Viol d’une touriste américaine : l’accusé condamné à 12 ans de prison

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Comme en première instance, l'homme de 31 ans a été déclaré coupable d'avoir violé une touriste américaine, en décembre 2022 à Taravao. S'il a reconnu l'absence de consentement de la victime devant la cour, il a refusé de qualifier ses actes de viol. Il écope d’une peine plus lourde : 12 ans de prison.

Près d’un an jour pour jour après sa première condamnation à huit ans de prison pour avoir violé une touriste américaine à Taravao, en décembre 2022, l’homme de 31 ans a de nouveau été jugé par la cour d’assise, qu’il avait saisie en appel – comme le parquet, ce mardi.

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En début de journée, la parole a été donnée au psychologue, chargé de réaliser l’expertise de l’américaine une quinzaine de jours après les faits. Le psychologue décrit une jeune femme « à fleur de peau, pleurant à plusieurs reprises pendant l’entretien ». Elle lui confie avoir été « introvertie et repliée sur elle même » dans sa jeunesse, évoluant dans un environnement familial marqué par « beaucoup de non dits et d’évitements ».

Elle précise ne pas être « adepte » des relations sexuelles éphémères, et lui évoque une image masculine dégradée, façonnée par un père absent et un frère dont le comportement l’a visiblement marquée. Au moment d’évoquer les faits, elle est « tétanisée par la peur ». « À aucun moment, elle ne fait part de son consentement », note le psychologue, qui souligne par ailleurs sa « capacité de réaction et d’adaptation », illustrée par le fait qu’elle ait relevé la plaque du scooter de l’accusé après les faits.

Surtout, il estime qu’elle présente « tous les symptômes » d’avoir été victime d’un événement traumatique : Image de soi dégradée, envie de mourir, impossibilité de sortir sans peur, hypervigilance. Enfin, il insiste sur la notion de victimisation secondaire : le fait, pour une victime, de ne pas pouvoir digérer son traumatisme à travers la procédure judiciaire. Selon lui, la comparution de l’accusé « libre » (il portait un bracelet électronique), lors du premier procès, l’a marquée et a renforcé son anxiété.

Un accusé « alambiqué »

L’expertise psychologique de l’accusé, réalisée en mai 2023, dresse un tableau contrasté. L’homme dit à l’expert que la jeune femme lui aurait « caressé » la taille. D’abord « gêné », il inteprête ce geste comme une « invitation ». Il lui fait des gestes l’invitant à une relation sexuelle. Elle décline, dit-il, puis il insiste et croit comprendre qu’elle accepte, lorsque -selon sa version – elle enlève son short.

Il répète au psychologue que pendant les faits, elle n’avait « pas de réaction », et ajoute : « elle poussait de petits cris et des gémissements de plaisir ». Une fois dans la maison, il la décrit « active ». C’est elle, selon lui, qui aurait pris l’initiative et l’aurait « dominé », ce qui l’aurait « gêné« , mettant fin aux actes.

L’accusé dit exprimer des « regrets ». « Elle l’a vécu comme un viol, mais je ne l’ai pas violée », déclare-t-il à l’expert. Une position que l’expert juge « alambiquée » , ce qu’un échange avec l’avocat de l’américaine, Me Smain Bennouar, tend à confirmer. Lorsque le conseil demande à l’homme s’il reconnaît que la jeune femme n’était pas consentante, il répond que oui. Mais quand il lui demande s’il reconnaît l’avoir violée, après un long silence, l’homme répond par la négative. .

« Elle se sent brisée »

Dans sa plaidoirie, l’avocat de la plaignante dénonce « un comportement fuyant ». « Il essaie de se soustraire à votre justice (…). Surtout, il se victimise, et c’est particulièrement inacceptable », lance-t-il.

« On ne peut pas imaginer, quand on est homme, ce que vit une femme lorsqu’elle doit aller porter plainte » et de nouveau se « mettre à nu » au cours de la procédure, insiste le conseil. « Ce jour là, elle a été un petit peu tuée (…). elle se sent brisée, fragile, peureuse (…) ». Il va plus loin : « (L’accusé) refuse de reconnaître quoique ce soit. Ce n’est pas un homme ». Et de conclure : « Je ne comprendrai pas qu’on n’y voie pas un viol ».

L’avocat général Jacques Louvier rappelle la rareté de l’appel du parquet en matière criminelle. Mais la peine était selon lui « insuffisante », « pas du tout adaptée » à la gravité des faits. « Le viol est un crime », martèle-t-il, estimant qu’avec huit ans, l’homme aurait pu sortir « au bout de 30 mois », entre détention provisoire et aménagement de peine.

Il qualifie la version de l’accusé d’« insulte à la victime ». « Il l’accuse en quelque sorte d’être une ‘salope’ », y voyant lui aussi un cas d’école de victimisation secondaire. « La culpabilité ne fait aucun doute », affirme-t-il, requérant 12 ans de réclusion criminelle, assortis d’une période de sûreté des deux tiers.

L’avocate de la défense, pour sa part, débute sa plaidoirie en affirmant que la jeune femme a bien été victime de viol. Elle insiste toutefois sur le fait que l’expert psychologue n’a pas suffisamment exploré l’hypothèse d’une déficience mentale chez son client.

La cour a finalement condamné le trentenaire à 12 ans de prison. Il sera soumis à 3 ans de suivi socio-judiciaire.

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