien vanilliculteur de Taha’a et membre du conseil d’administration de l’EPIC Vanille, Joël Hahe a vu des années de travail anéanties.
« Sur une nuit, toute la production a été volée. (…) En une nuit, tout a été bousillé », déplore-t-il.
Après avoir consacré une partie de sa carrière à accompagner les jeunes producteurs et à développer la filière, cet ancien enseignant au lycée agricole et directeur du domaine d’Opunohu a fini par renoncer.
« Je ne vous cache pas que j’ai tout perdu. J’ai tout perdu, la motivation (…) Je voulais relancer cette filière, et ça m’est tombé dessus. Je suis dégoûté de la situation. (…) On compte beaucoup sur la justice, sur cette audience de ce matin, qu’il y ait des mesures assez strictes. Parce que sinon, l’image de marque notre vanille est complètement bousillée, même au niveau de la métropole », confie-t-il.
Même désillusion pour Rehia Davio, lui aussi victime de ces vols. Faute de pouvoir poursuivre son activité, il s’est reconverti dans l’apiculture.
« À cause de tout ça, il y a eu beaucoup de producteurs qui ont arrêté. Moi, j’ai été contraint d’arrêter. Financièrement, je ne m’en sortais plus. J’ai aussi une fille qu’il faut que j’élève, donc je n’ai pas eu le choix », explique-t-il.
Des vols qui se poursuivent à Taha’a
Au-delà du préjudice subi, les producteurs dénoncent la lenteur de la procédure judiciaire. Plus de quatre ans se sont écoulés avant la tenue de ce procès, alors que les vols de vanille ont repris cette année sur l’île. Une situation qui a conduit le maire à interpeller le haut-commissaire.
« Je pense, et c’est mon avis perso, que ça a été dû à la lenteur de la tenue de ce procès. (…) Quatre ans et demi qu’on attend », regrette Rehia Davio.
Le tribunal a finalement prononcé des peines allant jusqu’à trois ans de prison, dont trois ans ferme pour le prévenu en état de récidive légale. L’acheteur professionnel a, quant à lui, été condamné à un an de prison ferme avec mandat de dépôt.
Pour Rehia Davio, c’est surtout l’interdiction d’exercer prononcée à l’encontre du receleur qui constitue un soulagement.
« La seule chose qui me soulage quelque peu, c’est l’interdiction de travailler du receleur. Parce qu’à la base, s’il n’y a pas ce receleur, les mecs ne peuvent pas vendre. (…) Les peines, après, je ne vais pas me substituer à la justice », souligne-t-il.
Les victimes, qui indiquent n’avoir reçu aucune indemnisation depuis les faits, espèrent désormais que ces condamnations contribueront à enrayer les vols et à redonner confiance aux producteurs encore en activité.



