Violences extrêmes entre jeunes : quatre condamnations après le calvaire d’un ado

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En janvier 2025, un adolescent a subi plusieurs heures de violences, d’humiliations et d’agressions sexuelles, filmées et diffusées sur les réseaux sociaux. Quatre jeunes, dont un meneur âgé de 16 ans au moment des faits, ont été condamnés hier et ce mardi.

Les faits se sont déroulés le 3 janvier 2025, dans plusieurs lieux, notamment aux abords du cimetière et de l’église Saint-Joseph à Faa’a ou encore près de l’aéroport. Pendant plus de trois heures, un adolescent de moins de 16 ans a été soumis à une succession de violences physiques, d’humiliations et d’agressions sexuelles, sous l’emprise de 4 jeunes qu’il fréquentait dont 3 mineurs. Le plus jeune avait 15 ans au moment des faits et le plus âgé 18 ans.

Selon les éléments retenus à l’audience, la victime aurait reçu 67 coups, dont 29 gifles, 18 coups de poing et 10 coups de pied, ainsi que des écrasements du visage coups qui imposeront 15 jours d’ITT. Ses bourreaux lui auraient imposé en plus des coups sur l’ensemble de son corps, de lécher un escargot vivant, de boire l’eau sur des tombes et enfin de se déshabiller pour le forcer à des actes sexuels avec objets de substitutions. À plusieurs reprises, l’adolescent aurait perdu connaissance, avant d’être ranimé sommairement et de subir de nouvelles violences. Les faits ont été filmés, puis diffusés sur les réseaux sociaux. Des vidéos qualifiées « d’insoutenables » par les enquêteurs.

Parmi les agresseurs, l’un d’eux était cousin germain de la victime. L’accusé de ce mardi âgé de 19 ans aujourd’hui, a reconnu sa participation sans réellement l’expliquer. « Je regrette ce que j’ai fait », a-t-il déclaré à l’audience, avant de rester silencieux face aux relances de la présidente. À la question de savoir s’il regrettait les faits ou la prison, il a répondu : « Un peu des deux ».

La belle-mère de la victime avait pourtant tenté d’alerter les autorités. Une main courante avait été déposée en novembre 2024, signalant une fréquentation jugée dangereuse et des blessures répétées. « Je connaissais ses fréquentations, je lui avais dit d’arrêter de les fréquenter. Il ne m’a pas écoutée. (…) Il rentrait la nuit, avec des bleus, parfois en boitant. (…) Il ne mangeait même pas à la maison », a-t-elle témoigné : « Les adolescents d’aujourd’hui, ce n’est plus comme avant. Je dirais aux parents de rester auprès de leurs enfants. Si vous voyez quelque chose qui n’est pas normal, n’attendez pas, et signalez ». Deux mois plus tard, les faits se produisaient.

L’adolescent, décrit comme brillant scolairement, est aujourd’hui en Terminale. Traumatisé, il a développé des idées suicidaires et vit actuellement dans un lieu tenu secret par crainte de représailles. Son avocate parle d’un « miraculé », évoquant quatre à cinq pertes de connaissance et une extrême résistance physique.

À l’audience, son avocate a insisté sur l’impact psychologique durable des violences. « Pour lui, ce qui compte surtout, ce n’est pas tellement la peine, c’est qu’on le reconnaisse en sa qualité de victime parce qu’il est extrêmement mal dans sa peau. Il a très mal vécu tout ce qui lui est arrivé et il se remet en question, car c’étaient des amis à la base », a expliqué maître Béatrice Eyrignoux, rappelant la nécessité d’un suivi thérapeutique de long terme. « S’il n’est pas venu aujourd’hui, c’est déjà parce qu’il avait peur, et parce qu’il avait honte et il veut vraiment pouvoir se reconstruire. J’espère qu’il n’y aura pas d’appel pour qu’il puisse se reconstruire et faire une psychothérapie ».

Le ministère public a qualifié les faits de « violences inouïes », évoquant des agressions sexuelles commises en réunion et des actes de violence aggravée. Le tribunal pour enfants a prononcé hier des peines allant jusqu’à trois ans de prison ferme et trois ans de suivi socio-judiciaire, avec interdiction totale de contact avec la victime et injonction de soins. Pour un adulte, les faits auraient été passibles de sept ans d’emprisonnement.
Le dernier des 4 accusés (le seul majeur) jugé ce mardi, écope quant à lui de quatre ans de prison ferme et a été inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.
Une indemnisation de 1,2 million de francs a également été prononcée pour la victime.

Un dossier hors norme, selon les parties civiles, qui interroge à la fois la violence entre jeunes, l’effet de groupe et la banalisation des agressions filmées. « On ne peut pas parler de normalité », a insisté l’avocate : « S’il n’avait pas plu ce jour-là, il serait peut-être mort. »

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