Le 24 septembre 2023, les secours sont appelés après la découverte du corps sans vie de S.M., 32 ans. L’homme est retrouvé sur un terrain vague, les mains et les pieds ligotés, le visage tuméfié, le corps recouvert d’un store faisant office de bâche. À proximité : un véhicule de location et un scooter. Rapidement identifiée, la victime était connue des services de police et de gendarmerie. Déjà incarcéré par le passé, S.M. était également connu pour sa consommation d’ice. Plusieurs témoignages évoquent aussi son implication dans des affaires violentes, dont une fusillade en ville qui lui aurait valu sa dernière incarcération.
Une transaction de 10 grammes d’ice
Que s’est-il passé ce soir-là ? Les gendarmes obtiennent rapidement de premiers éléments, puisque trois individus se présentent spontanément à eux : M.R. et A.C., tous deux âgés de 20 ans au moment des faits, ainsi qu’A.M., âgé de 36 ans. Au fil des auditions, le motif de l’altercation se précise : une transaction portant sur 10 grammes d’ice. Selon l’enquête, la victime aurait d’abord sollicité un contact pour acheter de la méthamphétamine. Ce contact, identifié comme G.H., aurait alors servi d’intermédiaire avec M.R.
M.R. aurait ensuite contacté A.M., présenté dans le dossier comme le fournisseur du produit. Le rendez-vous est fixé en soirée. Mais avant la rencontre, G.H. met en garde M.R. : selon lui, l’acheteur serait connu pour voler de l’ice.
Un échange qui tourne au drame
Face à cette alerte, A.M. aurait alors fait appel à A.C. pour sécuriser l’échange. Le dossier évoque aussi le rôle d’A.C. et de M.R. comme intermédiaires : ils auraient été chargés de trouver des clients pour A.M. Le soir venu, la victime se présente d’abord seule, puis repart chercher une balance auprès de R.B., un contact résidant à proximité. Elle revient ensuite accompagnée de ce dernier. L’échange doit se faire dans un véhicule de location. C’est là que la situation dégénère. Selon plusieurs déclarations, la victime aurait tenté de dérober la drogue avant de s’enfuir. Une bagarre éclate. S.M. est rattrapé, frappé à plusieurs reprises, puis immobilisé au sol. Un fusil de pêche est également évoqué dans plusieurs auditions.
Deux mineurs sollicités pour aller chercher des liens
À ce moment-là, deux mineurs, H.J. et T.M., passent à proximité de la scène. Ils sont sollicités pour aller chercher de quoi ligoter la victime. L’un d’eux, âgé de 16 ans au moment des faits, est le cousin de M.R.
Deux départs des lieux doivent alors être distingués : R.B., l’homme qui accompagnait la victime, quitte les lieux après l’arrivée des deux mineurs. Il ne sera donc pas témoin de la fin de la scène, ni du moment où S.M. perd la vie. A.M., présenté comme le fournisseur du produit, aurait lui aussi quitté les lieux après avoir récupéré la drogue.
Selon l’ordonnance, il aurait auparavant demandé à M.R. de prendre le relais pour maintenir la victime. Les éléments de l’enquête retiennent toutefois qu’il aurait participé aux violences avant son départ, notamment en ceinturant S.M. et en lui portant des coups. M.R. reste alors au contact de la victime. Plus tard, il aurait demandé à l’un des mineurs de le remplacer pour maintenir S.M.
Des versions qui divergent sur le moment de la mort
C’est autour de cette séquence que les versions divergent sur le moment exact de la mort. Plusieurs éléments du dossier mettent en cause M.R. dans l’étranglement de la victime. L’un des mineurs déclarera notamment devant le magistrat instructeur : « Je sais que c’est M.R.. qui l’a tué […] Quand il a lâché le cou de la victime, j’ai vu qu’elle n’essayait pas de se redresser, elle était inconsciente. » M.R. est également celui qui aurait recouvert le corps à l’aide d’un store en tissu. L’autopsie conclut à une asphyxie mécanique. Elle relève aussi plusieurs lésions au niveau du cou, compatibles avec une strangulation.
Cinq accusés devant la cour d’assises des mineurs
La suite, c’est l’arrivée d’une tierce personne, prévenue qu’une bagarre sur fond de trafic d’ice aurait tourné au drame. Cette personne découvre le corps, tente de vérifier l’état de la victime, puis alerte les secours. Plus de deux ans après les faits, les cinq accusés devront donc s’expliquer devant la cour d’assises des mineurs. Tous les cinq présentaient, selon le dossier, un casier judiciaire ne portant mention d’aucune condamnation. Ils sont principalement poursuivis pour violences volontaires commises en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Des délits liés aux stupéfiants figurent également parmi les poursuites.



